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Posts Tagged ‘bohémienne’

Où sont ses pieds rosés aux chevilles d’ivoire? (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018



Où sont ses pieds rosés aux chevilles d’ivoire?
Sa hanche au grand contour, les globes de ses seins ?
Son crâne a-t-il encor cette crinière noire
Que l’orgie autrefois couronnait de raisins ?

Et son ventre, son dos ? Oh ! que sont devenues
Surtout, par les hasards de l’insensible azur,
Ces épaules cold-cream? et ces lèvres charnues
Où mes dents mordillaient comme dans un fruit mûr?

Et ces cuisses que j’ai fait craquer dans les miennes?
Et ce col délicat, ce menton et ce nez,
Ces yeux d’enfer pareils à ceux des Bohémiennes
Et ses pâles doigts fins aux ongles carminés ?

Il n’y a que l’échange universel des choses,
Rien n’est seul, rien ne naît, rien n’est anéanti,
Et pour les longs baisers de ses métamorphoses,
Ce qui fut mon épouse au hasard est parti!

Parti pour les sillons, les forêts et les sentes,
Les mûres des chemins, les prés verts, les troupeaux,
Les vagabonds hâlés, les moissons d’or mouvantes,
Et les grands nénuphars où pondent les crapauds,

Parti pour les cités et leurs arbres phtisiques,
Les miasmes de leurs nuits où flambe le gaz cru,
Les bouges, les salons, les halles, les boutiques,
Et la maigre catin et le boursier ventru.

Parti… fleurir peut-être un vieux mur de clôture
Par-dessus qui, dans l’ombre et les chansons des nids,
Deux voisins s’ennuyant en villégiature
Échangeront un soir des serments infinis !

(Jules Laforgue)


Illustration: Niklaus Manuel Deutsch

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La bohémienne (Alain Mous)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2016




Elle dansa toute une nuit au son de ma vie,
la bohémienne, d’un pas léger presque flottant.
Elle dansa sans même me regarder, sans mépris.
Ô toi la femme qui éblouit tous mes tourments,
sans rien vouloir en échange.

Je regardais un peu curieux mais attentif
la finesse de ses traits; rien n’égalait sa beauté.
Je me fixai sur son regard si attractif,
et, immobile, restais là, à contempler,
craignant que le rythme ne change.

J’aurais tellement souhaité la rejoindre,
dans ce tourbillon mélodieux et attirant.
Mes jambes immobiles ne pouvaient feindre
la danse malgré mon désir si puissant.

Depuis mes yeux cherchent en vain cet ange…

(Alain Mous)

Illustration: Pierre Corratgé

 

 

 

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CHANTEUSE D’OUBLI (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2016



CHANTEUSE D’OUBLI

Oublier ! ce n’est pas sa faute ni la mienne!
Car l’amour n’est vraiment qu’une bohémienne
Arrêtée un matin devant notre maison
Avec, dans ses yeux clairs, tout le vaste horizon
Du ciel bleu reflété comme au lit d’une source.
La voyageuse va recommencer sa course,
Mais, dans un frôlement, ses longs doigts cajoleurs
Papillonnent autour de sa guitare en fleurs
Dont le manche courbé ressemble au cou des cygnes.
Elle a vagabondé sous bois et dans les vignes
Et nous chante un moment la chanson d’oublier.
Coquette, elle nous tend son rouge tablier
Et demande en passant notre coeur pour aumône.
Et nous, hallucinés par ses yeux d’anémone
Et son costume clair enrichi de festons,
Nous ouvrons la fenêtre et nous le lui jetons.
Mais voici qu’aussitôt la belle se dérobe
Emportant notre coeur dans les plis de sa robe
Pour s’en aller plus loin chanter et mendier
Sous le soleil du soir qui va s’incendier!

(Georges Rodenbach)

Illustration: Yann Rivron

 

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Vénus noire (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2015



 

eau noire

Vénus noire à l’étreinte squameuse et froide…
Tous les murs se sont renversés dans l’eau, les pignons ont coulé a fond,
et les cheminées, comme des pilotis, sont fichées dans la vase.
C’est l’eau noire qui vit maintenant
pour tous ceux qui dorment un sommeil de mort entre les murs.

[…]

oh! la belle eau, noire comme une bohémienne, lisse et luisante comme l’ébène…
Pas une détresse qui ne souhaite d’y finir avec volupté.
Pas une joie qui ne rêve de s’étirer dans ce baiser…
Elle s’obscurcit de cette nuit qu’elle surpasse,
comme un amant qui prend au contact de l’autre le feu dont il le dévore.

(Franz Hellens)

 

 

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