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Poésie

Posts Tagged ‘boîter’

Sur la Route (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2022




    
Sur la Route

C’est un vieux qui passe, toussant,
crachant, boitant sur son bâton,
tout fatigué d’avoir marché —
la route est longue —
et tout heureux d’être arrivé,
lorsque le village se montre
comme des enfants en tabliers blancs
qui, las de jouer, se seraient assis
au milieu des prés
pour passer le temps.
Ensuite c’est un char,
avec un vieux cheval,
et la blouse de l’homme,
bossu par derrière à cause du vent,
a l’air d’une cloche.
Le cheval trotte d’un petit trot las
et ses grelots font une chanson triste.
Les peupliers défilent un à un,
la route se déroule;
et l’homme s’en va
avec un plumet de fumée bleue,
fumant sa pipe.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

 

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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On voit ces choses en passant (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2022




    
On voit ces choses en passant
(même si la main tremble un peu,
si le coeur boite),
et d’autres sous le même ciel :
les courges rutilantes au jardin,
qui sont comme les oeufs du soleil,
les fleurs couleur de vieillesse, violette.

Cette lumière de fin d’été,
si elle n’était que l’ombre d’une autre, éblouissante,
j’en serais presque moins surpris.

(Philippe Jaccottet)

Recueil: L’encre serait de l’ombre
Traduction:
Editions: Gallimard

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Démarche doucine (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2020



Démarche doucine
tu marches flammèche
créole crépuscule
aux jupons superposés
Longue étirée fauve
corolle ouverte
aux félines caresses
Chanel
Tu t’éloignes
et les prothèses du néon
boitent dans la nuit

(Werner Lambersy)

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Train droit (Dominique Grandmont)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2020



Train droit pour
coeur qui boîte

(Dominique Grandmont)

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La vieille femme (Lupenga Mphande)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2020




Sais-tu pourquoi la vieille femme chante?
Elle a soixante ans et six petits-enfants à nourrir
Ses fils et leurs femmes sont dans le Sud à la mine d’or
Chaque jour elle trait la chèvre et vend le lait
Pour acheter du savon et laver les enfants
Elle leur donne à manger et attache la chèvre
Le soir auprès du feu elle leur conte les histoires d’autrefois
Je sais pourquoi la vieille femme chante

Sais-tu quand la vieille femme s’endort?
Elle se repose dans l’ombre, la nuit elle pense
Au lendemain: donner à manger aux enfants et faire paître la chèvre
Sarcler le jardin et arroser les plants de fève
Réparer le chaume du toit et préparer la grange
Piler le mil et le maïs, vanner, allumer le feu…
Je ne sais pas quand la vieille femme s’endort

Sais-tu pourquoi la vieille femme boite?
Elle va chercher l’eau le matin
au puits qui est si loin
Chercher le bois avec sa hache
à la forêt qui est si loin
Elle va au champ chercher des feuilles de courge
laissant la chèvre à l’attache près du puits
Elle rentre vite à la maison préparer le repas des enfants
Je sais pourquoi la vieille femme boite.

(Lupenga Mphande)

Illustration

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Nos souvenirs coulent dans le sablier (Olivier Bouillon)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020



Illustration: Gilbert Garcin
    
nos souvenirs coulent dans le sablier
ils s’amassent au fond

les pieds se traînent
et le corps fatigué
vieillissant
nous semble lourd

ah ! l’idée de la mort
revient toujours
moins pesante peut-être
que la vie passée

car la mort est un brouillard
visible et impalpable
passant sur le front de nos proches

et le passé
ce grain de sable dans nos chaussures
qui nous fait boiter
et rend le chemin douloureux

(Olivier Bouillon)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Revue Traction-Brabant 88
Traduction:
Editions: Patrice Maltaverne

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Au temps de l’alphabet (Paul Nougé)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2020



Au temps de l’alphabet

des pieds des mains pour rire
mais les yeux pour pleurer

un bel oiseau se mire
des pieds des mains pour rire
la nuit vient de tomber

le pied boitera
la main sèchera
le monde mourra
mais moi moi moi …

laissons le monde dire
et les yeux se fermer

un bel oiseau pour rire
des pieds des mains pour rire
la nuit peut bien tomber

la nuit peut bien tomber

(Paul Nougé)

 

 

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Dépassé par le ciel (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



Zdzislaw Beksinski 58beksinskio

Dépassé par le ciel, par ma voix
j’entretiens le feu que j’étais
avec la dernière flaque tranchée
la dernière feuille ensoleillée,
et dans mon cœur pèse
tout un caillot déteint
qui n’a connu que la lumière.
Je ne suis plus qu’une tache de terre
encerclée par la mort
je suis quelques pas
que je n’ai pu compter.
Les fenêtres sont fermées
autour de mon sang
qui boite à la place des tempes,
tirant ses ponts de souffrance.
L’eau bue à pleine source
dans le voyage de l’enfance
n’a pas donné de larmes
et je sens mieux la coupure
que mon corps fait avec le Monde.

(Lucien Becker)

 Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

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L’impossible (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



L’impossible

Manger de la belle amour
Faire boiter Poséidon
Rythmer les battements nocturnes du silence
Nous continuerons bien sûr
De faire l’impossible
Avant de nous évaporer comme
L’odeur du seringa.

(Jean Rousselot)


Illustration

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Chagrins et Joies (Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2017



Ô vous, comme un qui boite au loin, Chagrins et Joies,
Toi, cœur saignant d’hier qui flambes aujourd’hui,
C’est vrai pourtant que c’est fini, que tout a fui
De nos sens, aussi bien les ombres que les proies.

Vieux bonheurs, vieux malheurs, comme une file d’oies
Sur la route en poussière où tous les pieds ont lui,
Bon voyage! Et le Rire, et, plus vieille que lui,
Toi, Tristesse, noyée au vieux noir que tu broies!

Et le reste! — Un doux vide, un grand renoncement
Quelqu’un en nous qui sent la paix immensément,
Une candeur d’une fraîcheur délicieuse…

Et voyez! notre cœur qui saignait sous l’orgueil,
Il flambe dans l’amour, et s’en va faire accueil
À la vie, en faveur d’une mort précieuse !

(Verlaine)


Illustration

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