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Posts Tagged ‘boiteux’

A TRAVERS LES BRANCHES (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2018



Illustration: Françoise Arbelot    
    
A TRAVERS LES BRANCHES

Quand je suis là
Quand je ne pense plus à refermer les bras
Quand l’âme trop longtemps polit sa feuille blanche
Quand je sens des oiseaux s’éveiller de mes hanches
Tu peux tout effacer
Si tu laisses les branches

Mais je vous porte en moi libres cités du feu
Trèfles couleur de sang
Vertus des gerbes chaudes
Chanvres liés à la nuque épaisse du dormeur

O végétal
O main fragile sur le coeur
Cri du coquelicot qui tourne dans l’étable
Espace traversé de strideurs
O ma table
Boiteuse dont le pied est un môle berceur
Le vent rumine au bord des marbres et des fleurs.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Avalanche (Leonard Cohen)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018




    
Avalanche

J’ai été pris dans une avalanche
elle a recouvert mon âme
Quand je ne serai plus bossu
je dormirai sous une colline dorée
Toi qui veux vaincre la douleur
tu dois apprendre à me servir

Tu me heurtes par hasard
en allant chercher de l’or
Le boiteux que tu habilles et nourris
n’a ni faim ni froid
Il ne recherche pas de compagnie
pas au centre du monde

Quand j’étais sur ce piédestal
tu ne m’y avais pas hissé
Tes lois ne m’obligent pas
à m’agenouiller grotesque et nu
Je suis moi-même le piédestal
de cette bosse que tu regardes

Toi qui veux vaincre la douleur
tu dois apprendre ce qui m’adoucit
Les miettes d’amour que tu m’offres
sont les miettes que j’abandonne
Ta croix ne te donne aucun titre
ce n’est que l’ombre de ma blessure.

J’ai commencé à me languir de toi
moi qui n’ai aucun besoin
J’ai commencé à t’attendre
moi qui n’ai nul appétit
Tu dis que tu es loin de moi
mais je sens ton souffle quand tu respires

Ne t’habille pas pour moi de chiffons
je sais que tu n’es pas pauvre
Et ne m’aime pas avec tant de violence
quand tu sais ne pas être sûre
C’est ton monde bien-aimé
c’est ta chair que je porte.

***

Avalanche

Well I stepped into an avalanche,
it covered up my soul;
when I am not this hunchback that you see,
I sleep beneath the golden hill.
You who wish to conquer pain,
you must learn, learn to serve me well.

You strike my side by accident
as you go down for your gold.
The cripple here that you clothe and feed
is neither starved nor cold;
he does not ask for your company,
not at the centre, the centre of the world.

When I am on a pedestal,
you did not raise me there.
Your laws do not compel me
to kneel grotesque and bare.
I myself am the pedestal
for this ugly hump at which you stare.

You who wish to conquer pain,
you must learn what makes me kind;
the crumbs of love that you offer me,
they’re the crumbs I’ve left behind.
Your pain is no credential here,
it’s just the shadow, shadow of my wound.

I have begun to long for you,
I who have no greed;
I have begun to ask for you,
I who have no need.
You say you’ve gone away from me,
but I can feel you when you breathe.

Do not dress in those rags for me,
I know you are not poor;
you don’t love me quite so fiercely now
when you know that you are not sure,
it is your turn, beloved,
it is your flesh that I wear.

(Leonard Cohen)

 

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Seul sait danser le boiteux (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2018



Illustration: Valère Prosperi

    
— Seul sait danser le boiteux,
seul sait voir l’aveugle,
seul rêve l’insomniaque,

Si tu veux connaître
la fraîcheur de la source,
interroge le désert
qui l’a engloutie,

Réserve au chant que tu inventes
les sons les plus rares de ta voix,
aux mots que tu écris
l’usage le plus souple de tes doigts,
aux corps que tu aimes
les plus forts battements de ton coeur,
aux luttes que tu assumes
l’énergie de ton sang ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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DES MOTS AMOUR (Tahar Ben Jelloun)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2017




    
DES MOTS AMOUR

Erreur

Charger les mots de dire l’amour
Tant ils sont boiteux étroits
Pris dans la moisissure de l’habitude
Usés dans la pâleur masquée

L’amour est ou n’est pas

Pas besoin de béquilles
Ni d’échelle pour monter au ciel
Une lumière aveuglante
Dans le sillage du silence élu
Une page blanche où le poème s’imprime
Amour sans annonce
Pudique comme un crime
Évident comme une nuit encombrée d’étoiles
Une belle nuit sans sommeil
Où nous sommes ce que nous sommes
Fragiles et abîmés
Espérant espérés
Vivants

(Tahar Ben Jelloun)

 

Recueil: Que la Blessure se ferme
Editions: Gallimard

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Un poète (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2016


 

Un poète, c’est toujours un pays qui marche,
boiteux parfois, cassé, cagneux,
tanguant, tout ce qu’on voudra,
mais debout, en avant, dressé comme une forêt,
même si c’est son ombre toujours sur la terre qu’on voit,
ou son reflet.
L’illusion est complète pour qui croit le comprendre.
Lui-même n’y comprend rien.
Se laisser porter deçà, delà,
pareil à la feuille morte.
Va, vit, vibre, hirsute, ivre de jouir.
Fait la nique à son image ou s’y noie.
Insatisfait toujours, quoi qu’il arrive,
traînant dans sa langue un pays d’exil,
un paradis d’échos
et tout le reste est littérature.

(Guy Goffette)

 

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César Vallejo (Miguel Espejo)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2016



poeta_vallejo

César Vallejo

Si je pouvais disposer d’un jour
– ou du moins de quelques heures –
pour courir derrière les morts
j’aurais la force et l’illusion
d’écrire enfin un vrai poème :
du pain dans la bouche de l’affamé
une béquille pour le boiteux désemparé
et le tambourinement incessant des pas
sur les ruelles désertes et graves,
où pas un ivrogne ne profère des imprécations en vain
ne lance ses insultes comme des crachats vers le ciel
vers son visage léché d’étoiles
semblable aux bâtiments désolés
et aux villes abandonnées
aux chemins insondables qui piègent les rêves,
les larmes, les espoirs et l’ombre des corps,
et les entraînent vers un éblouissant trou noir.

(Miguel Espejo)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Eh boiteux (Yannis Ritsos)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2016



Eh boiteux,
fiancé de la mer,
quel fichu blasphème tu nous danses.

(Yannis Ritsos)

Illustration

 

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Les jours (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2015




O comme l’art est boiteux
et la morale étrange
des jours disparaissant
dans le sein du Seigneur

(Jean Follain)

 

 

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