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Poésie

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La moindre fêlure (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2020



La moindre fêlure
d’une vitre ou d’un bol
peut ramener la félicité d’un grand souvenir
les objets nus
montrent leur fine arête
étincellent d’un coup
au soleil
mais perdus dans la nuit
se gorgent aussi bien d’heures
longues
ou brèves.

(Jean Follain)

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Vêtu pour le théâtre (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2020


Au bruit du frottement de la cuiller
au fond du bol ombré
revient l’enfance chaotique
à calme muré, voix perdues
peur de nuit

alors s’ouvre la porte sur le visage d’un père
vêtu pour le théâtre.

(Jean Follain)

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Semblables (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2020




Une masse de neige dans un bol d’argent,
Un héron blanc caché dans la lumière de la lune,
Les deux sont semblables, mais non le même,
Fondus l’un en l’autre, chacun pourtant à sa propre place.

(Pablo Neruda)

Illustration : Li Shan

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Chanson (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2020



Illustration: Edward Hopper
    
Chanson

Quand il est entré dans mon logis clos,
J’ourlais un drap lourd près de la fenêtre,
L’hiver dans les doigts, l’ombre sur le dos…
Sais-je depuis quand j’étais là sans être ?

Et je cousais, je cousais, je cousais…
— Mon cœur, qu’est-ce que tu faisais ?

Il m’a demandé des outils à nous.
Mes pieds ont couru, si vifs dans la salle,
Qu’ils semblaient, — si gais, si légers, si doux, —
Deux petits oiseaux caressant la dalle.

De-ci, de-là, j’allais, j’allais, j’allais…
— Mon cœur, qu’est-ce que tu voulais ?

Il m’a demandé du beurre, du pain,
— Ma main en l’ouvrant caressait la huche —
Du cidre nouveau, j’allais et ma main
Caressait les bols, la table, la cruche.

Deux fois, dix fois, vingt fois je les touchais…
— Mon cœur, qu’est-ce que tu cherchais ?

Il m’a fait sur tout trente-six pourquoi.
J’ai parlé de tout, des poules, des chèvres,
Du froid et du chaud, des gens, et ma voix
En sortant de moi caressait mes lèvres…

Et je causais, je causais, je causais…
— Mon cœur, qu’est-ce que tu disais ?

Quand il est parti, pour finir l’ourlet
Que j’avais laissé, je me suis assise…
L’aiguille chantait, l’aiguille volait,
Mes doigts caressaient notre toile bise…

Et je cousais, je cousais, je cousais…
— Mon cœur, qu’est-ce que tu faisais ?

(Marie Noël)

 

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Rondeau des moineaux qui vont à l’école (Jacques Roubaud)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2020




    
Rondeau des moineaux qui vont à l’école

Quand vous irez à l’école
Petits moineaux du printemps
N’oubliez pas en partant
De peigner vos plumes folles
Avec un peigne à cinq dents

Et chantez bien les paroles
De vos leçons en volant
Quand vous irez à l’école

Que les punis se consolent
Les larmes sèchent au vent
Vous trouverez en rentrant
Des grains de blé dans vos bols
Quand vous irez à l’école

(Jacques Roubaud)

 

Recueil: Rondeaux poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Tu n’en sauras pas plus (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2020




Ca n’existe pas puisque c’est là,
hors de toute image,
sans ces limites qui te font dire:
je vois le bol, la table.
Pourtant c’est à travers ces limites
que soudain te touche quelque chose.
Ca bouge sans bouger.
Comme un air qui ne passerait pas,
un fil entre ton corps et les choses.
Tu n’en sauras pas plus,
tu le sais.

(Jacques Ancet)

Illustration: ArbreaPhotos

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RIVIÈRE (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020


 


RIVIÈRE

La rive était fraîche encore
Ce matin quand nous passions.
Nous aurons vu bien des herbes
Renoncer à suivre l’eau.

Le geste ancien de boire
Les deux mains sur le bol
Quand l’horloge sonnait
Dans l’odeur de l’étable.

Le bois épais des bancs
Et de la table usée,
Où des mains s’accrochèrent
Qui tremblaient de colère.

(Eugène Guillevic)

 

 

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ENFANTS MORTS (Melech Ravitch)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020



Illustration: Vincent Van Gogh
    
ENFANTS MORTS
(extrait)

La mort c’est la dépouille un soir d’automne
D’un enfant de sept jours
Dans sa caisse clouée, longue de dix-huit pouces,
Portée dévotement par sa grand-mère
À travers champs jusqu’au paisible cimetière
Où la pluie fait tinter sur les tombes
Son cantique du coeur.
D’un enfant de sept jours la mort est la dépouille
Poussée dans la terre humide et glacée ;
L’aïeule rentre à la maison, et l’on attendait son retour
Avec le pain noir odorant, le bol brûlant de chicorée :
Telle est la mort.

(Melech Ravitch)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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RETOUR AUX SOURCES (Guy Bellay)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2020



RETOUR AUX SOURCES

Face au soleil couchant, je me lève devant la tente,
un repas de tomates dans le ventre.
Je ne suis pas un dieu. Je me couche quand je veux.
Ma femme réchauffe un bol de lait dans son corps étendu sous la lune.
Elle n’est pas une déesse. Elle peut rester cachée.
C’est peut-être notre tour de maintenir la souveraineté sur le monde,
près d’une pyramide de toile, comme on veille un agonisant.
Si nul ne vient nous relever, nous partirons avant d’oublier le chemin.
Nous nous remplissons seulement de silence comme un accumulateur d’eau de pluie.

(Guy Bellay)

Illustration: ArbreaPhotos

 

 

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Un deux trois (Jean-Pascal Dubost)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2019



 

Alexander Sigov  (19)

Un
deux
trois
bientôt quatre sucres
dans mon bol de vacances,
tu penses que j’y vais un peu fort,
que je ressemble à un petit merle
au bord d’une table!
TON COEUR EST DEJA LEVE

(Jean-Pascal Dubost)

Illustration: Alexander Sigov

 

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