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Autrefois (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



 

Autrefois

Autrefois j’ai fait des poèmes
Qui contenaient tout le rayon
Du centre à la périphérie et au-delà
Comme s’il n’y avait pas de périphérie mais le centre seul
Et comme si j’étais le soleil: à l’entour l’espace illimité
C’est qu’on prend de l’élan à jaillir tout au long du rayon
C’est qu’on acquiert une prodigieuse vitesse de bolide
Quelle attraction centrale peut alors empêcher qu’on s’échappe
Quel dôme de firmament concave qu’on le perce
Quand on a cet élan pour éclater dans l’Au-delà.

Mais on apprend que la terre n’est pas plate
Mais une sphère et que le centre n’est pas au milieu
Mais au centre
Et l’on apprend la longueur du rayon ce chemin trop parcouru
Et l’on connaît bientôt la surface
Du globe tout mesuré inspecté arpenté vieux sentier
Tout battu

Alors la pauvre tâche
De pousser le périmètre à sa limite
Dans l’espoir à la surface du globe d’une fissure,
Dans l’espoir et d’un éclatement des bornes
Par quoi retrouver libre l’air et la lumière.

Hélas tantôt désespoir
L’élan de l’entier rayon devenu
Ce point mort sur la surface.

Tel un homme
Sur le chemin trop court par la crainte du port
Raccourcit l’enjambée et s’attarde à venir
Il me faut devenir subtil
Afin de, divisant à l’infini l’infime distance
De la corde à l’arc,
Créer par ingéniosité un espace analogue à l’Au-delà
Et trouver dans ce réduit matière
Pour vivre et l’art.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

 

 

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ATTOUCHEMENTS (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2016



ATTOUCHEMENTS

Ô les attouchements !
L’obscurité s’étend entre vos doigts !
Musiques de cuivres sous l’orage !
Musiques d’orgues au soleil !
Tous les troupeaux de l’âme au fond d’une nuit d’éclipsé !
Tout le sel de la mer en herbe des prairies!
Et ces bolides bleus à tous les horizons !
(Ayez pitié de ce pouvoir de l’homme!)

Mais ces attouchements plus mornes et plus las !
Ô ces attouchements de vos pauvres mains moites !
J’écoute vos doigts purs passer entre mes doigts,
Et des troupeaux d’agneaux s’éloignent au clair de lune le long d’un fleuve tiède.

Je me souviens de toutes les mains qui ont touché mes mains.
Et je revois ce qu’il y avait à l’abri de ces mains,
Et je vois aujourd’hui ce que j’étais à l’abri de ces mains tièdes.
Je devenais souvent le pauvre qui mange du pain au pied du trône.
J’étais parfois le plongeur qui ne peut plus s’évader de l’eau chaude !
J’étais parfois tout un peuple qui ne pouvait plus sortir des faubourgs !
Et ces mains semblables à un couvent sans jardin !
Et celles qui m’enfermaient comme une troupe de malades dans une serre un jour de pluie !
Jusqu’à ce que d’autres plus fraîches vinssent entr’ouvrir les portes,
Et répandre un peu d’eau sur le seuil !

Oh! j’ai connu d’étranges attouchements!
Et voici qu’ils m’entourent à jamais !

On y faisait l’aumône un jour de soleil,
On y faisait la moisson au fond d’un souterrain,

(Maurice Maeterlinck)

 

 

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