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Posts Tagged ‘bombe’

ÉCLAТАNТE ВЕAUТÉ… (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018




    
ÉCLAТАNТE ВЕAUТÉ…

Je nageais dans la beauté
Éclatante, chair et rose…
D’un coup la réalité
M’assomme, caillou sans cause.

Mais pourquoi toujours biaiser?
Pas de caillou symbolique :
Ne pas idéaliser
Quand le sort me fait la nique.

L’instinct trahit rarement,
Cet homme apportait le drame :
«Il vient couper le courant » …
Mer et tempête en mon âme.

Prêt pour tailler mon crayon .
Mon couteau, dans la lumière :
Tuer… faire le lion,
Et qu’ils paient pour ma misère !

Déjà tout est condamné :
La bête, elle, a sa tanière,
Mais moi, je suis désarmé
Pour cette espèce de guerre.

Тu serai, pis encor :
Assommé sans élégance,
L’arme légale, c’est l’or :
On est dupe avec la lance.

Aujourd’hui le héros peut,
Bombe de nouvelle espèce,
Lancer de beaux billets bleus
Explosant en sous et pièces.

Et voilà comme, tangent,
Je tirai ma révérence…
Ce soir, lime, astres d’argent
Ме parlaient de l’espérance.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Le gouffre du jour (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018



    

Le gouffre du jour

A chaque aube étonnant de son cri de colombe
un silence où dormaient les fougères du givre,
le même somnambule ouvre ses grands yeux ivres
et droit dans l’inconnu glisse comme une bombe,

sa clameur en tombant dissipe les forêts,
déchire les filets où s’agitent nos rêves
et dans un grand remous mille maisons se lèvent
et la neuve clarté se tache d’un sang frais ;

villas, palais marins qui buvez la lumière
par toutes vos blancheurs dès l’aurore ravies,
sentez-vous le soleil ourdissant dans la pierre
un réseau frémissant qui capture la vie ?

Les dormeurs de midi verront ces fables sourdes
déchirer leur sommeil en un fiévreux sillage,
à peine s’arrêter pour jeter leur message
et couler dans le sang comme barques trop lourdes.

(Henri Thomas)

 

Recueil:
Traduction:
Editions: Gallimard

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NE TE SUICIDE PAS, SEIGNEUR (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Salvador Dalí
    
NE TE SUICIDE PAS, SEIGNEUR

Ne te suicide pas, Seigneur,
voici qu’apparaît une orchidée parmi les ruines ;
ne te suicide pas, Seigneur,
voici que renaît le ruisseaux dans le cratère d’une bombe ;
ne te suicide pas, Seigneur,
le ciel a mis du givre sur sa balafre, l’océan a guéri sa blessure d’un bandage de corail.

Écoute, Seigneur, ton univers qui était enfantin comme le cartilage,
le voilà revenu de sa première fougue, de sa plus grande désobéissance ;
les comètes continuent de voyager, comme des berlines après une halte au carrefour de deux paniques ;
l’azur n’en est que plus profond, d’avoir été un rapace ;
l’aurore n’en est que plus belle, d’avoir failli ne jamais revenir.

Tout n’a pas tellement changé, Seigneur :
regarde ce hameau, combien de cascades pourraient naître dans sa mare,
combien de peupliers dans son ortie !

Tout n’a pas tellement souffert, Seigneur :
déjà l’épi de blé pousse dans l’orbite de ceux qui moururent de faim,
déjà les fillettes sautent à la corde sous les ombres de ceux que l’on décapita.

Tout n’est pas tellement tragique, Seigneur,
puisqu’il y a la route sans fin où même l’exil est oublié,
puisqu’il y a le vent si doux que même les soupirs y sont joyeux,
puisqu’il y a tout ce qui hurle l’immense plaisir d’être vivant.

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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Retouche à la suffisante (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
retouche à la suffisante

Sa beauté lui suffit
qu’elle lèche dans chaque miroir
et lui donne ces lèvres froides
qui répondent par monosyllabes
ni oui ni non
barques vides et sans voiles
quand le coeur de l’homme
a la force de la mer bombée

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Les dessous du ciel
Editions: Gallimard

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Sur le Rhin (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017



Illustration: Odd Nerdrum
    
Sur le Rhin
le pont entre la ville allemande Breisach
et sa vieille ennemie française au nom d’écho
Neuf-Brisach
crie tellement de soleil qu’on oublie en le traversant
les siècles de canons et de bombes.

Les meules de foin roulent sous la gloire du soleil, tout dit
la joie du ciel dans une étourdissante immobilité,

le langage cesse de clabauder la haine, il se tient là parmi
les ombres apaisées,

un homme, une femme s’endorment à deux, le long de la douceur de leur peau.

Pourquoi pas cette minute, pourquoi pas la paix, pourquoi pas nous ?

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Terre Energumène
Editions: Le Castor Astral

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À la grille du balcon (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2017



Illustration: Conrad Kiesel

    

À la grille du balcon
il y a douze petits ronds
qui regardent nuit et jour
les mêmes maisons
et les mêmes maisons
regardent nuit et jour
les douze petits ronds
de la grille du balcon
les oiseaux les gens les saisons
passent entre eux
et je suis assis sur le balcon
mais il y a aussi des femmes à d’autres balcons
devant lesquels on passe
et quelques-unes peuvent laisser tomber sur les passants
les bombes asphyxiantes de l’amour

(Pierre Albert-Birot)

 

Recueil: Poèmes à l’autre moi précédé de La Joie des sept couleurs et suivi de Ma morte et de La Panthère noire
Editions: Gallimard

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Ecce homo (Paul Henri Lezac)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016


ChristSaintJeanDeLaCroix-Dali

Je suis une terre brûlée
Les bombes, les sols calcinés
Je suis un vaste champ de mines
Murs détruits et longs pans de ruines,
Les villes dévastées

Je SUIS les corps déchiquetés
Pourrissant au fond des tranchées
Je suis le fracas des batailles
Le fer, l’acier et la mitraille
Le sang à flots versé

Je suis le pus, l’équarisseur
L’absent, la mort et la terreur
Je suis la flamme des bûchers
Les cris, les plaies de l’écorché
Le paria rejeté

Je suis dans les larmes du Blonde
Le désespoir, la bête immonde
Je suis las, elle se réveille
Parce que nul ne la surveille
Les enfants violentés.

(Paul Henri Lezac)

Textes de Prisonniers: lecercledespoetesdetenus

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Ô seins (Albert Cohen)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2016



ô seins de terrible présence,
féminines deux gloires,
hautes abondances,

bouleversants étrangers
devant toi intouchés,
présents et défendus,

cruellement montrés,
trop montrés
et pas assez montrés,

angéliques bombes,
doux reposoirs
dressés en leur étrange pouvoir,

désirable récolte,
tourmentantes merveilles
et jeunes fiertés,

l’une à droite
et l’autre à gauche,
ô tes deux souffrances,

ô les fruits tendus
de complaisante sœur,
ô les deux lourds

de ta main si proches.

(Albert Cohen)

Illustration: Pascal Renoux

 

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Un homme est mort ce matin (Mano Solo)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2016



gaza-woman

Un homme est mort ce matin
loin là-bas
avant de mourir il n’a rien dit
il était seul depuis la veille
quand la bombe a déchiré le toit
son fils et sa femme avec.
Ses voisins étaient partis
depuis longtemps dans la montagne
le froid la boue et la faim
la peur
un homme est mort ce matin
poussière cathodique
dans le blizzard du direct
dans la tempête des os broyés
la chair qui grille
les poumons brûlent
sous les phares du monde entier
qui pleure sur les baleines
qui deviennent aveugles
tant la mer est pleine de sang.

(Mano Solo)

Illustration

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Sur ce tableau de bombe atomique (Kato Shuson)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2015



Sur ce tableau de bombe atomique
Comme moi, les morts ouvrent la bouche
J’ai froid.

(Kato Shuson)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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