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Poésie

Posts Tagged ‘bord’

Ce que je suis…(Carl Norac)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2022




    
Ce que je suis
D’où je viens ?
Du coeur.
Mon pays?
Le bord des mots.
Quelle est ma langue ?
Le souffle.
Ma frontière ?
La respiration.
Mon avenir ?
Toi ou rien.
Je fuis la guerre,
la dictature,
la misère, les blessures
et je ne dis jamais : Chut !
Non, je ne me tais pas.
Qui je suis,
moi qui vis près de toi ?
La poésie.

(Carl Norac)

Recueil: Pff! ça sert à quoi la poésie ?!
Traduction:
Editions: Rue du Monde

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Écrire à tout venant (Claude Haller)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2022




    
Écrire à tout venant

Pour toi
J’écrirais un poème
Sur le confetti
Sur le timbre-poste
Sur la carte à jouer
Pour toi
J’écrirais un poème
N’importe où
N’importe comment
Tant qu’il est encore temps

Pour toi
J’écrirais un poème
Sur l’affiche
Sur la vitrine
Sur le mur blanc
Pour toi
J’écrirais un poème
N’importe où
N’importe comment
Pourvu qu’il soit encore temps

Pour toi
J’écrirais un poème
Sur le bord du pré
Sur le lit du fleuve
Sur le ciel à l’horizon
Pour toi
J’écrirais un poème
N’importe où
N’importe comment
Il n’est peut-être plus temps ?

(Claude Haller)

Recueil: Poèmes du petit matin
Traduction:
Editions: Hachette

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L’habitant des montagnes (Guyuedeng)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2022



Illustration: Shitao
    
L’habitant des montagnes
Vivant au bord de l’eau dans une grotte rouge,
Sans gloire ni revers, occupé de loisirs,
Le vieux bonze ne sait revenir à la source,
Il s’abandonne aux monts qui virent du vert au jaune.

(Guyuedeng)

Recueil: Poèmes Chan
Traduction: du chinois par Jacques Pimpaneau
Editions: Philippe Picquier

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Envoyé à un bonze (Fachang Yiyu)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2022




    
Envoyé à un bonze

Les chrysanthèmes embaument quand les plantes se fanent,
Au bord de la forêt, je prends congé de vous.
Je le sais comme vous, les monts sont sans trésor;
Seul, je ferme ma porte au soleil qui se couche.

(Fachang Yiyu)

Recueil: Poèmes Chan
Traduction: du chinois par Jacques Pimpaneau
Editions: Philippe Picquier

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Qu’est-ce que c’est le bon poème? (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2022



Illustration: Miguel Chevalier
    
Qu’est-ce que c’est le bon poème?
Pas celui qui plaît,
qui vous paraît bien fait et agréable, non.
Celui qui vous subjugue,
qui vous prend à la gorge,
qui vous retourne l’âme comme un gant,
qui vous donne le vertige,
comme au bord d’un abîme.

(Jean-Pierre Siméon)

 

Recueil: Aïe un poète
Traduction:
Editions: Seuil

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CHANSON (Dan Andersson)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2022




Illustration: Alain Boissel

    

CHANSON

Quand naquit mon amour, c’était sur les rivages
des eaux dansantes d’un torrent
par une claire nuit de nordique printemps,
par une de ces nuits de mes jeunes années
où je buvais le miel sauvage
sur les prés couverts de rosée.

Quand naquit mon amour, c’était sur les rivages
du Païso torrentueux
où sautait le saumon et chassait le brochet ; et
de ses froides eaux qui roulaient avec rage,
farouchement voluptueux,
un chant irréel s’élevait.

Et ce chant bouillonnait tout le long de mes veines
chaque fois qu’un nouveau printemps
venait remettre à neuf un peu de l’âme humaine ;
et dans le monde entier retentissait ce chant
chaque fois que mystérieux
un printemps descendait des cieux.

Mais jamais plus, hélas, je n’aimerai
comme en ces jours lointains, comme aux bords enchantés
des eaux claires du Païso.
Mon amour se fait vieux, mon amour se fait gris,
mon amour ne sait plus du tout
cueillir le miel sauvage au coeur profond des nuits.

(Dan Andersson)

Recueil: 35 siècles de poésie amoureuse
Traduction: J.-V. Pellerin
Editions: Saint-Germain-des-Prés Le Cherche-Midi

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FILLE (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2022




    
FILLE

Tes chaudes mains, souples brandons,
Frôlent en vain ma solitude;
Ton plaisir ne m’est qu’une étude;
Le dédain préside à mes dons.

Le fruit banal où nous mordons
Pend triste au clos de l’habitude;
Je farde mal mon hébétude
Du frais carmin des abandons.

Sans que ta force ne le sente,
Ton désir n’étreint qu’une absente;
Le coeur distrait rêve ou s’endort.

Comme une fille ses piastres,
Au bord du ciel, alcôve d’or,
Mes yeux pensifs comptent les astres.

(Marguerite Yourcenar)

 

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

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VERS ORPHIQUES (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2022




    
VERS ORPHIQUES

D’après des tablettes
retrouvées dans une tombe de la Grande-Grèce

Sur le seuil de la porte noire,
À droite, au pied d’un peuplier,
Coule l’eau qui fait oublier.

À gauche sourd l’eau de Mémoire;
Cristal glacé, froide liqueur,
L’eau de Mémoire est dans mon coeur.

La joie et la peine y vont boire;
Des sages siègent sur son bord;
Je leur dirai : « Je crains la mort.

« Je suis fils de la terre noire,
« Mais aussi du ciel étoilé;
« Ouvrez-moi la porte de gloire!

(Marguerite Yourcenar)

 

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

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Destin (José Saramago)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2022




    
Destin

Je trace sur le sol un trait, au bord de l’eau :
La marée ne tarde à faire table rase.
Ainsi est le poème. C’est le sort commun
Que sables et poèmes se vaillent
Au va-et-vient de la marée, vient-vient de la mort.

***

Destino

Risco no cháo um traço, à Beira água:
Não tarda que a maré o deixe raso.
Tal e quai o poema. É comum sorte
Que areias e poemas tanto valham Ao
vaivém da maré, vem-vem da morte.

(José Saramago)

 

Recueil: Les poèmes possibles
Traduction: Nicole Siganos
Editions: Jacques Brémond

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JE TOUCHE TES LEVRES (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2022



Illustration: Alice de Miramon
    
JE TOUCHE TES LEVRES

Je touche tes lèvres,
je touche d’un doigt le bord de tes lèvres.
Je dessine ta bouche comme si elle naissait de ma main,
comme si elle s’entrouvrait pour la première fois
et il me suffit de fermer les yeux
pour tout défaire et tout recommencer.

Je fais naître chaque fois la bouche que je désire,
la bouche que ma main choisit et qu’elle dessine sur ton visage,
une bouche choisie entre toutes, choisie par moi
avec une souveraine liberté pour la dessiner de ma main sur ton visage et qui,
par un hasard que je ne cherche pas à comprendre,
coïncide exactement à ta bouche
qui sourit sous la bouche que ma main te dessine.

Tu me regardes, tu me regardes de tout près,
tu me regardes de plus en plus près,
nous jouons au cyclope,
nos yeux grandissent, se rejoignent, se superposent,
et les cyclopes se regardent, respirent confondus,
les bouches se rencontrent, luttent tièdes avec leurs lèvres,
appuyant à peine la langue sur les dents,
jouant dans leur enceinte où va et vient
un air pesant dans un silence et un parfum ancien.

Alors mes mains s’enfoncent dans tes cheveux,
caressent lentement la profondeur de tes cheveux,
tandis que nous nous embrassons
comme si nous avions la bouche pleine de fleurs ou de poissons,
de mouvement vivants, de senteur profonde.

Et si nous nous mordons, la douleur est douce
et si nous sombrons dans nos haleines mêlées
en une brève et terrible noyade,
cette mort instantanée est belle.

Et il y a une seule salive et une seule saveur de fruit mûr,
et je te sens trembler contre moi comme une lune dans l’eau.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Marelle
Traduction: Laure Bataillon & Françoise Rosset
Editions: Gallimard

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