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Un jour (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2019



 

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Un jour
Il y aura autre chose que le jour
Une chose plus franche, que l’on appellera le Jodel
Une encore, translucide comme l’arcanson
Que l’on s’enchâssera dans l’oeil d’un geste élégant
Il y aura l’auraille, plus cruel
Le volutin, plus dégagé
Le comble, moins sempiternel
Le baouf, toujours enneigé
Il y aura le chalamondre
L’ivrunini, le baroïque
Et tout un planté d’analognes
Les heures seront différentes
Pas pareilles, sans résultat
Inutile de fixer maintenant
Le détail précis de tout ça
Une certitude subsiste : un jour
Il y aura autre chose que le jour

(Boris Vian)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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La vie, c’est comme une dent (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018




La vie, c’est comme une dent

La vie, c’est comme une dent
D’abord on n’ y a pas pensé
On s’est contenté de mâcher
Et puis ça se gâte soudain
Ça vous fait mal, et on y tient
Et on la soigne et les soucis
Et pour qu’on soit vraiment guéri
Il faut vous l’arracher, la vie

(Boris Vian)

Illustration

 

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Ils cassent le monde (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018



 

Zdzislaw Beksinski  ax 1976

Ils cassent le monde

Ils cassent le monde
En petits morceaux
Ils cassent le monde
A coups de marteau

Mais ça m’est égal
Ça m’est bien égal
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez

Il suffit que j’aime
Une plume bleue
Un chemin de sable
Un oiseau peureux
Il suffit que j’aime
Un brin d’herbe mince
Une goutte de rosée
Un grillon de bois

Ils peuvent casser le monde
En petits morceaux
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez
J’aurai toujours un peu d’air
Un petit filet de vie
Dans l’oeil un peu de lumière
Et le vent dans les orties

Et même,
même s’ils me mettent en prison
Il en reste assez pour moi,
il en reste assez
Il suffit que j’aime
Cette pierre corrodée
Ces crochets de fer
où s’attarde un peu de mon sang
Je l’aime je l’aime
La planche usée de mon lit
La paillasse, le châlit
La poussière de soleil
J’aime ce judas qui s’ouvre
Ces hommes qui sont entrés
Qui s’avancent, qui m’emmènent
Retrouver la vie du monde
Retrouver la couleur
J’aime ces deux longs montants

Ce couteau triangulaire
Ces messieurs vêtus de noir
C’est ma fête, je suis fier
Je l’aime, je l’aime
Ce panier rempli de son
Où je vais poser ma tête
Oh je l’aime, je l’aime
Je l’aime pour de bon

Il suffit que j’aime
Un brin d’herbe bleue
Une goutte de rosée
Un amour d’oiseau peureux
Ils cassent le monde
Avec leurs marteaux pesants
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez, mon coeur

(Boris Vian)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

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CHANSON DE CHARME (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2018



 

CHANSON DE CHARME

Chérie viens près de moi
Ce soir je veux chanter
Une chanson pour toi.

Une chanson sans larmes
Une chanson légère
Une chanson de charme.

Le charme des matins
Emmitouflés de brume
Où valsent les lapins.

Le charme des étangs
Où de gais enfants blonds
Pêchent des caïmans.

Le charme des prairies
Que l’on fauche en été
Pour pouvoir s’y rouler.

Le charme des cuillères
Qui raclent les assiettes
Et la soupe aux yeux clairs.

Le charme de l’oeuf dur
Qui permit à Colomb
Sa plus belle invention.

Le charme des vertus
Qui donnent au péché
Goût de fruit défendu.

J’aurais pu te chanter
Une chanson de chêne
D’orme ou de peuplier

Une chanson d’érable
Une chanson de teck
Aux rimes plus durables.

Mais sans bruit ni vacarme
J’ai préféré tenter
Cette chanson de charme.

Charme du vieux notaire
Qui dans l’étude austère
Tire l’affaire au clair.

Le charme de la pluie
Roulant ses gouttes d’or
Sur le cuivre du lit.

Le charme de ton coeur
Que je vois près du mien
Quand je pense au bonheur.

Le charme des soleils
Qui tournent tout autour
Des horizons vermeils.

Et le charme des jours
Effacés de nos vies
Par la gomme des nuits.

(Boris Vian)


Illustration: William Bouguereau

 

 

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Je voudrais pas crever (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2017



Illustration: Martin Matje
    

Je voudrais pas crever
Avant d’avoir connu
Les chiens noirs du Mexique
Qui dorment sans rêver
Les singes à cul nu
Dévoreurs de tropiques
Les araignées d’argent
Au nid truffé de bulles
Je voudrais pas crever
Sans savoir si la lune
Sous son faux air de thune
A un coté pointu
Si le soleil est froid
Si les quatre saisons
Ne sont vraiment que quatre
Sans avoir essayé
De porter une robe
Sur les grands boulevards
Sans avoir regardé
Dans un regard d’égout
Sans avoir mis mon zobe
Dans des coinstots bizarres
Je voudrais pas finir
Sans connaître la lèpre
Ou les sept maladies
Qu’on attrape là-bas
Le bon ni le mauvais
Ne me feraient de peine
Si si si je savais
Que j’en aurai l’étrenne
Et il y a z aussi
Tout ce que je connais
Tout ce que j’apprécie
Que je sais qui me plaît
Le fond vert de la mer
Où valsent les brins d’algues
Sur le sable ondulé
L’herbe grillée de juin
La terre qui craquelle
L’odeur des conifères
Et les baisers de celle
Que ceci que cela
La belle que voilà
Mon Ourson, l’Ursula
Je voudrais pas crever
Avant d’avoir usé
Sa bouche avec ma bouche
Son corps avec mes mains
Le reste avec mes yeux
J’en dis pas plus faut bien
Rester révérencieux
Je voudrais pas mourir
Sans qu’on ait inventé
Les roses éternelles
La journée de deux heures
La mer à la montagne
La montagne à la mer
La fin de la douleur
Les journaux en couleur
Tous les enfants contents
Et tant de trucs encore
Qui dorment dans les crânes
Des géniaux ingénieurs
Des jardiniers joviaux
Des soucieux socialistes
Des urbains urbanistes
Et des pensifs penseurs
Tant de choses à voir
A voir et à z-entendre
Tant de temps à attendre
A chercher dans le noir

Et moi je vois la fin
Qui grouille et qui s’amène
Avec sa gueule moche
Et qui m’ouvre ses bras
De grenouille bancroche

Je voudrais pas crever
Non monsieur non madame
Avant d’avoir tâté
Le goût qui me tourmente
Le goût qu’est le plus fort
Je voudrais pas crever
Avant d’avoir goûté
La saveur de la mort…

(Boris Vian)

 

Recueil: Je voudrais pas crever
Traduction:
Editions:

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Je veux une vie en forme d’arête sur une assiette bleue (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2017



Je veux une vie en forme d’arête
Sur une assiette bleue
Je veux une vie en forme de chose
Au fond d’un machin tout seul
Je veux une vie en forme de sable des mains
En forme de pain vert ou de cruche
En forme de savate molle
En forme de faridondaine
De ramoneur ou de lilas
De terre pleine de cailloux
De coiffeur sauvage ou d’édredon fou
Je veux une vie en forme de toi
Et je l’ai, mais ça ne me suffit pas encore
Je ne suis jamais content.

(Boris Vian)

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Y AVAIT UNE LAMPE DE CUIVRE (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2017




Y AVAIT UNE LAMPE DE CUIVRE

Y avait une lampe de cuivre
Qui brûlait depuis des années
Y avait un miroir enchanté
Et l’on y voyait le visage
Le visage que l’on aurait
Sur le lit doré de la mort
Y avait un livre de cuir bleu
Où tenaient le ciel et la terre
L’eau, le feu, les treize mystères
Un sablier filait le temps
Sur son aiguille de poussière
Y avait une lourde serrure
Qui crochait sa dure morsure
A la porte de chêne épais
Fermant la tour à tout jamais
Sur la chambre ronde, la table
La voûte de chaux, la fenêtre
Aux verres enchâssés de plomb
Et les rats grimpaient dans le lierre
Tout autour de la tour de pierre
Où le soleil ne venait plus

C’était vraiment horriblement romantique.

(Boris Vian)

Illustration: Paul Delvaux

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Y EN A QUI ONT DES TROMPINETTES (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2017




Y EN A QUI ONT DES TROMPINETTES

Y en a qui ont des trompinettes
Et des bugles
Et des serpents
Y en a qui ont des clarinettes
Et des ophicléides géants
Y en a qu’ont des gros tambours
Bourre Bourre Bourre
Et ran plan plan
Mais moi j’ai qu’un mirliton
Et je mirlitonne
Du soir au matin
Moi je n’ai qu’un mirliton
Mais ça m’est égal si j’en joue bien.

Oui mais voilà, est-ce que j’en joue bien ?

(Boris Vian)

Illustration: Henri de Toulouse-Lautrec

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LE GRAND PASSAGE (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2017



 

LE GRAND PASSAGE

Le seuil de l’immortalité
Est assez haut, en pierre, avec des plantes
On ne s’apercevait pas du tout qu’on le passait
Mais de l’autre côté
Des tripotées
D’oiseaux sans ailes ni sans eaux
Poussaient des cris d’échiran…

(Boris Vian)

Illustration: Renata Ratajczyk

 

 

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BOITES (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2017



 

BOITES

On peut tout mettre dans les boîtes
Des cancrelats et des savates
Ou des oeufs durs à la tomate
Et des objets compromettants
On peut y mettre aussi des gens
Et même les gens bien vivants
Et intelligents
Oui oui décidément la boîte
Est bien le plus indispensable
Des progrès faits depuis les temps
Que l’on nomme préhistoriques
Faute d’un terme plus subtil
Pour désigner la vague époque
Où le dinosaure dînait
Dans les marais de l’Orénoque
Où le brontosaure brutal
Broutait des brouets brépugnants
Où le ptérodactyle enfin
Ancêtre extrêmement voisin
Du sténodactyle ordinaire
Ouvrait pareil à Lucifer
Des ailes de vieux cuir de veau
Dans un crépuscule indigo
En faisant claquer ses mâchoires
Pour effrayer nos grands-parents
Différence fondamentale
Avec notre vie d’aujourd’hui
La boîte, messeigneurs, n’existait pas encore.

BOITES

Je vous aime toutes, je vous aime
Vous vous suffisez à vous-mêmes
Et jamais ne nous encombrez.

Car pour ranger les BOITES
les BOITES
les BOITES
On les met dans des BOITES
Et on peut les garder.

(Boris Vian)

 

 

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