Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘bosse’

Les grenouilles (Maurice Rollinat)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2019



Les grenouilles

Elles s’en vont au loin s’accroupir sur les pierres,
Sur les champignons plats, sur les bosses des troncs
Et clignotent bientôt leurs petites paupières
Dans un nimbe endormeur et bleu de moucherons.

Emeraude vivante au sein des herbes rousses
Chacune luit en paix sous le midi brûlant ;
Leur respiration a des lenteurs si douces
Qu’à peine on voit bouger leur petit goître blanc.

Elles sont là, sans bruit, rêvassant par centaines,
S’enivrant au soleil de leur sécurité ;
Un scarabée errant, du bout de ses antennes,
Fait tressaillir parfois leur immobilité.

Les autres, que sur l’herbe un bruit laisse éperdues
Ou qui préfèrent l’onde au sol poudreux et dur,
A la surface, aux bords, les pattes étendues,
Inertes, hument l’air, le soleil et l’azur.

(Maurice Rollinat)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Vespergenèse (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2019



César Vallejo
    
Vespergenèse

Je suis né un jour
où Dieu était malade.

Tous savent que je vis,
que je suis mauvais; mais ils ne savent rien
du décembre de ce janvier.
Car je suis né un jour
où Dieu était malade.

Il est un vide
dans mon air métaphysique
que personne ne palpera :
le cloître d’un silence
qui parla à fleur de feu.

Je suis né un jour
où Dieu était malade.

Mon frère, écoute, écoute….
Bon. Et que je ne parte pas
sans emporter de décembres,
sans laisser de janviers.
Car je suis né un jour
où Dieu était malade.

Tous savent que je vis,
que je mastique… Mais ils ne savent pas
pourquoi dans mon vers grincent,
obscur déboire de cercueil,
des vents lyissés
décrochés du Sphinx
indiscret du Désert.

Tous savent… Et ne savent pas
que la Lumière est phtisique,
et l’Ombre grosse…
Mais ils ne savent pas que le Mystère synthétise…
qu’il est la bosse
musicale et triste qui à distance annonce
le passage méridien des lisières aux Lisières.

Je suis né un jour
où Dieu était malade,
gravement.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ces gigantesques sillons (Julien Vocance)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2018



La Mort a creusé sans doute
Ces gigantesques sillons
Dont les graines sont des hommes.

***

Au ras du sol depuis quinze jours,
Mon oeil en connaît les moindres bosses,
Les moindres herbes.

***

Rumeurs de veuves, d’orphelins,
Bourdonnantes, comme un essaim,
Sur ces pauvres corps déteints.

***

La pluie fine et froide, en cinglantes rafales,
Pénètre nos os et nos âmes,
Et les moelles de la terre.

***

Par la fatigue écrasés,
Ils ont les poses écroulées
Des cadavres de la plaine.

***

Les rafales de nos canons
D’une ville à l’horizon
Allument la vision brève.

***

Des croix de bois blanc
Surgissent du sol,
Chaque jour, ça et là.

***

Les obus vampires ont soulevé
Les dalles du cimetière
Dont les croix chancellent.

***

Pour arriver jusqu’à ma peau
Les balles ne pourraient jamais
Se débrouiller dans mes lainages.

***

Dans un trou du sol, la nuit,
En face d’une armée immense,
Deux hommes.

***

Fleur qui respirait la lumière,
Son oeil gît,
La gorge tranchée.

(Julien Vocance)

 

 

Posted in haïku, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

QU’ON EST BIEN (Guy Béart)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



QU’ON EST BIEN

Qu’on est bien
Dans les bras
D’une personne du sexe opposé
Qu’on est bien
Dans les bras

Qu’on est bien
Dans les bras
D’une personne du genre qu’on n’a pas
Qu’on est bien
Dans ces bras

C’est la vraie prière
La prochaine aime le prochain
C’est la vraie grammaire
Le masculin s’accorde avec le féminin

Certains jouent quand même
Les atouts de même couleur
Libre à eux moi j’aime
Les valets sur les dames
les trèfles sur les cours

Les creux sur les bosses
Tout finit par se marier
Les bons sur les rosses
Et même les colombes avec les éperviers

Qu’on est bien
Dans les bras
D’une personne du sexe opposé
Qu’on est bien
Dans ces bras

(Guy Béart)

 

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE CHAMEAU (Pierre Coran)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018



chameau001 [800x600]

LE CHAMEAU

Un chameau entra dans un sauna.
Il eut chaud,
Très chaud,
Trop chaud.

Il sua,
Sua,
Sua.

Une bosse s’usa,
S’usa,
S’usa.

L’autre bosse ne s’usa pas.

Que crois-tu qu’il arriva ?

Le chameau dans le désert
Se retrouva dromadaire.

(Pierre Coran)

Illustration

 

Posted in humour, poésie | Tagué: , , , , , , , | Leave a Comment »

Avalanche (Leonard Cohen)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018




    
Avalanche

J’ai été pris dans une avalanche
elle a recouvert mon âme
Quand je ne serai plus bossu
je dormirai sous une colline dorée
Toi qui veux vaincre la douleur
tu dois apprendre à me servir

Tu me heurtes par hasard
en allant chercher de l’or
Le boiteux que tu habilles et nourris
n’a ni faim ni froid
Il ne recherche pas de compagnie
pas au centre du monde

Quand j’étais sur ce piédestal
tu ne m’y avais pas hissé
Tes lois ne m’obligent pas
à m’agenouiller grotesque et nu
Je suis moi-même le piédestal
de cette bosse que tu regardes

Toi qui veux vaincre la douleur
tu dois apprendre ce qui m’adoucit
Les miettes d’amour que tu m’offres
sont les miettes que j’abandonne
Ta croix ne te donne aucun titre
ce n’est que l’ombre de ma blessure.

J’ai commencé à me languir de toi
moi qui n’ai aucun besoin
J’ai commencé à t’attendre
moi qui n’ai nul appétit
Tu dis que tu es loin de moi
mais je sens ton souffle quand tu respires

Ne t’habille pas pour moi de chiffons
je sais que tu n’es pas pauvre
Et ne m’aime pas avec tant de violence
quand tu sais ne pas être sûre
C’est ton monde bien-aimé
c’est ta chair que je porte.

***

Avalanche

Well I stepped into an avalanche,
it covered up my soul;
when I am not this hunchback that you see,
I sleep beneath the golden hill.
You who wish to conquer pain,
you must learn, learn to serve me well.

You strike my side by accident
as you go down for your gold.
The cripple here that you clothe and feed
is neither starved nor cold;
he does not ask for your company,
not at the centre, the centre of the world.

When I am on a pedestal,
you did not raise me there.
Your laws do not compel me
to kneel grotesque and bare.
I myself am the pedestal
for this ugly hump at which you stare.

You who wish to conquer pain,
you must learn what makes me kind;
the crumbs of love that you offer me,
they’re the crumbs I’ve left behind.
Your pain is no credential here,
it’s just the shadow, shadow of my wound.

I have begun to long for you,
I who have no greed;
I have begun to ask for you,
I who have no need.
You say you’ve gone away from me,
but I can feel you when you breathe.

Do not dress in those rags for me,
I know you are not poor;
you don’t love me quite so fiercely now
when you know that you are not sure,
it is your turn, beloved,
it is your flesh that I wear.

(Leonard Cohen)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Sous le croissant de lune (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



 

 

Illustration: Jean-François de Troy

    

Un enfant pleure. Sous le croissant de lune,
Par les champs se traîne un pèlerin bossu.
Dans le bois, qui se moque de sa bosse ronde —
Quelqu’un de velu, de tordu, de cornu.

Sous le clair de lune, le chemin est pâle.
Des filles pâles se cachent dans les herbes.
Leurs mains, comme des herbes tendres et pâles,
Dans le vent se balancent de gauche à droite.

Le grain bleu chuchote et penche la tête.
Le bossu danse sous la lune cornue.
On entend la trompette d’argent qui appelle.
Quelqu’un s’élance sur le chemin lumineux.

Les filles pâles surgissent des herbes.
Elles tendent les bras vers la connaissance.
Immobile, l’oreille collée à la terre,
Le bossu l’entend qui attend et respire.

Dans le bois, le velu tremble sans bruit.
La lune a roulé dans les blés lumineux.
Un enfant pleure. Et le vent se tait.
La trompette est proche. La nuit impénétrable.

(Alexandre Blok)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La nuit (Jean-Pierre Duprey)

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2016



 

La nuit est un grand oeil creux
ou encore une bosse à l’intérieur du vide;
je l’ai su lorsque mes yeux roulèrent au fond
comme des billes jetées dans un vase.

(Jean-Pierre Duprey)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La vie (Bernard Binlin Dadié)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2016



Gil  cerceau rouillé

La vie

La vie est un cerceau rouillé
Que l’on ramasse le soir à l’angle des cimetières.

La vie est un cerceau rouillé
Que l’on roule le matin par les rues du village.

La vie est un cerceau rouillé
Que l’on joue sur le chemin de la source
dans les ravins
sur les montagnes.

La vie est un cerceau rouillé
Qui chante.
Et dont chaque saut
Est une bosse à notre cœur.

La vie est un cerceau rouillé
Que l’on tient à bout de bras
Dans la tempête des jours.

La vie est un cerceau rouillé
Qu’on abandonne le matin à l’angle des cimetières.

La vie est un cerceau rouillé
Qui pend au long des tombes.

La vie est un cerceau rouillé
Que le sage contemple avec des yeux sereins.

(Bernard Binlin Dadié)

Illustration: Gil

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA VILLE A DÉTERRER (Jean Tortel)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2016




LA VILLE A DÉTERRER

Le désert un peu soulevé
On nous a dit pourquoi — mais ce qui fut
Est là-dessous. Le tertre
Est un peu plus herbu que le pâle désert.

Peut-être une respiration
Qui s’est figée.

En grattant le sol, on déchausse
Des pierres qui sont des signes, quelques-unes
Des regards étonnés ou morts
Que des marchands viennent choisir.

Il faudrait savoir lire.

La moindre saillie
Retient le sable et quelque chose
Est enterré sous chaque bosse.
Le vent perpétuel est sec.

(Jean Tortel)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :