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Posts Tagged ‘bouche’

LE MOMENT BLEU (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2018



    

LE MOMENT BLEU

Quand un martin-pêcheur
à ras de l’eau était passé
on s’appelait on se criait :
« Tu l’as vu ?
Il vient juste de passer. »

Mais très souvent l’un d’entre nous
n’avait rien vu
et c’était l’un — ou alors l’autre —
qui gardait seul
le moment bleu.

Ce moment bleu du grand courant
(on remontait jusqu’à la nuit
on se perdait on s’attendait)
tu l’as sur toi.

Dans tes papiers
contre ta carte d’identité
la petite plume
tu l’as glissée.

Elle est pour toi
comme mon poème :
éclair reflet présence absence
doigt sur la bouche.

Nos moments bleus
ils ont filé.

(François de Cornière)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral
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Pas vu ça (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018


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Pas vu la comète
Pas vu la belle étoile
Pas vu tout ça

Pas vu la mer en flacon
Pas vu la montagne à l’envers
Pas vu tant que ça

Mais vu deux beaux yeux
Vu une belle bouche éclatante
Vu bien mieux que ça

(Robert Desnos)

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Le coeur et le foie (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018




    
Le coeur et le foie

Refrain 1
On dit que j’ai du coeur
Que je n’ai pas les foies
Pourquoi?
Moi je trouve ma foi
Que l’on fait trop d’honneur
Au coeur
Désormais je veux chanter le foie
Sans me faire de bile
C’est le foie qui nous donne la joie
C’est le coeur qui nous rend imbécile.

1
Désormais je dirai
Aux femm’s que j’aimerai
Je vous aime de tout foie.
Pour vous parler foie à foie
La main
Sur le foie
Le foie
Sur la main
Mais vous me fendez le foie
Si vous me refusez votre amour.
Je me sens le foie lourd
Auriez-vous un foie d’artichaut?
Quant à moi je vous l’dis j’ai l’foie chaud
Je suis homme de foie
J’ai un foie d’or
Et puis encor
Je vous ouvre mon foie
Je vous donne ma foi
Vous, vous êtes jolie comme un foie
Moi j’ai mauvaise tête bon foie.

Refrain 2
Au lieu d’ parler du coeur
Je parlerai du foie
Pourquoi?
Moi je trouve ma foi
Que l’on fait trop d’honneur
Au coeur
Les poèt’s parleront tous du foie
Sans se faire de bile
C’est le foie qui nous donne la joie
C’est le coeur qui nous rend imbécile.

2
Dans le Cid aux Français
Don Diègue s’écrierait
Eh! Rodrigue as-tu du foie?
Car son fils, il le tutoie
Richard
Foie de lion
Et son
Étendard
Paraîtront à l’Opéra
Foie de Française on affichera.
De mêm’ les beloteurs
N’auront plus ni valet, ni roi d’ coeur
Valet d’ foie, Dam’ de foie, Roi de foie
Sept huit neuf dix de foie.
De gaieté d’ foie
Les blanches oies
Nous donn’ront du coeur gras
Si ce chant n’ vous plaît pas
Nous pouvons chanter les deux poumons
L’estomac l’ pancréas les rognons.

Refrain 3
Au lieu d’il a bon coeur
On dira il a bons
Poumons
Ou il a bons rognons
Au lieu d’ la bouche en coeur
Ma soeur
C’est bien sûr aura la bouche en foie
Ne nous faisons plus d’ bile
C’est le foie qui nous donne la joie
C’est le coeur qui nous rend imbécile.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Couplet du verre de vin (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



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Couplet du verre de vin

Quand le train partira n’agite pas la main,
Ni ton mouchoir, ni ton ombrelle,
Mais emplis un verre de vin
Et lance vers le train dont chantent les ridelles
La longue flamme du vin,
La sanglante flamme du vin pareille à ta langue
Et partageant avec elle
Le palais et la couche
De tes lèvres et de ta bouche.

(Robert Desnos)

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La sieste (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



 

Ernest Biéler , Les Feuilles mortes (detail) 1899 [1280x768]

La sieste

Cent mille années dans mon sommeil d’après-midi
Ont duré moins longtemps qu’une exacte seconde.
Je reparais du fond d’un rêve incontredit
Dans la réalité de ma chair et du monde.

Je retrouve en ma bouche une ancienne saveur
Et des noms de jadis et des baisers si tendres
Que je ne sais plus qui je suis ni si mon coeur
Bat dans le sûr présent ou le passé de cendres.

Éclatez! Ô volcans! du fond des souvenirs,
Noyez sous votre lave un esprit qui se lasse,
Brûlez les vieux billets et puissiez-vous ternir
À jamais le miroir dont le tain mord la glace.

(Robert Desnos)

Illustration: Ernest Biéler

 

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Il est minuit (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2018




    
Il est minuit

1
Il est minuit
Il est minuit
L’horloge sonne vive l’amour.
Parlons moins fort
Puisque tout dort
Puisque tout rêve vive l’amour.
Je sens ton souffle près de ma bouche
Et dans tes veines battre ton sang
Quand tu reposes quand tu te couches
Ton oeil limpide si caressant
Fait la nuit claire pleine de rêves
Reste immobile je suis content
Rêvons ensemble c’est une trêve
Avant l’aurore qui se lève.

2
Il est midi
Il est midi
L’horloge sonne-adieu l’amour.
Au soleil d’or
Rêvons encor
La vie est brève-adieu l’amour.
Reprends ta route et moi la mienne
Et si la vie nous réunit
Dans les ténèbres de tes persiennes
Dans le mystère de ton grand lit
Je veux chérie sous le ciel blême
Rêver encore comm’ cette nuit
Je veux chérie que ce soir même
Nous réunisse pour qu’on s’aime.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Appelle la sirène et l’étoile (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Illustration: Victor Nizovtsev 
    

Appelle la sirène et l’étoile à grands cris
Si tu ne peux dormir bouche close et mains jointes
Ainsi qu’un chevalier de pierre qui sourit
A voir le ciel sans dieux et les enfers sans plainte.

O Révolte!

(Robert Desnos)

 

Recueil: Fortunes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les roses (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Abdalieva Akzhan -   3

Les roses

L’air était pur, la nuit régnait sans voiles ;
Elle riait du dépit de l’amour :
Il aime l’ombre, et le feu des étoiles,
En scintillant, formait un nouveau jour.

Tout s’y trompait. L’oiseau, dans le bocage,
Prenait minuit pour l’heure des concerts ;
Et les zéphyrs, surpris de ce ramage,
Plus mollement le portaient dans les airs.

Tandis qu’aux champs quelques jeunes abeilles
Volaient encore en tourbillons légers,
Le printemps en silence épanchait ses corbeilles
Et de ses doux présents embaumait nos vergers.

Ô ma mère ! On eût dit qu’une fête aux campagnes,
Dans cette belle nuit, se célébrait tout bas ;
On eût dit que de loin mes plus chères compagnes
Murmuraient des chansons pour attirer mes pas.

J’écoutais, j’entendais couler, parmi les roses,
Le ruisseau qui, baignant leurs couronnes écloses,
Oppose un voile humide aux brûlantes chaleurs ;
Et moi, cherchant le frais sur la mousse et les fleurs,

Je m’endormis. Ne grondez pas, ma mère !
Dans notre enclos qui pouvait pénétrer ?
Moutons et chiens, tout venait de rentrer.
Et j’avais vu Daphnis passer avec son père.

Au bruit de l’eau, je sentis le sommeil
Envelopper mon âme et mes yeux d’un nuage,
Et lentement s’évanouir l’image
Que je tremblais de revoir au réveil :

Je m’endormis. Mais l’image enhardie
Au bruit de l’eau se glissa dans mon coeur.
Le chant des bois, leur vague mélodie,
En la berçant, fait rêver la pudeur.

En vain pour m’éveiller mes compagnes chéries,
En me tendant leurs bras entrelacés,
Auraient fait de mon nom retentir les prairies ;
J’aurais dit :  » Non ! Je dors, je veux dormir ! Dansez !  »

Calme, les yeux fermés, je me sentais sourire ;
Des songes prêts à fuir je retenais l’essor ;
Mais las de voltiger, (ma mère, j’en soupire,)
Ils disparurent tous ; un seul me trouble encor,

Un seul. Je vis Daphnis franchissant la clairière ;
Son ombre s’approcha de mon sein palpitant :
C’était une ombre, et j’avais peur pourtant,
Mais le sommeil enchaînait ma paupière.

Doucement, doucement, il m’appela deux fois ;
J’allais crier, j’étais tremblante ;
Je sentis sur ma bouche une rose brûlante,
Et la frayeur m’ôta la voix.

Depuis ce temps, ne grondez pas, ma mère,
Daphnis, qui chaque soir passait avec son père,
Daphnis me suit partout pensif et curieux :
Ô ma mère ! Il a vu mon rêve dans mes yeux !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Abdalieva Akzhan

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Écoutez-moi si vous m’aimez (Odilon-Jean Périer)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Illustration: René Baumer

    

Écoutez-moi si vous m’aimez

Écoutez-moi si vous m’aimez :
Je suis sauvé lorsque je chante ;
Et toi, surtout, que j’ai formé
De ma plus douce voix vivante :
Tes beaux cheveux bien éclairés
Comme le feu dans la poussière
Te font pareil aux oliviers,
Tes mains connaissent un mystère
Dont il reste de l’or aux doigts…
Si tu es dieu, révèle-toi.

– Garde ton sang, bouche mordue,
J’y vois la trace de ton coeur :
Sur la voie que tu as perdue
Je t’ai suivi comme un chasseur.

Es-tu cette étoile sauvage ?
Je te salue, ô visiteur,
Dans la lumière et la douleur,
Visage doux comme une plage
Usée, habituée aux vagues…
Tu es l’amour aux mains profondes :
Partageons ce pain et ce sel…

– Salut, dans le milieu du monde,
Salut à mon ami mortel.

Puis-je mourir, quelle folie !
N’entends-tu pas ma poésie
Et ce coeur battre, ô bouche d’or ?
Je suis le berger de ces ombres
Et le principe de ces choses
Ayant fait oeuvre de mon corps
Je suis vainqueur, il se repose,
Et je retourne à mes trésors.

– Homme enfermé, l’orgueil t’égare
Libre et vivant, – devant un mur.
Accorde-moi ce corps avare,
Ne sois, enfin, qu’un esprit pur.

Amour, ce serait par faiblesse…

– Mais, par faiblesse, sois heureux.

Laisse ces ruses sans noblesse
J’ai vu la flamme dans tes yeux…
Alors, il me prend par la tête,
Porte la nuit dans mes fénêtres,
Porte sur moi son souffle ardent,
Par les genoux brise ma force
Et, comme un cheval qui s’emporte,
Jette ses cheveux dans le vent…

– Je suis seul. Je serre les dents.

Plus tard, un soir comme les autres,
La poésie monte et se pose,
L’eau merveilleuse monte en moi,
Le dieu se pose dans ma chambre,
Tout est changé, c’est que je chante :
Amour, entendez-vous ma voix ?
Mais le Démon n’écoute pas,
Il pleure dans ses mains profondes…

– Les poètes sont seuls au monde.

(Odilon-Jean Périer)

 

 

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SONNET (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



Illustration: Konstantin Razumov

    

SONNET

Je ne vous ferai pas de vers,
Madame, blonde entre les blondes,
Vous réduiriez trop l’univers,
Vous seriez reine sur les mondes.

Vos yeux de saphir, grands ouverts,
Inquiètent comme les ondes
Des fleuves, les lacs et des mers
Et j’en ai des rages profondes.

Mais je suis pourtant désarmé
Par la bouche, rose de mai,
Qui parle si bien sans parole,

Et qui dit le mot sans pareil,
Fleur délicieusement folle
Éclose à Paris, au soleil.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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