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Poésie

Posts Tagged ‘bouche’

Encore des lettres aujourd’hui (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2022



Illustration: Coral Silverman
    
Encore des lettres aujourd’hui
toutes sortes de phrases
mêlées aux vôtres
Parfois je réponds et parfois non
C’est comme le téléphone
il sonne je le regarde sonner
Il y a des jours
où je ne suis pas dans mon nom
pas dans mon sang pas dans mes yeux
des jours des semaines des mois
Je laisse
les lettres parler le téléphone hurler
C’est une affaire de bon sens
Je ne peux répondre qu’en ma présence
Seulement voilà que faire
quand je n’y suis pas
quand la main de l’ange
est sur ma bouche

(Christian Bobin)

 

Recueil: La Vie Passante
Editions: Fata Morgana

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Vieille carpe (Pierre Reboul)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2022



Illustration  
    
vieille carpe
bouche bée
elle boit le ciel

(Pierre Reboul)

Recueil: Un désir de haïku
Traduction:
Editions: Le Prunier Sully

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Averse d’été (Pierre Reboul)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2022




    
averse d’été
bouche ouverte
poisson-chat gobant les libellules

(Pierre Reboul)

Recueil: Un désir de haïku
Traduction:
Editions: Le Prunier Sully

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Peut-être, quand viendra la nuit (Luc Bérimont)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2022




Illustration
    
Peut-être, quand viendra la nuit
Vais-je poser mes mains autour de ton visage?
Une lampe assourdie balancera le vent
Qui monte des ravins d’octobre avec la pluie
Tu t’approcheras, nue, entre les murs bâtis
Mais je ne connaîtrai de toi que ton visage.
Je retiendrai l’instant comme une écluse haute
Capable d’emporter deux corps dans un courant
Je dirai la raison sourde des marécages
Croupis dans une attente à goût d’orage et d’eau.

Je tiens la nuit contre ma bouche
D’un souffle si léger, si pur
Qu’il entretient le feu des pierres.
Un geste pourrait dévaster
Les jardins en pente du jour;
Le plus court hasard nous tuerait
En ce territoire incertain.

Je reste en vie si loin de toi
Mon absente, ma déferlante
Parce qu’aux confins fous du sang
Luit le pavot bleu du plaisir.

(Luc Bérimont)

Recueil: Le sang des hommes
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Minerai de solitude (Luc Bérimont)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2022




    
Minerai de solitude

Chaque caillou du sol est seul, mais le sait-il?
Chaque étoile du ciel est de la solitude

Aussi le lièvre droit, la chaleur du terrier
Le sang qui vient peser à la vitre de l’oeil

Même le soleil fou, la cage où ruent les blés
Même la bouche grasse et la poire mordue

Ah ! je n’ai pas le temps de rassembler vos cris
Mes frères qui vivez et qui mourez ainsi.

(Luc Bérimont)

Recueil: Le sang des hommes
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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PAMPOÉSIE (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2022




    
PAMPOÉSIE

Poésie, patrimoine étoilé :
il fallut découvrir peu à peu ventre vide et sans guide
ton terrestre héritage,
la clarté lunaire et l’épi secret.

La clef, de la solitude à la foule,
se perdait dans les rues et dans les bois
et sous les pierres et dans les trains.

La condition obscure en est le premier sceau,
l’ivresse grave avec un simple verre d’eau,
le corps rassasié sans avoir mangé,
le coeur qui mendie avec son orgueil.

Et bien d’autres choses que taisent les livres
remplis d’une splendeur sans joie : il faut
entamer peu à peu la pierre qui écrase,
dissoudre peu à peu le minerai de l’âme
jusqu’à ce que tu sois celui qui lit,
jusqu’à ce que l’eau chante par ta bouche.

Ce qui est plus facile que la mer à boire
et plus difficile aussi que naître sans fin.
C’est un étrange office qui te cherche
et qui se cache quand on l’a cherché,
c’est une ombre au toit crevassé
mais où dans chaque trou il y a une étoile.

(Pablo Neruda)

Recueil: Mémorial de l’Île Noire
Traduction: Claude Gouffon
Editions: Gallimard

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Viens avec tes mains dans mon dos (Milène Tournier)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2022



    
Viens avec tes mains dans mon dos
Me remettre
Dans le sens du monde.

Viens
À l’extrême milieu
De mes deux mains.

J’irai allumer
Un feu de forêt
Dans tes cils.

Viens dans ma bouche comme
On arrive de loin dans la petite étable
Parce qu’on n’a pas trouvé ailleurs de place
Pour enterrer et soigner son mort.

Ta main, le ciel,
C’est simple
De mourir.

Brise
Un nuage en deux
Et mets-moi entre.

Plus je t’aimais et plus mon ombre allait
De mes sandales
À ton pays.

Il y a
Cent endroits sur un visage
Pour deux mains.

[…]

(Milène Tournier)

Recueil: Le désir en nous comme un défi au monde 84 Poètes d’aujourd’hui
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Il n’y a pas de théorème du désir (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2022



Illlustration: Pascal Renoux
    
Il n’y a pas de théorème du désir
Pas plus qu’il n’y a de théorème de la saveur d’une eau de montagne
pans la bouche de l’exténué
Il boit sa vie

Il n’y a qu’une vérité à mille chemins
Devant le corps aimé
Il est une aube plénière
Dont la lumière appelle la pensée-mésange de l’amant :
S’il y a une vérité dans le désir
Seule l’atteint cette pensée à mille chemins

Le coeur aussi se donne comme un paysage
Seul donc le désir de s’y perdre le mérite
Car ici l’ignorance nous accroît

C’est très simple l’immense pour qui s’est intérieurement dévêtu
Une paupière une hanche un souffle sur la joue
Cela d’un coup efface le monde
La fureur l’excès leur langage

C’est toujours à partir de ce vide
Que nous aimons
En lui que nous buvons notre vie

Est-ce de l’ordre de l’explosion ?
Explosion silencieuse et immobile
À la jonction de deux corps
Qui est la conjonction de deux limites
Ainsi détruites ?

Serait-ce l’apparition d’un espace neuf
Contraire mais lié
À l’espace ordinaire des besognes de l’existence ?

La porte d’or
Par où l’on revient dans sa vie
Déshabitué éclairé
Retour d’exil :
Gestes enfin habités
Regards tenus
Expansion d’une prairie intérieure
Avec affleurement de sources
Celles que l’amant entend
Quand il pose son oreille sur le sommeil de l’aimée

Beau chahut l’amour dans la maison des hommes
Table renversée écrous levés

Est-ce bien de l’ordre de l’explosion ?
Mais lente mais douce
Et sa rumeur qui dort dans la main du coeur

(Jean-Pierre Siméon)

Recueil: Le désir en nous comme un défi au monde 84 Poètes d’aujourd’hui
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Corazón (Alain Borer)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2022



Illlustration: Pascal Renoux
    
Corazón

Veneur aux menées de l’amour
je conduis l’encolure et l’haleine
les reins pour le progrès du plaisir

Corps à son

Bouche bée d’amour
c’est par ton corps
que passe la musique des sphères

Courbée

Infiniment la main
se confond à l’approche
de l’origine du monde

Je creuse
dans ton corps
mon retour

Dors lovée
pris à mon propre piège
de l’éternel va-et-vient

Je suis dansé
Quand je la quitte elle est en moi
l’amour ne dort jamais
pose ta source sur ma soif
scanne-toi

(Alain Borer)

Recueil: Le désir en nous comme un défi au monde 84 Poètes d’aujourd’hui
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Dans l’image on n’entre pas (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2022



Illustration: Jean Murat
    
Dans l’image
on n’entre pas.

Elle reste en face,
comme posée devant les yeux
qui lui donnent limites et profondeur.

La beauté est cette distance infranchissable
tissée de lumière et de vols
qu’on croit toujours pouvoir franchir.

La main se tend, la bouche s’ouvre.
Les doigts et les mots se confondent.

On n’y voit plus.
On touche le murmure.

(Jacques Ancet)

 

Recueil: L’âge du fragment
Traduction:
Editions: AENCRAGES

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