Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘bouche’

Prendre corps (Ghérasim Luca)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2022



Prendre corps

Je te narine je te chevelure
je te hanche
tu me hantes
je te poitrine je buste ta poitrine puis te visage
je te corsage
tu m’odeur tu me vertige
tu glisses
je te cuisse je te caresse
je te frissonne tu m’enjambes
tu m’insupportable
je t’amazone
je te gorge je te ventre
je te jupe
je te jarretelle je te bas je te Bach
oui je te Bach pour clavecin sein et flûte

je te tremblante
tu me séduis tu m’absorbes
je te dispute
je te risque je te grimpe
tu me frôles
je te nage
mais toi tu me tourbillonnes
tu m’effleures tu me cernes
tu me chair cuir peau et morsure
tu me slip noir
tu me ballerines rouges
et quand tu ne haut-talon pas mes sens
tu les crocodiles
tu les phoques tu les fascines
tu me couvres
je te découvre je t’invente
parfois tu te livres

tu me lèvres humides
je te délivre je te délire
tu me délires et passionnes
je t’épaule je te vertèbre je te cheville
je te cils et pupilles
et si je n’omoplate pas avant mes poumons
même à distance tu m’aisselles
je te respire
jour et nuit je te respire
je te bouche
je te palais je te dents je te griffe
je te vulve je te paupières

je te haleine je t’aine

je te sang je te cou
je te mollets je te certitude
je te joues et te veines

je te mains
je te sueur
je te langue
je te nuque
je te navigue
je t’ombre je te corps et te fantôme
je te rétine dans mon souffle
tu t’iris

je t’écris
tu me penses

(Ghérasim Luca)

Illustration: Margarita Sikorskaia

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

TYLDA (Paul Nougé)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2022



TYLDA

Je suis assise sur ta bouche
sur tes regards sur tes mains
je suis l’envers de ton destin
si tout entière tu me touches

(Paul Nougé)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , | 1 Comment »

ILS ÉTAIENT DEUX (Hugo von Hofmannsthal)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2022


 


Frank Cadogan Cowper  _33 

ILS ÉTAIENT DEUX

Une coupe au bord de la bouche,
elle allait d’un si ferme pas
et la main si sûre que pas
une goutte ne se versa.
Il montait un cheval farouche.
Si sûre et ferme était sa main
que, frémissant au coup de frein,
le cheval s’arrêta soudain.
Et pourtant, quand la main légère
à l’autre main gantée de fer
cette simple coupe tendit,
ils tremblaient si fort, elle et lui,
que les mains ne se rencontrèrent,
et le vin noir se répandit.

(Hugo von Hofmannsthal)

Illustration: Frank Cadogan Cowper

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Quand il se renverse dans le ciel (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2022



Quand il se renverse dans le ciel
les bras pleins de rumeurs
noués au-dessus du rire des graminées,
ton beau visage tourné vers les puissances du rêve
les joues rougies par l’églantine du plaisir
brille sous la fraîcheur du matin.
Une mer respire derrière ton front
nue et tranquille dans l’eau des larmes
luisant de l’éclat poudreux d’un trésor
le ruissellement de lait de ta gorge
ce torrent invisible qui meurt sous ta peau
et le goût de l’infini humecte tes lèvres
glissant d’un mouvement léger
par les chemins du sang
gagne avec un bruit d’ailes
la nappe des oliviers
et j’entends s’enfoncer dans ta chair
derrière tes dents humides de soupirs
le collier de cailloux dans le cou des collines
le bruit de l’amour qui remonte vers ta bouche.

(Albert Ayguesparse)

Illustration: William Bouguereau

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Nous avons choisi sciemment la part obscure (Pierre-Alain Tâche)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2022



Nous avons choisi sciemment la part obscure
les transhumances du silence
et le tendre chardon des bouches

Notre parole écharpe l’ineffable
ébauche des jardins où fondent des sorbiers
capture des oiseaux si prompts
que notre joie vacille
et se rompt

Qui sèchera cette marée étale
cette féconde usure

(Pierre-Alain Tâche)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je lis la bouche étonnée des pierres (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2022



Je lis
la bouche étonnée des pierres
et je te dis
tendre fruit
porte douce
caverne secrète
réveille-toi
tu me reçois
tu t’ouvres
et alors tu parles
donne-moi ta soif dis-tu
donne-moi toute ta bouche
ici il y a de l’eau

(Luis Mizón)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Mouvement (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2022




Mouvement

Si tu es la jument d’ambre
je suis le chemin de sang

Si tu es la première neige
je suis celui qui allume le brasier de l’aube

Si tu es la tour de la nuit
je suis le clou brûlant dans ton front

Si tu es la marée du petit matin
je suis le cri du premier oiseau

Si tu es le panier d’oranges
je suis le couteau de soleil

Si tu es l’autel de pierre
je suis la main sacrilège

Si tu es la terre couchée
je suis le roseau vert

Si tu es le saut du vent
je suis le feu enterré

Si tu es la bouche de l’eau
je suis la bouche de la mousse

Si tu es la forêt des nuages
je suis la hache qui les fend

Si tu es la ville profanée
je suis la pluie de consécration

Si tu es la montagne jaune
je suis les bras rouges du lichen

Si tu es le soleil qui se lève
je suis le chemin de sang

***

Movimiento

Si tú eres la yegua de ámbar
yo soy el camino de sangre

Si tú eres la primer nevada
yo soy el que enciende el brasero del alba

Si tú eres la torre de la noche
yo soy el clavo ardiendo en tu frente

Si tú eres la marea matutina
yo soy el grito del primer pájaro

Si tú eres la cesta de naranjas
yo soy el cuchillo de sol

Si tú eres el altar de piedra
yo soy la many sacrílega

Si tú eres la tierra acostada
yo soy la caña verde

Si tú eres el salto del viento
yo soy el fuego enterrado

Si tú eres la boca del agua
yo soy la boca del musgo

Si tú eres el bosque de las nubes
yo soy el hacha que las parte

Si tú eres la ciudad profanada
yo soy la lluvia de consagración

Si tú eres la montaña amarilla
yo soy los brazos rojos del liquen

Si tú eres el sol que se levanta
yo soy el camino de sangre

(Octavio Paz)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

La sieste (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2022



 

Ernest Biéler , Les Feuilles mortes (detail) 1899 [1280x768]

La sieste

Cent mille années dans mon sommeil d’après-midi
Ont duré moins longtemps qu’une exacte seconde.
Je reparais du fond d’un rêve incontredit
Dans la réalité de ma chair et du monde.

Je retrouve en ma bouche une ancienne saveur
Et des noms de jadis et des baisers si tendres
Que je ne sais plus qui je suis ni si mon coeur
Bat dans le sûr présent ou le passé de cendres.

Éclatez! Ô volcans! du fond des souvenirs,
Noyez sous votre lave un esprit qui se lasse,
Brûlez les vieux billets et puissiez-vous ternir
À jamais le miroir dont le tain mord la glace.

(Robert Desnos)

Illustration: Ernest Biéler

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

Odelette (Henri de Régnier)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2022




    
Odelette

Si j’ai parlé
De mon amour c’est à l’eau lente
Qui m’écoute quand je me penche
Sur elle ; si j’ai parlé
De mon amour, c’est au vent
Qui rit et chuchote entre les branches ;
Si j’ai parlé de mon amour, c’est à l’oiseau
Qui passe et chante

Avec le vent ;
Si j’ai parlé
C’est à l’écho.

Si j’ai aimé de grand amour,
Triste ou joyeux
Ce sont tes yeux ;
Si j’ai aimé de grand amour,
Ce fut ta bouche grave et douce,
Ce fut ta bouche ;
Si j’ai aimé de grand amour,
Ce furent ta chair tiède et tes mains fraîches:
Et c’est ton ombre que je cherche.

(Henri de Régnier)

Recueil: Poèmes par coeur
Traduction:
Editions: Seghers

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Oiseaux et voix (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2022



OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Oiseaux et voix sans savoir
rivalisent avec la mer.
C’est comme si quelque chose
se laissait surprendre, oblique,
entre soleil et rumeurs :
un silence imperceptible,
un intervalle. On écoute :
murmures, bruits d’eau. C’est ça.
Une bouche et pas de mots.
Il fait un temps sans histoire.

(Jacques Ancet)

Découvert chez Lara ici

Illustration: ArbreaPhotos

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :