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Poésie

Posts Tagged ‘bouche’

C’était sans rémission (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2017


 


 

Euan Macleod 707

C’était sans rémission.
C’était morne comme un champ sans coquelicot.
Il y avait bien sa bouche.
Mais l’autre bouche ?
Le champ était sans coquelicot.
Il y avait sa voix.
Mais la réponse était désert…
C’était sans rémission…

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Euan Macleod

 

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Fidèle, infidèle (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



Fidèle, infidèle

Tout te ressemble et te chante à mi-voix,
L’arbre, le vent, la gorge des collines,
L’eau qui sommeille et les veines du bois,
Le feu couvant au coeur d’une racine.

Ton corps s’étire aux courbes du salpêtre,
Dans un roseau s’apprivoise ton sang
Et sur le givre affolé des fenêtres
Une main s’ouvre et me jette ton gant.

Rien qui ne soit ton geste, ta parole
Et cette plaie toujours mal refermée
Dans ma mémoire et cette parabole
Que je suis seul encore à déchiffrer.

Si je te fuis près d’autres amoureuses
Ta bouche nue se mêle à nos baisers.
Tu viens à moi dans cette nuit poreuse
Et l’aube laisse un masque à mon côté.

L’une à tes cils, une autre ton visage,
Une autre parle et te vole ta voix,
Une autre enfin délace son corsage
Avec les mêmes gestes enfantins.

De par ce monde aux fontaines légères
Où ton reflet multiple s’écartèle
J’ai poussé les ombres passagères
Et m’y plongeant je te restais fidèle.

Mais si le feu tourne aux brises futures
Et si l’amour change de paysage
Tu ne seras sous une cendre obscure
Qu’un beau miroir hanté d’une autre image.

(Jean Joubert)

Illustration: Katerina Belkina

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Paris at Night (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



Paris at Night

Trois allumettes, une à une allumées dans la nuit
La première pour voir ton visage tout entier
La seconde pour voir tes yeux
La dernière pour voir ta bouche
et l’obscurité toute entière pour me rappeler tout cela
en te serrant dans mes bras.

(Jacques Prévert)

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SOIF (László Lator)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2017



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SOIF

Oh quelle faim quelle soif j’ai de toi,
chaque partie de toi je la mange ou la bois,
donne ta bouche, ta langue, tes dents – glu,
donne tes odeurs et tes arômes crues,

l’alcool fou de la sueur qui s’évapore
et qui pétille d’entre les flocons d’or
dans la coque de ton aisselle, et du ventre rond,
ta large croupe, la fleur des seins, fais don,

serre-moi dans tes bras, tes cuisses, tandis
que de ton corps je brise l’ardent huis,
ouvre tout grands tes flancs, fais-moi breuvage
d’âpres sèves au goût d’herbe sauvage,

quand la molle fleur, rosée au calice,
donnant de nouvelles soifs de ses épices,
se resserre, et que le plaisir dans les nerfs
accoure à nouveau dans tes reins, dans ta chair,

et que dessous l’épiderme est près d’exploser,
c’est l’instant brume-feu d’avant exister,
cellules qui grésillent, veines chancellent
et travaillent à m’engloutir en elles,

afin que par tes flancs – glissade et morsure –
me happe de nouveau ce monde obscur
où les secrètes nuits noires du vécu
lentement sont en train de se mettre à nu.

(László Lator)

 Illustration: Franz Guillery 

 

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VERS LE BAS (János Arany)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2017



VERS LE BAS

Le soir vole. Aile de corbeau
Fait ma fenêtre trembler,
De mon âme choit le rideau,
Noir souvenir du passé.
Je me tourne, tel le nuage
Regarde où il fut avant :
Si vert – si triste paysage,
Tout est si clair maintenant.

Heureux temps: – si réellement
Vous vous êtes écoulés.
Terreau – mon passé florissant,
Permets-moi de te contempler.
Bien qu’en ma bouche en ce temps-là
Mille plaintes et soupirs :
Il ne me manquait qu’un hélas…
Foi clouée sur l’avenir.

Mais maintenant… doute muet,
J’ai beau toujours avancer,
L’obscur de plus en plus se fait,
Plus ne puis m’en retourner.
Ma vie ne va plus vers plus haut –
C’est la pente vers le bas,
Comme on marche la nuit dans l’eau
En tremblant à chaque pas.

(János Arany)

Illustration: Samuel Van Hoogstraten

 

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JAMAIS PLUS (Angèle Vannier)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2017



ange-gardien

JAMAIS PLUS

Sa voix d’ange épousait mon cœur,
Elle chantait sur ma douleur
Comme un beau soleil sur la neige
Et je croyais aux sortilèges
Qu’il inventait pour mon bonheur.

Il disait simplement : « Bonjour, comment vas-tu? »
Avec un charme étrange et gonflé d’inconnu
Je l’ai pris pour un ange il s’en est aperçu
Et son cœur s’est penché du côté de la rue.

Il est parti avec sa voix
Avec sa bouche avec ses bras
Et moi j’habite un grand silence
Où se promène son absence
Absence qui n’en finit pas.

Il disait simplement : « Bonjour, comment vas-tu ? »
Avec un charme étrange et gonflé d’inconnu
Je l’ai pris pour un ange il s’en est aperçu
Il a dit simplement : « Bonsoir — et jamais plus
Jamais plus! »

(Angèle Vannier)

 

 

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« Le Prochain » (Renée Rivet)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2017



« Le Prochain »

Chacun promène son chacal
Chacun porte ses griffes sous la peau
Chacun piétine l’ombre de son frère

Chacun est fait de bouches pour maudire
Chacun s’étrangle avec son âme
Chacun porte Chacun en terre.

(Renée Rivet)

Illustration: Titien

 

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Je fus l’enfant (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2017



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Je fus l’enfant, la fraise qui mûrit,
je fus aussi la bouche qui la mange

(Robert Sabatier)

 

 

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Vers pour être calomnié (Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2017



Ce soir je m’étais penché sur ton sommeil.
Tout ton corps dormait chaste sur l’humble lit,
Et j’ai vu, comme un qui s’applique et qui lit,
Ah! j’ai vu que tout est vain sous le soleil!

Qu’on vive, ô quelle délicate merveille,
Tant notre appareil est une fleur qui plie!
O pensée aboutissant à la folie!
Va, pauvre, dors! moi, l’effroi pour toi m’éveille.

Ah! misère de t’aimer, mon frêle amour
Qui vas respirant comme on respire un jour!
O regard fermé que la mort fera tel!

O bouche qui ris en songe sur ma bouche,
En attendant l’autre rire plus farouche!
Vite, éveille-toi. Dis, l’âme est immortelle?

(Verlaine)

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Ah ! tu viens d’enivrer mon âme (Ecouchard Lebrun)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2017



Ah ! tu viens d’enivrer mon âme
D’un baiser si délicieux
Que j’ai cru respirer la flamme
Dont Vénus embrase les dieux.

Ce n’est point un baiser ; non, c’est l’Amour lui-même.
Il passe dans mon coeur, et mon coeur embrasé,
Tout à coup palpitant, saisi d’un trouble extrême,
A reconnu le dieu vainement déguisé.

Il se trouble, il palpite encore,
Il se plaît à consumer ;
Il désire, il craint, il adore,
Et tout conspire à l’enflammer.

Aux accents de ta voix mon âme est éperdue ;
Mes regards inquiets brillent d’humides feux ;
Je rougis, je pâlis ; un voile est sur ma vue ;
Tous mes sens sont en proie au délire amoureux.

Même quand ma bouche est muette,
Fanni, mon coeur parle à ton coeur
Et le doux nom de son vainqueur
Est le seul nom qu’il me répète.

Absent de tes regards, dans l’ombre et le sommeil,
Je te vois, je te suis, j’embrasse ton image ;
De mes songes brûlants, Fanni, reçois l’hommage ;
Fanni, reçois encor l’hommage du réveil.

O baiser ! divine caresse !
Source flatteuse de tourment !
O Fanni ! partage l’ivresse
Du baiser qui m’a fait amant !

Te désirer, te voir, parler et t’entendre,
T’aimer ! … que sais-je encore ? Il est un autre voeu !
Donne un second baiser plus secret et plus tendre ;
J’étais plus qu’un mortel ; je serai plus qu’un dieu.

(Ecouchard Lebrun)

 

 

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