Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘bouche’

Soleil ! sors de ton trou (René Daumal)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2018



Trouver les mots pour appeler le soleil

Et moi qui m’étais cru poète,
je ne savais pas trouver les mots pour appeler le soleil. Je lui disais :
Soleil ! sors de ton trou,
casse le couvercle,
frappe les brouillards,
mange la nuit, dissous le noir, montre-toi,
montre-nous le monde,
montre-nous au monde,
parle, Soleil, sors de ton trou,
parle, montre que tu es, montre qui tu es !

C’était trop maladroit. Je jetais du bois au feu et j’essayais un autre ton.
Sors donc de là, si tu peux !
Montre-toi, si tu l’oses !
Mais tu as bien trop peur de l’ombre,
tu crèves de peur dans ton trou, petit trou toi-même, petite absence ronde!

Je n’avais pas plus de succès. Après avoir donné au feu quelques planches d’une vieille armoire, je reprenais:
Viens, Soleil, la table est servie pour toi.
Tous les arbres, toutes les herbes,
toutes les bêtes et tous les hommes,
toutes les mers et tous les fleuves
attendent que tu viennes les saisir de tes bras brûlants,
les élever jusqu’à ta gueule, dévorante bouche du ciel ;
viens boire et manger,
la table est servie de l’Est à l’Ouest.

C’était aussi peu efficace. Bientôt, il n’y eut plus rien à brûler dans la salle.
J’allai chercher la literie qui était dans la soupente et la donnai peu à peu aux flammes.
Soleil,
toi le plus vieux, toi le plus jeune,
toi le plus sage et le plus fou,
toi qui n’es jamais diminué, jamais partagé,
toujours seul, et pourtant contenu tout entier dans chaque oeil vivant,
toi le plus grand qui peux emplir l’espace,
toi le plus petit, qui passes par le trou d’une aiguille,
toi le plus libre, que rien n’atteint, mais aussi le plus enchaîné à la loi,
toi
qui ne peux pas
ne pas te lever tout à l’heure

(René Daumal)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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PARTIE AVEC UN AUTRE AMOUR (Charles Aznavour)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2018



PARTIE AVEC UN AUTRE AMOUR

Le chagrin a fait son lit entre les plis de mes sourires
Et tracé comme un sillon de désespoir là, sur mon front
Mon passé est un vieillard dont la voix n’a plus rien à dire
Car le temps creuse entre nous un abîme sans fond

Afin que jamais plus je ne voie la lumière
Et la face des gens avec leur compassion
Que la mer déchaînée se jette sur la terre
Que se meure la vie
Que s’éteigne le jour

Mon amour est parti avec un autre amour.

Que le feu de l’enfer comme fétu de paille
Enflamme avec fureur les civilisations
Que la terre s’entrouve et que dans ses entrailles
Naisse un immense oubli
Qui durerait toujours

Mon amour est parti avec un autre amour
Puisque mon coeur blessé se bat dans les ténèbres
Je ne veux plus entendre parler de bonheur
Mais que le chant du vent devienne un chant funèbre
Pour que le monde entier partage ma douleur

L’orgueil et le chagrin dans ma vie font un vide
Ma bouche a l’âcre goût de la désolation
Et ma tête est emplie par des idées sordides
Car mon coeur n’a qu’un cri
Le même nuit et jour

Mon amour est parti avec un autre amour.

(Charles Aznavour)

 

 

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Celui qui va vite (Bernard Noël)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2018



Illustration: Nathan Oliveira
    
celui qui va vite
sa bouche l’attend

le rire est dedans

mais comment franchir
ce qu’on porte en soi

et qui court devant
l’idée qu’on s’en fait

(Bernard Noël)

 

Recueil: Un livre de fables
Traduction:
Editions: Fata Morgana

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Irréalité (Jacques Rigaut)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2018



Irréalité
existence

Se passer la main sur le visage,
la crainte angoissée
de n’y plus trouver ni nez,
ni bouche,
tous traits effacés
comme sur un dessin …

(Jacques Rigaut)


Illustration

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LA CHAMBRE NOIRE (Axel Toursky)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2018



 

Leslie Adams__femme à l'écharpe rouge

LA CHAMBRE NOIRE
(Extrait)

Je t’aurai tant aimée
que l’oubli ne pourra
donner une autre forme
au vide que j’habille.

Je m’en irai, manteau
de ta légère absence,
écharpe au cou du vent
qui portait ton visage.

Je passerai, serrant
les biens que tu me fus,
geôle de ton passé,
bouche de ton silence.

(Axel Toursky)

Illustration: Leslie Adams

 

 

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Il y a des poème (Homero Aridjis)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2018



    

Il y a des poèmes qui se font en bouche,
il y a des poèmes qui sortent de la gorge,
il y a des poèmes qui émergent du ventre
disant tout et ne disant rien.

(Homero Aridjis)

 

Recueil: Les poèmes solaires
Traduction: Ivan Alechine
Editions: Mercure de France

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Les os des morts (Gabriela Mistral)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2018



Les os des morts

Les os des morts
savent poudrer d’une glace subtile
les bouches de ceux qui aimèrent.
A tout jamais ils les empêchent d’embrasser !

Les os des morts
jettent leur blancheur à 1a pelle
sur la flamme brûlante de la vie.
Ils lui tuent toute ardeur!

Les os des morts
ont un pouvoir plus grand que la chair des vivants.
Car bien qu’épars ils sont de durs chaînons
qui nous retiennent, soumis et captifs!

***
Los huesos de los muertos

Los huesos de los muertos
hielo sutil saben espolvorear
sobre las bocas de los que quisieron.
¡Y éstas no pueden nunca más besar!

Los huesos de los muertos
en paletadas echan su blancor
sobre la llama intensa de la vida.
¡Le matan todo ardor!

Los huesos de los muertos
pueden más que la carne de los vivos.
¡Aun desgajados hacen eslabones
fuertes, donde nos tienen sumisos y cautivos!

(Gabriela Mistral)


Illustration


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Ouvre-toi, paume du soir (Pascal Riou)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2018




Ouvre-toi, paume du soir, laisse
sourdre la douleur
le voyage inachevable et l’impossible séjour.

Ainsi, l’été, va la bouche
au ruisselet prodigue.

(Pascal Riou)

 

 

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De ton coeur monte (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2018



Illustration: Freydoon Rassouli  
    
De ton coeur
monte
ton arôme
comme depuis la terre
la lumière jusqu’à la cime du cerisier :
sur ta peau j’arrête
ton battement
et je hume
la vague de lumière qui monte,
le fruit submergé
dans sa senteur,
la nuit que tu respires,
le sang qui parcourt
ta beauté
jusqu’au baiser
qui m’attend
sur ta bouche.

(Pablo Neruda)

 

Recueil: Nouvelles odes élémentaires
Traduction: Jean-Francis Reille
Editions: Gallimard

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Ces fraises sauvages (Marie Népote)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2018



 

fraisier des bois

Ces fraises sauvages
au goût d’écorces mouillées…
la forêt en bouche !

(Marie Népote)

Illustration

 

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