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Posts Tagged ‘bouchée’

ET LE MORT RESTE PAUVRE (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 9 juin 2020



Illustration: Ron Mueck
    

ET LE MORT RESTE PAUVRE

Chaque mort qui part
Laisse aux vivants ses douleurs.
Les uns
En font des habits de deuil,
D’autres de tristes sourires.
Certains les changent
En paroles de circonstance,
D’autres les adoptent
Parmi leurs propres douleurs
Et les laissent grandir.
Quelques-uns les trempent dans le vin
Et n’en font qu’une bouchée,
D’autres les mâchent avec le pain
Et boivent du vin par dessus.
Peu à peu les douleurs du mort
Sont des douleurs d’un autre,
On oublie même celui que les souffrit.
Et le mort reste pauvre,
Il reste comme un serf,
Attaché à la terre.

(Mihai Beniuc)

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ÉCHANGES (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2020



Illustration: Irina Vitalievna Karkabi
    
ÉCHANGES

Vous donneriez volontiers
une tartine ou un cercueil
pour une paire de souliers

Je donnerais pour un oeil
une dent ou un râtelier
Nous pouvons nous arranger

Pour une bouchée de pain
vous donneriez volontiers
une bonne poignée de main
un cheval pour un royaume
l’éternité pour une pomme
Inutile de discuter

Marchés conclus
Marchés perdus
le diable n’achète plus les âmes
Tout est noir aujourd’hui Madame
les marchés
et les âmes

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Rose, tu es prête (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2018



 Illustration: Salvador Dali
    
Rose, tu es prête,
il ne tient qu’à toi
de t’arrêter en chemin
Où le coeur bat.

Le silence est à ton côté,
il échange avec toi, rose,
couleur et désir,
dans le même matin.

Si un jour
le chant se brise,
tu seras là

Dans cette bouchée de lumière,
rose de nulle part ,
au large du temps.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA GRANDE CHÈVRE (Norge)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



chèvre 0

LA GRANDE CHÈVRE

La grande chèvre avait déjà brouté la vieille gardeuse et la forêt.
De la maison, elle ne fit qu’une bouchée. Un quartier de lune maintenant.
Puis tout un vent du nord.
Et alors, la bique de boire un si grand coup de mer qu’en va-t-à-pied z’à Douvres.
Enfin, enfin, une feuille de laitue !
Si j’avais eu cette feuille de laitue tout de suite, dit-elle,
je n’aurais rien mangé d’autre.

(Norge)

Illustration

 

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Coeur Pur (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018



 

Attila Jozsef
    
Coeur Pur

Je n’ai ni père, ni mère,
Ni dieu, ni foyer,
Ni berceau, ni bière,
Ni amante, ni baiser.

Trois jours déjà sans manger,
Ni bombance, ni bouchée.
Mon empire, c’est mes vingt ans.
Mes vingt ans, je vous les vends.

Et si nul n’en veut, ma foi,
Le diable, lui, me les prendra.
Le cœur pur, j’irai voler,
S’il le faut, assassiner.

On m’arrêtera, me pendra,
En terre chrétienne m’enterrera,
Et une ivraie homicide
Croîtra sur mon cœur splendide.

(Attila Jozsef)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Ni père ni mère
Traduction: Guillaume Métayer
Editions: Sillage

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Mais est-ce bien la peine (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2018




    
Mon corps las en dormant a réchauffé mon lit…
Ma fatigue d’hier est restée en mes membres
Et mon maître déjà, le matin de décembre,
M’appelle dans la rue où la rumeur grandit.

Dresse tes os, debout. Lève-toi. Lève-toi, debout femme !
Mais est-ce bien la peine, ô Dieu, d’avoir une âme ?

(…)

Huit heures, cours laver à la rivière où l’eau
Attend sous un glaçon tes poignets pour les mordre,
Le linge qu’ont sali les autres va le tordre,
Râpe afin qu’il soit blanc sa crasse avec ta peau.

Frotte, les jours sont courts, le pain cher, frotte femme !
Mais est-ce bien la peine, ô Dieu, d’avoir une âme ?

(…)

Midi… cherche la croûte en ta poche cachée,
Vite, donne à ta chair de pauvre la bouchée
Dont pour s’user à gagner l’autre elle a besoin.

Mange ton pain, ton pain te mange, mange ô femme.
Mais est-ce bien la peine, ô Dieu, d’avoir une âme ?

(…)

Sans repos, sans espoir, use ta vie ô femme…
Mais est-ce bien la peine ô Dieu d’avoir une âme ?

(Marie Noël)

 

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Elle a cet homme dans sa vie (Karel Logist)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



Illustration: Pierre Mornet
    
Elle a cet homme dans sa vie,
ce nouvel homme
qui fait mentir les gorges chaudes,
les lèvres blanches, les bouchées doubles,
les dimanches à se fuir
interminablement.
Combien de paupières rougies
pour chaque nuit de solitude ?
Ma belle amie, elle a,
sous le néon bleu du miroir,
vu cligner un autre visage.
Elle a ce nouvel homme,
elle tient sa vie.

(Karel Logist)

 

Recueil: J’arrive à la mer
Traduction:
Editions: De le Différence

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VA VOLE ET DIS-LEUR (Ernest Pépin)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



Un oiseau passe
Éclair de plumes
Dans le courrier du crépuscule
VA
VOLE
ET DIS-LEUR
Dis-leur que tu viens d’un pays
Formé dans une poignée de main
Un pays simple comme bonjour
Où les nuits chantent
Pour conjurer la peur des lendemains
Dis-leur
Que nous sommes une bouchée
Répartie sur sept îles
Comme les sept couleurs de la semaine
Mais que jamais ne vient
Le dimanche de nous-mêmes
VA
VOLE
ET DIS-LEUR
Dis-leur que les marées
Ouvrent la serrure de nos mémoires
Que parfois le passé souffle
Pour attiser nos flammes
Car un peuple qui oublie
Ne connaît plus la couleur des jours
Il va comme un aveugle dans la nuit du présent
Dis-leur que nous passons d’île en île
Sur le pont du soleil
Mais qu’il n’y aura jamais assez de lumière
Pour éclairer
Nos morts

Dis-leur que nos mots vont de créole en créole
Sur les épaules de la mer
Mais qu’il n’y aura jamais assez de sel
Pour brûler notre langue
VA
VOLE
ET DIS-LEUR
Dis-leur qu’à force d’aimer les hommes
Nous avons appris à aimer l’arc-en-ciel
Et surtout dis-leur
Qu’il nous suffit d’avoir un pays à aimer
Qu’il nous suffit d’avoir des contes à raconter
Pour ne pas avoir peur de la nuit
Qu’il nous suffit d’avoir un chant d’oiseau
Pour ouvrir nos ailes d’hommes libres
VA
VOLE
ET DIS-LEUR

(Ernest Pépin)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Observez la pastèque (Amin Maalouf)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2017




    
Observez la pastèque,
vos yeux se réjouissent de sa couleur,
votre nez de son parfum discret,
votre main caresse sa peau ferme et lisse,
vous n’avez pas besoin de boire en même temps,
car son eau est en elle,
vous n’avez pas à la caler dans une assiette,
puisqu’elle mûrit et s’offre dans son propre récipient.

Commencez par les extrémités,
puis rapprochez-vous du cœur,
et chaque bouchée vous rapprochera
des Jardins de Lumière.

(Amin Maalouf)

 

Recueil: Les Jardins de lumière
Editions: LE LIVRE DE POCHE

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Ombre du mûrier (Thierry Cazals)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2015


Ombre du mûrier
Grignotée par l’ombre des chenilles
A chaque bouchée, un peu plus de lumière

(Thierry Cazals)

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