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Les quatre saisons – L’automne (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2019



 

Mahira Ates (9)

Les quatre saisons – L’automne

L’automne fait les bruits froissés
De nos tumultueux baisers.

Dans l’eau tombent les feuilles sèches
Et sur ses yeux, les folles mèches.

Voici les pèches, les raisins,
J’aime mieux sa joue et ses seins.

Que me fait le soir triste et rouge,
Quand sa lèvre boudeuse bouge ?

Le vin qui coule des pressoirs
Est moins traître que ses yeux noirs.

(Charles Cros)

Illustration: Mahira Ates

 

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Les Quatre saisons (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2016



Les Quatre saisons

I

Au printemps, c’est dans les bois nus
Qu’un jour nous nous sommes connus.

Les bourgeons poussaient, vapeur verte.
L’amour fut une découverte.

Grâce aux lilas, grâce aux muguets,
De rêveurs nous devînmes gais.

Sous la glycine et le cytise,
Tous deux seuls, que faut-il qu’on dise ?

Nous n’aurions rien dit, réséda,
Sans ton parfum qui nous aida.

II

En été les lis et les roses
Jalousaient ses tons et ses poses,

La nuit, par l’odeur des tilleuls
Nous nous en sommes allés seuls.

L’odeur de son corps, sur la mousse,
Est plus enivrante et plus douce.

En revenant le long des blés,
Nous étions tous deux bien troublés.

Comme les blés que le vent frôle,
Elle ployait sur mon épaule.

III

L’automne fait les bruits froissés
De nos tumultueux baisers.

Dans l’eau tombent les feuilles sèches
Et, sur ses yeux, les folles mèches.

Voici les pêches, les raisins,
J’aime mieux sa joue et ses seins.

Que me fait le soir triste et rouge,
Quand sa lèvre boudeuse bouge ?

Le vin qui coule des pressoirs
Est moins traître que ses yeux noirs.

IV

C’est l’hiver. Le charbon de terre
Flambe en ma chambre solitaire.

La neige tombe sur les toits,
Blanche ! Oh, ses beaux seins blancs et froids !

Même sillage aux cheminées
Qu’en ses tresses disséminées.

Au bal, chacun jette, poli,
Les mots féroces de l’oubli.

L’eau qui chantait s’est prise en glace.
Amour, quel ennui te remplace !

(Charles Cros)

Illustration: Sophie Vulliard

 

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Un chat dans un appartement vide (Wislawa Szymborska)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2016


Mourir. Il ne faut pas faire cela à un chat.
Que peut-il faire dans un appartement vide?
Grimper aux murs?
Se frotter contre les meubles?

Apparement rien n’a changé
et pourtant rien n’est pareil.
Rien n’a été déplacé
et pourtant rien n’est en place.
Et le soir, pas de lampe allumée.

Un bruit de pas dans l’escalier
mais ce n’est pas le bon.
Une main met le poisson dans l’assiette
mais ce n’est pas la bonne.

Quelque chose ne commence pas
à l’heure habituelle,
quelque chose ne se passe pas
comme cela devrait.
Quelqu’un était là depuis toujours
et soudain n’est plus
s’obstinant à rester disparu.

On a fureté dans les armoires
fouillé les étagères
on s’est faufilé sous le tapis pour vérifier.
On a même bravé l’interdit en allant au bureau
et en mettant les papiers en désordre

Que faire maintenant?
Dormir et attendre.

Attendre qu’il revienne
s’il ose.
Et lui faire savoir qu’on ne fait pas ça à un chat.

On avancera vers lui
l’air détaché, un peu hautain
en faisant semblant de ne pas le voir.
On marchera très lentement
la patte boudeuse
et surtout, pas un bond, pas un ronron,
du moins au début.

(Wislawa Szymborska)

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JOURS D’ETE (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2015



 

Alexandre Pavlenko  1974 - Ukrainian Pointillist painter (12) [1280x768]

JOURS D’ETE

[…]
Pour regarder de près ces aurores nouvelles,
Mes six ans curieux battaient toutes leurs ailes ;

Marchant sur l’alphabet rangé sur mes genoux,
La mouche en bourdonnant me disait : « Venez-vous ?… »

Et mon nom qui tintait dans l’air ardent de joie,
Les pigeons sans liens sous leur robe de soie,

Mollement envolés de maison en maison,
Dont le fluide essor entraînait ma raison ;

Les arbres, hors des murs poussant leurs têtes vertes ;
Jusqu’au fond des jardins les demeures ouvertes ;

Le rire de l’été sonnant de toutes parts,
Et le congé, sans livre ! errant aux vieux remparts :

Tout combattait ma soeur à l’aiguille attachée ;
Tout passait en chantant sous ma tête penchée ;

Tout m’enlevait, boudeuse, et riante à la fois ;
Et l’alphabet toujours s’endormait dans ma voix.
[…]

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Alexandre Pavlenko

 

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