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ÉLOGE À UNE FLEUR D’AUTOMNE (Lu Yoe)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2019



ÉLOGE À UNE FLEUR D’AUTOMNE

Au-delà du relais de poste
Un pont en ruine
Une fleur en éclosion
Solitaire, dans l’abandon
Triste à l’approche de la nuit
Et plus encore aux caprices du vent et de la pluie

Cette fleur ne rivalise pas de beauté avec le printemps
La jalousie des autres fleurs la laisse indifférente
Une fois tombée dans la boue
Elle devient poussière
Son parfum reste pourtant intact

(Lu Yoe)

Illustration

 

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Dimanches (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2019



Dimanches

Je m’ennuie, natal! je m’ennuie,
Sans cause bien appréciable,
Que bloqué par les boues, les dimanches, les pluies,
En d’humides tabacs ne valant pas le diable.

Hé là-bas, le prêtre sans messes!…
Ohé, mes petits sens hybrides!…
Et je bats mon rappel! et j’ulule en détresse,
Devant ce Moi, tonneau d’Ixion des Danaïdes.

Oh! m’en aller, me croyant libre,
Désattelé des bibliothèques,
Avec tous ces passants cuvant en équilibre
Leurs cognacs d’Absolu, leurs pâtés d’Intrinsèque!…

Messieurs, que roulerais tranquille,
Si j’avais au moins ma formule,
Ma formule en pilules dorées, par ces villes
Que vont pavant mes jobardises d’incrédule!…

(Comment lui dire : « Je vous aime? »
Je me connais si peu moi-même.)
Ah! quel sort! Ah! pour sûr, la tâche qui m’incombe
M’aura sensiblement rapproché de la tombe.

(Jules Laforgue)

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La tête dans le vent (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2019



Le corps
Sur la terre
Les pieds
Dans la boue
Le coeur
Sur le feu
La tête
Dans le vent

(Abbas Kiarostami)


Illustration

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À TU ET À TOI (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019




Illustration: Josephine Wall
    
À TU ET À TOI

Toi qui n’es rien ni personne
toi
je t’appelle sans te nommer
car tu n’es pas le dieu
ni le masque scellé sur les choses,
mais les choses elles-mêmes
et davantage encore : leur cendre, leur fumée.

Toi
qui es tout,
qui n’es plus, qui n’es pas :
peut-être seulement
l’ombre de l’homme
qui grandit sur la paroi de la montagne
le soir.

Toi qui te dérobes et fuis
d’arbre en arbre
sous le portique interminable
d’une aurore condamnée
d’avance.

Toi
que j’appelle en vain
au combat de la parole
à travers d’innombrables murmures
je tends l’oreille
et ne distingue rien.

Toi qui gardes le silence
toujours
et moi qui parle encore
avant de devenir sourd et aveugle
immobile muet
(ce qui est dit : la mort),
Je vais hors de moi-même en tâtonnant
cherchant ce qui peut me répondre,
«toi »,
peut-être simplement
le souffle de ma bouche
formant ce mot.

Toi
je te connais je te redoute
tu es la pierre et l’asphalte
les arbres menacés
les bêtes condamnées
les hommes torturés.

Tu
es le jour et la nuit
le grondement d’avions invisibles
pluie et brume
les cités satellites
perspectives démentes
les gazomètres les tas d’ordures
les ruines les cimetières
les solitudes glacées je ne sais où.

Tu
grognes dans les rumeurs épaisses
des autos des camions des gares
dans le hurlement des sirènes
l’alerte du travail
les bombes pour les familles.

Tu
es un amas de couleurs
où le rouge se perd devient grisaille
tu es le monceau des instants
accumulés dans l’innommable,
la boue et la poussière,
Tu ne ressembles à personne
mais tout compose ta figure.

Tout :
le piétinement des armées
la masse immense de la douleur
tout ce qui pour naître et renaître
s’accouple à l’agonie,
même les prés délicieux
les forêts frissonnantes
la folie du soleil l’éphémère clarté
le roulement du tonnerre les torrents.
tout
cela ne fait qu’un seul être
qui m’engloutit : je vais du même pas
que les fourmis sur le sable.

Toi
je te vois je t’entends
je souffre de ton poids sur rues épaules
tu es tout : le visible.
l’invisible.
connaissance inconnue
et sans nom.
Faut-il parler aux murs ?
Aux vivants qui n’écoutent pas
A qui m’adresserai-je
sinon à un sourd
comme moi ?

Tu
es ce que je sais,
que j’ai su et oublié,
que je connais pourtant mieux que moi-même,
de ce côté où je cherche la voie
le vide où tout recommence.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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IL PLEUT (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2019



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IL PLEUT

Oui, il pleut comme jamais je n’ai vu…
Et cette lourde clarine assoupie,
Comme elle sonne en la grange pourrie !
Comme elle sonne en mon coeur qui s’est tu !

Oh ! les pleurs des clarines quand il pleut !

Et pour le cerveau quel agacement !
Jour primitif plein de boue et rigoles !
Une pauvre voisine, à demi folle,
Hurle contre la pluie en ricanant…

Oh ! les pleurs des clarines quand il pleut !

Oui, il pleut… Et cela sonne humblement
Comme tout ce qui est amour et haine…
Non loin un enfant, près d’une fontaine,
Joue à l’harmonica, très tristement.

Oh ! les pleurs des clarines quand il pleut !

Que de vains contes disent les clarines !
Quel monde vide de tout rêve ! Rien !
… Comment lors ne pas pleurer tel un chien,
Oui, comment ne pas mourir fou, pardine !

Oh ! les pleurs des clarines quand il pleut !

(George Bacovia)

 Illustration

 

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L’amitié de Wang Wei (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2019




    
L’amitié de Wang Wei

Un saule pleureur sur le bord
du Lac de la brise de Mai
dans le parc du Midi à Pékin
et l’oiseau blanc dont je ne sais pas le nom
qui se penche dans les rizières du Kuantung
sur le dos d’un buffle d’eau
au frais dans la boue

Ils ont fait le voyage pour venir me dire
ce matin dans l’entre-sommeil
et journée

« Le but secret du voyageur
est d’ignorer où il va»

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA FEUILLE (Paul de Roux)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2019




    
LA FEUILLE

La feuille qui se pose, s’élève
au vent d’automne et, immuablement
va vers la boue, l’ensevelissement
craquelée, puis si humide, se dissolvant
un temps elle fut la jeunesse du monde.

(Paul de Roux)

 

Recueil: Les pas
Traduction:
Editions: L’Alphée

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J’ai refusé de haïr (Su Dongpo)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2019



On m’a foulé au pied
J’ai refusé de haïr

On m’a trainé dans la boue
J’ai refusé de haïr

On m’a accroché une pancarte au cou
J’ai refusé de haïr

Je lutte pour pouvoir écrire mon dernier mot
sur la porte d’un horizon lointain

(Su Dongpo)


Illustration: Mustapha Merchaoui

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NOCTURNE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



NOCTURNE

Je suis là… brume, pluie et boue… un temps de chien…
Oh ! ne plus rien savoir… comme ce serait bien !
Un bec de gaz se meurt – mais est-ce qu’il existe ?
Un ivrogne s’en va par la place si triste.

Toute la ville dort en son linceul humide
Mon aimée en ces murs dort peut-être, candide…
Maisons faites de pierre aux coffres-forts d’acier,
Et aux portes aussi qu’on voit se refermer.

Léger, un piano fredonne à un étage,
Mon ombre dans la boue est un triste bagage.
Les gouttes sautent à terre
La neige sale, ici et là,
Et à une fenêtre, dans un verre,
Une rose jaune regarde en bas.

(George Bacovia)

Illustration: René Magritte

 

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Racines dans la boue (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2019




    
Racines dans la boue
fleurit du blanc le plus pur
la fleur de lotus.

***

De wortels in het slijk
bloeit witter dan ‘t witste wit
de lotusbloem

***

Sus raíces en el lodo
en suma blancura florece
la flor de loto

***

Its roots in the mud
whiter than whitest white
the lotus flower

***

Radici nel fango
sboccia bianchissimo
il fior di loto

***

(Germain Droogenbroodt)

 

Recueil: Gouttes de rosée Cent haïkus
Traduction: Français Elisabeth Gerlache / Néerlandais l’original / Espagnol Rafael Carcelén / Anglais Stanley H. Barkan / Italien Silvia Pio / Japonais Taeko Uemura – Mariko Sumikura
Editions: POINT et Boeken Plan(P0ésie INTernationale)

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