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Posts Tagged ‘boulet’

LE COEUR BRISÉ (John Donne)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2018



    

LE COEUR BRISÉ

Il est fol a lier, qui dit
Être amoureux depuis une heure :
Non que l’amour si tôt se meure,
Mais peut en moins de temps dévorer plus de dix.
Qui me croira quand je proteste
Que depuis un an j’ai la peste?
Qui ne rirait de moi si j’allais déclarer
Que j’ai vu poire à poudre au long d’un jour brûler?

Ah! c’est peu de chose qu’un coeur
Quand aux mains d’Amour il se trouve :
Tout autre mal que l’on éprouve,
Ne prenant que sa part, laisse aux autres la leur.
Lui ne vient point, mais nous arrache,
Nous avale, et jamais ne mâche;
Il fauche rangs entiers, comme un train de boulets,
Et nos coeurs sont fretin pour ce tyran brochet.

Sinon, qu’est mon coeur devenu
Le jour où je t’ai rencontrée?
J’en avais un à mon entrée,
Mais lorsque je sortis je n’en possédais plus.
S’il s’était mis chez toi, je gage
Qu’il eût au tien appris l’usage
D’un peu plus de pitié pour moi; c’est donc, hélas,
Que comme verre Amour d’un seul coup le brisa.

Rien pourtant ne s’anéantit,
Et le vide absolu n’existe;
Je crois donc qu’en mon sein subsistent
Encor tous ces morceaux, bien qu’ils ne soient unis.
Comme on voit aux glaces brisées
Cent images rapetissées,
Mon coeur peut, en lambeaux, désirer, adorer,
Mais après tel amour il ne peut plus aimer.

***

THE BROKEN HEART

He is Starke mad, who ever sayes,
That he hath beene in love an honre,
Yet not that love so soone decayes,
But that it can tenne in Jesse space devour;
Who will beleeve mee, if I sweare
That I have had the plague a yeare 1
Who would not laugh at mee, if I should say,
I saw a flaske of powder burne a day?

Ah, what a trifle is a heart,
If once into loves hands it come !
All other griefes allow a part
To other griefes, and aske themselves but some
They come to us, but us Love draws,
Hee swallows us, and never chawes:
By him, as by chain’d shot, whole rankes doe dye,
He is the tyran Pike, our hearts the Frye.

If ’twere not so, what did become
Of my heart, when I first saw thee ?
I brought a heart into the roome,
But from the roome, I carried none with mee:
If it had gone to thee, I know
Mine would have taught thine heart to show
More pitty unto mee: but Love, alas,
At one first blow did shiver it as glasse.

Yet nothing can to nothing fall,
Nor any place be empty quite,
Therefore I thinke my breast hath all
Those peeces still, though they be not unite;
And now as broken glasses show
A hundred lesser faces, so
My ragges of heart can like, wish, and adore,
But after one such love, can love no more.

(John Donne)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: J.Fuzier et Y. Denis
Editions: Gallimard

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Alchimistes (Martine Hadjedj)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2018



Alchimistes

Prenez de votre vie, une peine, un souci,
Qui flétrit votre cœur, et trouble votre esprit,
Qui vous ronge la nuit, et vous hante le jour,
Quelque chose de bien gris, quelque chose de bien lourd,

Cette douleur secrète, exprimez-la en mots,
Mais pas n’importe lesquels, choisissez les plus beaux,
Ceux qui charment l’oreille, et allument les yeux
Assemblez les, créer, un ensemble harmonieux.

Parlez en métaphores et parlez en images,
Que votre esprit s’évade, dans ce beau paysage,
Qu’il quitte sa prison, qu’il lâche son boulet,
Et oublie un instant, ce qui l’a fait pleurer.

En alternant les rimes, en alternant les sons,
Vous composez un rythme, le poème est chanson,
Les mots bercent, caressent et apaisent le cœur,
Les mots vibrent, s’envolent, emportant la douleur.

La poésie est force, et le verbe magique,
Laissez-vous envahir, par sa douce musique.
Sur elle, votre cœur danse, il se sent plus léger,
Sur elle, votre cœur chante, l’espérance renait,

La lumière des mots, illumine votre sort,
Le lourd, le gris, le plomb, s’est transformé en or,
Vous avez fait du beau, à partir du triste,

Poètes, ignoriez-vous, être des alchimistes ?

(Martine Hadjedj)

Illustration: Nathalie Oso

 

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Lassitude (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2016



Lassitude

Je traîne à chaque pas un boulet trop lourd
Fait de regrets, d’ennuis, de souvenirs moroses;
Mais parfois, remembrant mes plus vieilles amours
Je trouve un doux parfum aux plus tristes des choses.

D’autres fois, le plus souvent quand s’abîme le jour,
Je me sens seul, en proie à un cafard sans cause,
Seul et veule et sans joie, invoquant le secours
D’un sourire défunt qui vaincrait ma névrose.

Étreintes et aveux où donc vous trouvez—vous ?
Sans vous je ne veux que pleurer ma peine amère.
Car le temps est parti portant je ne sais où

Tout ce que j’eus en moi de tendre et de sincère:
Echos d’un murmure et reflets d’un souvenir,
Mes rêves les plus doux, Mes plus fougueux désirs.

(Birago Diop)


Illustration: Bernard Buffet

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