Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘boulot’

Dans la nuit qui finit (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2018



Dans la nuit qui finit l’usine est une étoile
Mitez-vous ô mes moucherons !
Courons, ô ma raideur, sur les pavés bossus
avec la main sur la musette
pour empêcher la vinaigrette
de corrompre en flic-floc mon repas suspendu

Gueule du métro chaude où l’on plonge enfiévrés
Bus et tramways que l’on submerge
— Accours et cours ! l’usine héberge ! —
Camions de brume où l’on s’entasse en étrangers.
Cadrans de pointage au giron
l’usine vous attend au centre de sa toile.

La sirène en serpent furieux se raidissant
s’élance ! Hâtez-vous travailleurs !
elle sera sur les rumeurs
tête coupée bientôt jet de sang s’affaissant.

Au déboulé, garçon, pointe ton numéro
pour gagner ainsi le salaire
d’un morne jour utilitaire
métro, boulot, bistro, mégots, dodo, zéro.

(Pierre Béarn)

Illustration

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’accordéoniste (Michel Emer)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



L’accordéoniste

La fille de joie est belle
Au coin de la rue là-bas
Elle a une clientèle
Qui lui remplit son bas
Quand son boulot s’achève
Elle s’en va à son tour
Chercher un peu de rêve
Dans un bal du faubourg
Son homme est un artiste
C’est un drôle de petit gars
Un accordéoniste
Qui sait jouer la java

Elle écoute la java
Mais elle ne la danse pas
Elle ne regarde même pas la piste
Et ses yeux amoureux
Suivent le jeu nerveux
Et les doigts secs et longs de l’artiste
Ça lui rentre dans la peau
Par le bas, par le haut
Elle a envie de chanter
C’est physique
Tout son être est tendu
Son souffle est suspendu
C’est une vraie tordue de la musique

La fille de joie est triste
Au coin de la rue là-bas
Son accordéoniste
Il est parti soldat
Quand y reviendra de la guerre
Ils prendront une maison
Elle sera la caissière
Et lui, sera le patron
Que la vie sera belle
Ils seront de vrais pachas
Et tous les soirs pour elle
Il jouera la java

Elle écoute la java
Qu’elle fredonne tout bas
Elle revoit son accordéoniste
Et ses yeux amoureux
Suivent le jeu nerveux
Et les doigts secs et longs de l’artiste
Ça lui rentre dans la peau
Par le bas, par le haut
Elle a envie de chanter
C’est physique
Tout son être est tendu
Son souffle est suspendu
C’est une vraie tordue de la musique

La fille de joie est seule
Au coin de la rue là-bas
Les filles qui font la gueule
Les hommes n’en veulent pas
Et tant pis si elle crève
Son homme ne reviendra plus
Adieux tous les beaux rêves
Sa vie, elle est foutue
Pourtant ses jambes tristes
L’emmènent au boui-boui
Où y a un autre artiste
Qui joue toute la nuit

Elle écoute la java…
… elle entend la java
… elle a fermé les yeux
… et les doigts secs et nerveux …
Ça lui rentre dans la peau
Par le bas, par le haut
Elle a envie de gueuler
C’est physique
Alors pour oublier
Elle s’est mise à danser, à tourner
Au son de la musique…


ARRÊTEZ !
Arrêtez la musique ! …

(Michel Emer)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | 6 Comments »

Peut-on véhiculer un savoir qu’on n’a pas éprouvé ? (Lorine Niedecker)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2016



Peut-on véhiculer un savoir qu’on n’a pas éprouvé ?
mais si c’est le transport le problème –
trouve un boulot me disent-ils et achète-toi
une automobile – j’aime autant réunir les pièces
au fur et à mesure : chaise, bureau, maison
et Shakespeare pour manivelle.
Paul, petit moteur, l’amour se porte
si on le tient.

***

Can knowledge be conveyed that isn’t felt?
But if transport’s the problem –
they tell me get a job and earn yourself
an automobile-I’d rather collect my parts
as I go: chair, desk, house
and crankshaft Shakespeare.
Generator boy, Paul, love is carried
if it’s held.

(Lorine Niedecker)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Mahmut le rêveur (Orhan Veli)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2016




Mahmut le rêveur

Tel est exactement mon boulot,
Chaque matin je peins le ciel,
Pendant que tous vous dormez.
Au réveil, vous le trouvez bleu.
Parfois la mer se déchire,
Vous ignorez qui la recoud ;
C’est moi.
D’autres fois je rêve,
C’est aussi mon boulot ;
J’imagine une tête à ma tête,
J’imagine un estomac à mon estomac,
J’imagine un pied à mon pied,
Je ne sais pas quoi faire.

(Orhan Veli)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dans la rue des Blancs-Manteaux (Jean-Paul Sartre)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2016




Dans la rue des Blancs-Manteaux
Ils ont élevé des tréteaux
Et mis du son dans un seau
Et c’était un échafaud
Dans la rue des Blancs-Manteaux

Dans la rue des Blancs-Manteaux
Le bourreau s’est levé tôt
C’est qu’il avait du boulot
Faut qu’il coupe des généraux
Des évêques, des amiraux,
Dans la rue des Blancs-Manteaux

Dans la rue des Blancs-Manteaux
Sont venues des dames comme il faut
Avec de beaux affûtiaux
Mais la tête leur faisait défaut
Elle avait roulé de son haut
La tête avec le chapeau
Dans le ruisseau des Blancs-Manteaux

(Jean-Paul Sartre)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :