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Poésie

Posts Tagged ‘bouquet’

Pastel (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



Pastel

J’aime à vous voir en vos cadres ovales,
Portraits jaunis des belles du vieux temps,
Tenant en main des roses un peu pâles,
Comme il convient à des fleurs de cent ans.

Le vent d’hiver, en vous touchant la joue,
A fait mourir vos oeillets et vos lis,
Vous n’avez plus que des mouches de boue
Et sur les quais vous gisez tout salis.

Il est passé, le doux règne des belles;
La Parabère avec la Pompadour
Ne trouveraient que des sujets rebelles,
Et sous leur tombe est enterré l’amour.

Vous, cependant, vieux portraits qu’on oublie,
Vous respirez vos bouquets sans parfums,
Et souriez avec mélancolie
Au souvenir de vos galants défunts.

(Théophile Gautier)

Illustration

 

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Portraits de famille (Teresa Rita Lopes)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2019



Portraits de famille

Regarde
ici Grand-Mère!
Avec Grand-Père
À côté la Tante l’Oncle
et l’autre tante
Et Maman ma maman

Ils sont tous morts

Je tiens à la main
ce petit bouquet
de roses thé

Je les respire :
à chacune
son parfum

Ils ne sont plus que cela
dans ma mémoire

***
Retratos de familia

Olha
aqui a Avô!
Com o Avô
Ao lado a Tia o Tio
a outra tia
E a Mae a minha

Morreram todos ja

Seguro na mâo
esse raminho
de rosas-cha

Cheiro-as:
a cada uma
o seu perfume

Apenas isso sâo
agora
na lembrança

(Teresa Rita Lopes)


Illustration

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CÉRÉMONIE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2019



Henri Bruel_Le Rêve d'un Etrange Mariage- [800x600]

CÉRÉMONIE

La cérémonie
commença avec une lenteur composée
mais le vin provoqua des colères inhumaines
un bouquet tomba d’un corsage
l’entame d’une brioche
le soir vira au sombre
des corps s’étreignirent sous les lampes
un souffle pur monta de la terre
des portraits impassibles
aux murs souriaient.
Prisonniers de leur matière exploitée
des objets d’autrefois
se brisèrent au grand jour
du lendemain sur la terre fertile.

(Jean Follain)

Illustration: Henri Bruel

 

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La prière pour tous (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2019



 

Evgeni Gordiets   1486-640x461

La prière pour tous

[…]

Il est, loin de nos villes
Et loin de nos douleurs,
Des lacs purs et tranquilles,
Et dont toutes les îles
Sont des bouquets de fleurs !

Flots d’azur où l’on aime
À laver ses remords !
D’un charme si suprême
Que l’incrédule même
S’agenouille à leurs bords !

L’ombre qui les inonde
Calme et nous rend meilleurs ;
Leur paix est si profonde
Que jamais à leur onde
On n’a mêlé de pleurs !

Et le jour, que leur plaine
Reflète éblouissant,
Trouve l’eau si sereine
Qu’il y hasarde à peine
Un nuage en passant !

[…]

(Victor Hugo)

Illustration: Evgeni Gordiets

 

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Apparition (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2019



 

Bogdan Prystrom 3040

Apparition

La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs
Rêvant, l’archet aux doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots glissant sur l’azur des corolles.
— C’était le jour béni de ton premier baiser.
Ma songerie aimant à me martyriser
S’enivrait savamment du parfum de tristesse
Que même sans regret et sans déboire laisse
La cueillaison d’un Rêve au coeur qui l’a cueilli.
J’errais donc, l’oeil rivé sur le pavé vieilli
Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue
Et dans le soir, tu m’es en riant apparue
Et j’ai cru voir la fée au chapeau de clarté
Qui jadis sur mes beaux sommeils d’enfant gâté
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets d’étoiles parfumées.

(Stéphane Mallarmé)

Illustration: Bogdan Prystrom

 

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Fleur d’oranger (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2019



Fleur d’oranger

Tes compagnes, ô jeune fille! ont cherché ce matin
dans la campagne humide de rosée une fleur
pour former ta parure virginale.
Tu vas nous quitter pour suivre celui que tu aimes,
tu ne partageras plus nos danses et nos jeux.
Accepte cette fleur d’oranger, c’est son doux parfum
qui nous a conduites vers elle.
Nous nous sommes approchées de l’arbre,
et la fleur d’oranger nous a dit:

Vous cherchez un bouquet pour orner le sein d’une fiancée.
Cueillez-moi.
Je suis blanche comme elle, douce comme elle;
semblable à la chasteté, mon parfum dure longtemps encore
après qu’on m’a cueillie.
Fleur des fiancées, lui avons-nous demandé,
pourquoi portes-tu des fruits sur ta branche?
Elle nous a répondu.
Je suis l’emblème de la mariée: amante encore,
elle est mère; la femme vit auprès de ses enfants,
la fleur à côté du fruit.

Alors nous l’avons cueillie.
Partage cette branche d’oranger, jeune fille,
mets-en la moitié dans tes cheveux,
l’autre moitié sur ton sein.
C’est le dernier don de tes chères compagnes.
Ce soir nous te conduirons à l’église, et ta mère en t’embrassant
fermera derrière toi la porte de la maison de l’époux.
Conserve notre guirlande et notre bouquet, jeune fille,
conserve-les bien, et puisses-tu, quand la fleur d’oranger sera fanée,
ne pas regretter le temps où tu étais blanche comme elle.

(J.J. Grandville)

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Je crie (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2019



Illustration: France Mondello
    
Je crie
J’écris

Mes mots n’y sont pour personne

Envolés
Bouquet fugace

Durs et affilés
Jetés comme des pierres
Dans les jardins stériles

Ils s’accrochent
Les uns derrière les autres
Wagons dépareillés

Ni en train
Ni en phrase

Comment écrire les cris

(Josée Tripodi)

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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LE MARTYRE DE SAINTE EULALIE (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2019



 

MARTYRE DE SAINTE EULALIE

 

LE MARTYRE DE SAINTE EULALIE

PANORAMA DE MERIDA

Dans la rue court et bondit
Un cheval à la queue longue
Tandis que jouent où sommeillent
Quelques vieux soldats de Rome.
Une futaie de Minerves
Ouvre mille bras sans feuilles.
De l’eau suspendue redore
Les arêtes de rochers.
Une nuit faite de torses,
D’étoiles au nez cassé,
Attend les fentes de l’aube
Pour s’écrouler toute entière.
De temps à autre résonnent
Des jurons à crête rouge.
Les soupirs de l’enfant sainte
brisent le cristal des coupes.
La roue aiguise ses lames
et ses crochets suraigus.
Le taureau des forges brame
Et Mérida se couronne
De nards presque réveillés
et de mûres sur leurs tiges.

LE MARTYRE

Voici Flore nue qui monte
De petits escaliers d’eau. .
Le Consul veut un plateau
Pour les deux seins d’Eulalie.
De la gorge de la sainte
Sort un jet de veines vertes.
Son sexe tremble, embrouillé
Comme un oiseau dans les ronces
Sur le sol, déjà sans norme,
Sautent ses deux mains coupées
Pouvant encore se .croiser
Dans une prière ténue,
Ténue mais décapitée.
Et par les trous purpurins
Où naguère étaient ses seins
On voit des ciels tout petits
Ét des ruisseaux de lait blanc.
Mille petits arbres de sang
Opposent leurs troncs humides
Aux mille bistouris du feu.
De jaunes centurions,
Chair grise ayant mal dormi,
Vont au ciel entrechoquant
Leurs armures en argent.
Pendant que vibre confuse
Une passion de crinières
Et d’épées longues et courtes
Le Consul sur son plateau
Tient les seins fumés d’Eulalie.

ENFER ET GLOIRE

La neige ondulée repose.
Éulalie pend à son arbre.
Sa nudité de charbon
Charbonne les airs glacés.
La nuit tendre brille haut.
Eulalie morte dans l’arbre.
Tous les encriers des villes
Versent l’encre doucement.
Noirs mannequins de tailleurs
Vous couvrez la neige au loin.
Vos longues files gémissent
Un silence mutilé.
La neige vient à tomber.
Eulalie blanche dans l’arbre.
Des escadrons de nickel
Joignent à son flanc leurs lances.
On voit luire un ostensoir
Sur un fond de ciels brûlés
Entre des gorges d’eau douce,
Des bouquets de rossignols.
Sautez, vitres de couleurs !
Eulalie blanche sur neiges.
Des anges, des séraphins
Disent : Sainte, sainte, sainte.

(Federico Garcia Lorca)

Illustration: Bernardo Martorell

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Je n’ai – Rien d’autre qu’un Bouquet (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2019


bouquet

Pourrais-je – faire plus – pour Toi –
Si Bourdon Tu étais –
Puisque pour la Reine, je n’ai –
Rien d’autre qu’un Bouquet?

(Emily Dickinson)

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TROMPERIE (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2019




TROMPERIE

1
Printemps. Le matin est ivre de soleil,
Plus net le parfum des roses sur la terrasse,
Le ciel a plus d’éclat qu’une faïence bleue.
Le cahier est relié en maroquin très souple,
J’y lis des stances et des élégies,
Qui furent écrites pour ma grand-mère.

Je vois le chemin jusqu’à la grille, les bornes
Se détachent en blanc sur l’émeraude du gazon.
Oh! ce coeur est plein d’un amour exquis, aveugle.
Et quelle joie! ces couleurs, dans les massifs,
Et dans le ciel le cri aigu du corbeau noir,
La voûte du cellier au profond de l’allée.

2
Le vent souffle chaud, étouffant.
Le soleil brûle les mains.
La voûte de l’air sur la tête,
On dirait un verre bleu.

Odeur sèche des immortelles
Dans ma tresse qui se défait.
Sur le tronc rugueux du sapin
Une route pour les fourmis.

Reflets paresseux sur l’étang.
Vie légère, comme jamais…
Aujourd’hui j’ai cru voir quelqu’un
(Mais qui?) dans le hamac léger.

3
Soir bleu. Les vents sont apaisés,
La lumière veut que je rentre.
Qui est là? Devine… un fiancé?
Et pourquoi pas mon fiancé ?…

Sur la terrasse une silhouette familière,
On parle, mais très doucement.
Oh, je n’avais jamais éprouvé jusqu’ici
Une langueur si séduisante.

Les peupliers frémissent d’inquiétude,
Visités par des rêves de tendresse
Le ciel est couleur d’acier bruni,
La pâleur des étoiles est mate.

Je tiens un bouquet de giroflées blanches.
Elles cachent un feu secret, pour brûler
Celui qui les prendra de mes mains timides,
En effleurant ma paume tiède.

4
J’ai écrit des mots
Que longtemps je n’ai pas osé dire.
Le mal de tête m’engourdit,
Mon corps est comme insensible.

Le cor au loin s’est tu, mon coeur
Ressasse les mêmes énigmes,
Une légère neige d’automne
A recouvert le terrain de croquet.

Les feuilles bientôt ne frémiront plus !
La pensée bientôt oubliera ses tourments.
Je ne voulais pas être une gêne
Pour ceux dont le devoir est de se divertir.

J’ai pardonné à ces lèvres rouges
Leur cruelle plaisanterie…
Vous viendrez nous voir demain
En foulant aux pieds la première neige.

On allumera des bougies,
De jour leur éclat est plus doux,
On apportera un bouquet
De roses cueillies dans l’orangerie.

(Anna Akhmatova)

 

 

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