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Posts Tagged ‘bourdonnement’

Quand le livre où s’endort chaque soir ma pensée (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2019



 

 

David Hockney  url

Quand le livre où s’endort chaque soir ma pensée,
Quand l’air de la maison, les soucis du foyer,
Quand le bourdonnement de la ville insensée
Où toujours on entend quelque chose crier,

Quand tous ces mille soins de misère ou de fête
Qui remplissent nos jours, cercle aride et borné,
Ont tenu trop longtemps, comme un joug sur ma tête,
Le regard de mon âme à la terre tourné ;

Elle s’échappe enfin, va, marche, et dans la plaine
Prend le même sentier qu’elle prendra demain,
Qui l’égare au hasard et toujours la ramène,
Comme un coursier prudent qui connaît le chemin.

Elle court aux forêts où dans l’ombre indécise
Flottent tant de rayons, de murmures, de voix,
Trouve la rêverie au premier arbre assise,
Et toutes deux s’en vont ensemble dans les bois !

(Victor Hugo)

Illustration: David Hockney

 

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C’est toi (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
C’est toi

Dans les intervalles de silence du vent
les paroles pressées de l’eau qui dévale
sa fraîcheur le long du sentier de montagne
c’est toi fraîcheur pensive de ma vie

L’été brûlant Le soleil feu perpendiculaire à l’herbe
A bouche fermée le bourdonnement grégorien
des abeilles célébrant l’office quotidien du miel
c’est toi basse continue de ma durée

Le cri d’une hirondelle cri que j’attrape au vol
(l’oiseau est déjà loin) rire plutôt qu’un cri
léger bonheur qui ricoche sur l’eau des rires de l’été
c’est toi douceur du sourire au creux des chagrins

Le silence soudain La nuit Déjà la neige
Le silence à pas de chat se pose sur le silence
et quand nous ouvrirons les volets le blanc sera très blanc
c’est toi qui ne dis rien et me parles sans mots

Et je te réponds Oui

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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EFFIGIES (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018



 

môle-brouillard

EFFIGIES

1.
Routes d’eucalyptus : ce qui reste du ciel pâle
frémissant dans ma gorge. A travers le ballast
le bourdonnement de l’été

les herbes folles ce silence
ton pas même.

2.
Innombrables rendez-vous de la lumière.
Et chaque chose perdue — mémoire

de ce qui n’a jamais été. Les collines. Les impossibles
collines

perdues dans l’éclat de la mémoire.

du fil de fer barbelé.

3.
Comme si tout cela était

encore à naître. Survivant dans l’oeil,
là où l’oeil s’ouvre aujourd’hui sur le bruit

de la chaleur : une guêpe, un chardon suspendu aux griffes

4.
Toi qui demeures. Et toi
qui n’es pas là. Parole d’extrême nord, dispersée

dans les heures blêmes du monde sans image —

comme une simple parole

que le vent lance et anéantit.

5.
Albe. La lumière immense, alluviale. Le carillon
de nuages à l’aube. Et les bateaux
amarrés dans le brouillard du môle

sont invisibles. Et s’ils sont là

ils sont invisibles.

(Paul Auster)

Illustration

 

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Océan de cris de moineaux (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018




    
Océan de cris de moineaux.
Il fait nuit… mais si clair !
Que demander de mieux.
Il fait nuit… mais si clair !
Sur les lèvres innocentes
un océan de cris de moineaux.

Ah ! sous la lune, quelle
lumière… jetons-nous à l’eau !
Par ce beau temps indigo
je ne veux point de repos.
Ah ! sous la lune, quelle
lumière… jetons-nous à l’eau !

L’aimée, c’est toi, c’est elle ?
Lèvres insatiables.
Lèvres qui, comme en eaux rapides,
étanchent ma vie. Ces lèvres.
L’aimée, c’est toi, c’est elle ?
Les roses, que me chuchotent-elles ?
J’ignore que sera demain.

Tout près, quelque part — va savoir,
la joyeuse flûte s’afflige.
Dans le bourdonnement du soir
je vénère du sein le lys.
La joyeuse flûte s’afflige,
j’ignore que sera demain.

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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Brève dérivation (Jean-Pierre Chambon)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2018




    
Brève dérivation
de l’écoulement du temps
engendrant une petite pensée
compassionnelle
le bourdonnement croissant
puis décroissant
d’un hélicoptère
volant au ras des toits
en direction de l’hôpital

(Jean-Pierre Chambon)

 

Recueil: Tout-venant
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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Le bourdonnement du taon (Aphorismes Bretons)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2017



Illustration: Julien Dupré
    
Wesh-Wesh an dabonenn
Lak ar saout da vrechenn.

Le bourdonnement du taon
Affole les vaches

(Aphorismes Bretons)

 

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UN RÊVE (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017




    
UN RÊVE

Une fois un rêve tissa une ombre
sur mon lit que gardent les anges :
Je vis une fourmi égarée
Sur le gazon où je me croyais étendu.

Affolée, angoissée, éperdue,
Prisonnière des feuilles d’herbe,
Harassée dans la nuit profonde,
Le coeur brisé, je l’entendis murmurer :

« Oh ! mes petits ! Vont-ils pleurer ?
Entendront-ils l’appel de leur père ?
Tantôt ils regardent partout, me cherchant,
Tantôt ils s’en retournent, me pleurant. »

Et moi, ému, je versai une larme ;
Mais j’aperçus un ver luisant
Qui répondit : « Quelle créature en détresse
Appelle le gardien de la nuit ?

Je suis là pour éclairer le sol,
Et tandis que le scarabée fait sa ronde
Suis maintenant son bourdonnement,
Petit vagabond, et reviens vite chez toi. »

***

A DREAM

Once a dream did weave a shade
O’er my Angel-guarded bed,
That an Emmet lost its way
Where on grass methought I lay.

Troubled, ‘wilder’d and folorn,
Dark, benighted, travel-worn,
Over many a tangled spray,
All heart-broke I heard her say:

`O my children! do they cry?
Do they hear their father sigh?
Now they look abroad to see,
Now return and weep for me.’

Pitying, I dropp’d a tear;
But I saw a glow-worm near,
Who replied: `What wailing wight
Calls the watchman of the night?

`I am set to light the ground,
While the beetle goes his round:
Follow now the beetle’s hum;
Little wanderer, hie thee home.’

(William Blake)

 

Recueil: Chants d’Innocence et d’Expérience
Traduction: Marie-Louise et Philippe Soupault
Editions: Quai Voltaire

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Un bourdonnement de fond (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2016



Un bourdonnement de fond

témoigne de la présence des choses.
Nous avons besoin de la parole et du vent
pour le supporter.

Un bourdonnement de fond
dénonce l’absence des choses.
Nous devons inventer une autre mémoire
pour ne pas devenir fous.

Un bourdonnement de fond
annonce qu’il n’y a rien
qui ne puisse exister.
Nous avons besoin d’un silence doublé de silence
pour admettre que tout existe.

Un bourdonnement de fond
souligne le froid et la mort.
Nous avons besoin de la somme de tous les chants,
du résumé de tous les amours
pour pouvoir apaiser ce bourdonnement.

Ou bien un soir,
sans autre condition que son ajour,
un oiseau viendra se poser sur l’air
comme si l’air était une branche.
Alors cesseront tous les bourdonnements.

(Roberto Juarroz)


Illustration: Giotto

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Eté Carioca 73 (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Eté Carioca 73

Le char du soleil promène ses roues d’incendie
sur les corps et les esprits, et les foudroie.
Restent, sous le massacre, des esquilles de conscience,
implorant, sans espoir, un pichet d’ombre.

Les arbres décolletés, allées sans arbres.
L’air est neutre, fixe, et refuse le passage
aux véhicules de la brise. Le bourdonnement de hannetons klaxons
résonne à l’intérieur de la cellule blessée.

Du sol noir mielleux éparpillé monte
le souffre des enfers en langues de feu.
La vie, ce lézard invisible dans son trou,
ou bien ce rocher brûlant où rit la verdure?

La mer s’ouvre en éventail à quelques milliers de visiteurs,
mais, courbés sous le poids de cette charge de flammes,
prenant mille formes d’effort et de pauvreté et de routine, par millions
ils se délectent de la malédiction de ce splendide été.

(Carlos Drummond de Andrade)


Nada Herman-Witkamp

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A l’angle de la terrasse (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2016



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A l’angle de la terrasse

A l’angle de la terrasse
plongeant sur la vallée
une touffe de chardons bleus
que courtise une constellation
d’abeilles

le bourdonnement épouse
la cime des arbres
éclaire les monts noirs
qui veillent
presque au-delà de la pensée

il y a une ombre bleue
au cour de ces petits soleils d’épine
comme ils se tendent
comme ils fulgurent
parmi les feuilles que la lumière argente!

l’évidence de cet instant
est si violente
les chardons bleus mêlés à la
cime des arbres
les bourdons sur la vallée
les montagnes aussi visibles que la mort

si violente
qu’elle ouvre le temps
sur un autre espace
où la distance est devenue
l’étreinte
où le temps a l’immobilité
de l’extase
où l’extase déborde ruisselle
passe sans cesse de l’autre côté
d’elle-même

et le coeur devient lumière
dans la lumière
se perd dans la naissance
de la lumière
meurt de renaître

un bourdon passe
efface la vision
car tout se passe
ici

(Jean Mambrino)

Illustration

 

 

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