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Posts Tagged ‘bourdonnement’

A l’angle de la terrasse (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2016



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A l’angle de la terrasse

A l’angle de la terrasse
plongeant sur la vallée
une touffe de chardons bleus
que courtise une constellation
d’abeilles

le bourdonnement épouse
la cime des arbres
éclaire les monts noirs
qui veillent
presque au-delà de la pensée

il y a une ombre bleue
au cour de ces petits soleils d’épine
comme ils se tendent
comme ils fulgurent
parmi les feuilles que la lumière argente!

l’évidence de cet instant
est si violente
les chardons bleus mêlés à la
cime des arbres
les bourdons sur la vallée
les montagnes aussi visibles que la mort

si violente
qu’elle ouvre le temps
sur un autre espace
où la distance est devenue
l’étreinte
où le temps a l’immobilité
de l’extase
où l’extase déborde ruisselle
passe sans cesse de l’autre côté
d’elle-même

et le coeur devient lumière
dans la lumière
se perd dans la naissance
de la lumière
meurt de renaître

un bourdon passe
efface la vision
car tout se passe
ici

(Jean Mambrino)

Illustration

 

 

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Le promeneur solitaire (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2016



Le promeneur solitaire

Pareille à un promeneur qui, au déclin de sa vie
Sur la plage presque déserte quand les fastes
De la saison se meurent au loin soulève un coquillage
Et écoute la gloire de la mer et ses naufrages secrets.

De temps en temps la mort, promeneur solitaire
Drapée dans son manteau de nuage et de cendre
Prend l’un de nous entre ses mains et longuement écoute
La vie qui chante en nous comme un coquillage.

Elle imagine alors des terrasses, des parcs
Un couple qui éclaire de son bonheur l’allée
Le soir comme une femme échevelée, les arbres,
Les hommes riant à la table des jeux du crépuscule

Tour à tour la mort nous ramasse et se penche
Vers le bourdonnement de nos âmes lointaines
Nous sommes les abeilles qui reviennent chargées
Des pollens de la vie, dans la mortelle ruche.

Si l’un de nous pouvait lui dire tous les âges
Et l’espoir et la résignation et l’amour, la vengeance
Si un seul pouvait évoquer en une fois
Tous les éclats et les ténèbres de la vie.

La mort le garderait sans appeler les autres
Mais chacun lui apporte un écho trop distant
La mort nous prend tous comme les morceaux épars
D’une lettre qu’elle veut réunir et lire.

De quoi lui parlent donc ces innombrables bouches ?
L’une nomme le ciel, l’autre l’étang, l’autre l’automne
Est-ce la pierre ou l’eau, la gloire ou bien la femme ?
La vie a mille formes qui déroutent la mort.

C’est un regret ou l’ombre d’un vol qui se délie
Avec bonté la mort regarde jeux et fards.
Et comme une neige attardée sur les cimes
Un sourire apparaît sur sa face sévère.

(Ilarie Voronca)

Illustration: James Mensor

 

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Laisse venir le silence ! (Margherita Guidacci)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2016




Dernières à se détacher furent les voix. Non les voix terribles
De la guerre ni des ouragans,
Ni même les voix humaines et aimées,
Mais des murmures d’herbes et d’eaux, des rires de vent, un bruissement
De feuilles parmi lesquelles jouaient d’invisibles écureuils,
Un heureux bourdonnement d’insectes à travers de nombreux étés
Jusqu’à cet insecte qui plus insistant vrombissait
Dans la chambre où nous ne voulions pas mourir.
Et tout se confondit en une note, en un tumulte
Immobile, étouffé, comme celui du sang
Quand était vivant notre sang. Mais nous savions désormais
Qu’à tout cela il était impossible de répondre.
Et quand l’Ange nous demanda : « Voulez-vous encore vous souvenir ? »
Nous-mêmes nous l’implorâmes : « Laisse venir le silence ! »

***

Furono ultime a staccarsi le voci. Non le voci tremende
Della guerra e degli uragani,
E nemmeno voci emane ed amate,
Ma mormorii d’erbe e d’acque, risa di vento, frusciare
Di fronde tra cui scoiattoli invisibili giocavano,
Ronzio felice d’insetti attraverso molte estati
Fino a ,quell’insetto che più insistente ronzava
Nella stanza dove noi non volevamo morire.
E tutto si confuse in una nota, in un fermo
E sommesso tumulto, come quello del sangue
Quando era vivo il nostro sangue. Ma sapevamo ormai
Che a tutto cio era impossibile rispondere.
Equando l’Angelo ci chiese : « Volete ancora ricordare ? »
Noi stessi l’implorammo : « Lascia che venga il silenzio ! »

(Margherita Guidacci)

Illustration: Marie-Christine Thiercelin

 

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RÊVE D’HIVER (Bartolo Cattafi)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2016




RÊVE D’HIVER

Ce foisonnement estival,
ce petit tourbillon de mouches
dans une pièce hivernale…
La pensée est une opaque
matière tressaillante,
dans le bourdonnement,
elle dort barricadée
dans les lois de l’heure
comme un poulpe cramponné
à son rêve d’hiver,
parfois elle ouvre un oeil,
si soleil et braise brillent vaguement,
mais elle ne voit pas.

***

SOGNO D’INVERNO

Questo rigurgito estivo
mulinello di mosche
in una stanza invernale…
Il pensiero è un’opaca
materia trasalita
al ronzio
egli dorme rinchiuso
tra le leggi del momento
come un polipo aggrappato
al suo sogno d’inverno
apre un occhio talvolta
se sole e brace balùginano
ma non vede.

(Bartolo Cattafi)

Illustration: André Nadal

 

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Ode à une Femme aimée (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2016



Ode à une Femme aimée

L’HOMME fortuné qu’enivre ta présence
Me semble l’égal des Dieux, car il entend
Ruisseler ton rire et rêver ton silence,
Et moi, sanglotant,

Je frissonne toute, et ma langue est brisée :
Subtile, une flamme a traversé ma chair,
Et ma sueur coule ainsi que la rosée
Apre de la mer ;

Un bourdonnement remplit de bruits d’orage
Mes oreilles, car je sombre sous l’effort,
Plus pâle que l’herbe, et je vois ton visage
A travers la mort.

(Renée Vivien)

Illustration: Arthur Hughes

 

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LE NOM ET LA DEMEURE (Claude Esteban)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2015



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LE NOM ET LA DEMEURE

LE JOUR A PEINE ÉCRIT

J’ai trop tardé. Je
n’attends plus.

Je cours
dans le matin du monde.

Tout m’appelle. Tout
est prochain.

Une herbe.
Un insecte neuf.

Comme un bourdonnement de signes
sous les feuilles.

L’espace, devant moi. Infime,
immense.

(Claude Esteban)

Illustration: ArbreaPhotos

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Le chant et le bourdonnement des gongs (Mukai Kyorai)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2015



Le chant et le bourdonnement des gongs
Plongent la verte vallée
Dans des vagues d’air frais.

(Mukai Kyorai)

 

 

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