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Poésie

Posts Tagged ‘bourdonner’

Chant de mai (Friedrich Nietsche)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020


Chant de mai

Les oiseaux chantent avec ravissement
Loin dans l’épaisseur du bois ;
Les champs ensoleillés s’étendent
Sous les gracieux rayons de mai.
Les ruisseaux murmurent doucement
A travers la campagne fleurie
Où jubile l’alouette.
Oh peut-il se donner chose plus belle
Que le mois de mai, que le seul mai ?

Ce qui m’attristait le coeur,
Le faisait sombre et désemparé,
Ce qui était vaste désert et frisson,
Cela est à présent rayonnant de soleil.
Les fleurs se dressent gracieuses
Dans les prés aux riches éclosions,
Où bourdonnent les abeilles.
Oh peut-il se donner chose plus belle
Que le mois de mai, le seul mai ?

Ô plénitude infinie
De pure béatitude !
O délice, oh enveloppe
Mon coeur avec sa peine
Fais passer et s’évanouir
Ce qui ne murmure pas sur mon coeur
Comme des souffles printaniers !
Oh peut-il se donner chose plus belle
Que le mois de mai, le seul mai?

Je voudrais me plonger
Dans cette mer de volupté ;
Cette douce pensée
Soulève déjà de joie ma poitrine.
Je voudrais t’embrasser
Et ne plus jamais me séparer de toi,
Ô printemps, viens, entre!
Il ne peut rien se donner de plus beau
Que le mois de mai, que le seul mai!

(Friedrich Nietsche)

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Un songe (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2020




    
Un songe

Le laboureur m’a dit en songe : « Fais ton pain,
Je ne te nourris plus, gratte la terre et sème. »
Le tisserand m’a dit : « Fais tes habits toi-même. »
Et le maçon m’a dit : « Prends ta truelle en main. »

Et seul, abandonné de tout le genre humain
Dont je traînais partout l’implacable anathème,
Quand j’implorais du ciel une pitié suprême,
Je trouvais des lions debout dans mon chemin.

J’ouvris les yeux, doutant si l’aube était réelle :
De hardis compagnons sifflaient sur leur échelle,
Les métiers bourdonnaient, les champs étaient semés.

Je connus mon bonheur et qu’au monde où nous sommes
Nul ne peut se vanter de se passer des hommes ;
Et depuis ce jour-là je les ai tous aimés.

(René-François Sully Prudhomme)

 

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SOIR (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2020



Illustration: Stéphane Pellennec
    
SOIR

Ciel ! un fourmillement emplit l’espace noir ;
On entend l’invisible errer et se mouvoir ;
Près de l’homme endormi tout vit dans les ténèbres.
Le crépuscule, plein de figures funèbres,
Soupire ; au fond des bois le daim passe en rêvant ;
À quelque être ignoré qui flotte dans le vent
La pervenche murmure à voix basse : je t’aime
La clochette bourdonne auprès du chrysanthème
Et lui dit paysan, qu’as-tu donc à dormir ?
Toute la plaine semble adorer et frémir.
L’élégant peuplier vers le saule difforme
S’incline ; le buisson caresse l’antre ; l’orme
Au sarment frissonnant tend ses bras convulsifs ;
Les nymphaeas, pour plaire aux nénuphars pensifs,
Dressent hors du flot noir leurs blanches silhouettes ;
Et voici que partout, pêle-mêle, muettes,
S’éveillent, au milieu des joncs et des roseaux,
Regardant leur front pâle au bleu miroir des eaux,
Courbant leur tige, ouvrant leurs yeux, penchant leurs urnes,
Les roses des étangs, ces coquettes nocturnes.
Des fleurs déesses font des lueurs dans la nuit,
Et dans les prés, dans l’herbe où rampe un faible bruit,
Dans l’eau, dans la ruine informe et décrépite,
Tout un monde charmant et sinistre palpite.
C’est que là-haut, au fond du ciel mystérieux,
Dans le soir, vaguement splendide et glorieux,
Vénus rayonne, pure, ineffable et sacrée,
Et, vision, remplit d’amour l’ombre effarée.

(Victor Hugo)

 

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TENDU COMME UN VIOLON (Aba Stoltzenberg)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2019




    
TENDU COMME UN VIOLON

Tendu comme un violon
J’attends intensément la main du virtuose
Sur la soie de l’archet
Les yeux éteints.
J’attends comme une forêt sombre,
Embrase-moi de toutes parts,
Prends-moi comme on force une fille,
Je suis une salle fébrile
Aux fenêtres illuminées,
Bourdonne la soie fine et moi partout je tourbillonne,
Les sens béants comme des plaies à vif.

(Aba Stoltzenberg)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Devant l’Opéra (Max Olivier Bizeau)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2019




    
Devant l’Opéra
Grande ruche alvéolée
Voitures bourdonnent

(Max Olivier Bizeau)

 

Recueil: Paris … en haïku et en brèves
Traduction:
Editions: La Simarre

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L’or du forsythia (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2019



Illustration
    
L’or du forsythia

Il faudra bien revenir un jour
quand la force de nos bras
aura chu dans les seaux
quand nos jambes seront de laine
et le sol plus mouvant que les eaux
quand l’oreille bourdonnera
comme un nid de frelons
frappé par l’orage et que l’oeil
cherchera l’aube en plein midi
il faudra revenir ici calmement
et s’asseoir au milieu de soi
pour voir le monde alentour
comme l’or du forsythia

(Guy Goffette)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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J’écoute une voix inaudible (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019




J’écoute une voix inaudible
Sons inarticulés
Syllabes étouffées
Pourtant elle bourdonne à mes oreilles
Dimanches stagnants
Etangs d’ennui
De l’aube à minuit
Pourtant le village chante au bout du chemin
Terre aérienne
Lumière dévote
Soleil de gloire
Ciel ardent
Mais je porte un monde intérieur
Que je n’aurai pas su traduire
Et je me dissous dans un verre d’eau
Où flotte un glaçon

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration

 

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Au temps de la mort des marjolaines (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2019



 

Au temps de la mort des marjolaines,
Alors que bourdonne ton léger
Rouet, tu me fais, les soirs, songer
A tes aïeules les châtelaines.

Tes doigts sont fluets comme les leurs
Qui dévidaient les fuseaux fragiles.
Que files-tu, soeur, en ces vigiles,
Où tu chantes d’heurs et de malheurs ?

Seraient-ce des linceuls pour tes rêves
D’amour, morts en la saison des pleurs
D’avoir vu mourir toutes les fleurs
Qui parfumèrent les heures brèves ?

Oh ! le geste fatal de tes mains
Pâles, quand je parle de ces choses,
De tes mains qui bénirent les roses
En nos jours d’amour sans lendemains !

C’est le vent d’automne dans l’allée,
Soeur, écoute, et la chute sur l’eau
Des feuilles du saule et du bouleau,
Et c’est le givre dans la vallée.

Dénoue – il est l’heure – tes cheveux
Plus blonds que le chanvre que tu files ;
L’ombre où se tendent nos mains débiles
Est propice au murmure des voeux.

Et viens, pareille à ces châtelaines
Dolentes à qui tu fais songer,
Dans le silence où meurt ton léger
Rouet, ô ma soeur des marjolaines !

(Stuart Merrill)

Illustration: Gustave Courbet

 

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Les cloches du soir (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2019



Les cloches du soir

Quand les cloches du soir, dans leur lente volée
Feront descendre l’heure au fond de la vallée,
Si tu n’as pas d’amis ni d’amours près de toi,
Pense à moi ! Pense à moi !

Car les cloches du soir avec leur voix sonore
A ton coeur solitaire iront parler encore,
Et l’air fera vibrer ces mots autour de toi :
Aime moi ! Aime moi !

Si les cloches du soir éveillent les alarmes,
Demande au temps ému qui passe entre nos larmes,
Le temps dira toujours qu’il n’a trouvé que toi
Près de moi !

Quand les cloches du soir, si tristes dans l’absence,
Tinteront sur mon coeur ivre de ta présence,
Ah ! c’est le chant du ciel qui sonnera pour toi !
Pour toi et pour moi !

Quand les cloches du soir, qui bourdonne et qui pleure,
Ira parler de mort au seuil de ta demeure,
Songe qu’il reste encore une âme près de toi :
Pense à moi ! pense à moi !

(Marceline Desbordes-Valmore)

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Bourdon, je t’envie (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019




    
Bourdon, je t’envie,
comme tu promènes,
noire fantaisie,
ta miette de vie
dans les compliqués
chemins de l’été!

Cependant que moi
je peine, je traîne
un araire lourd
au fond de moi-même

dans l’étroit labour,
un pas pour la haine,
un pas pour l’amour.

Le soleil me noie,
l’été me fait peur,
bourdonnante joie,
va bouffer les fleurs.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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