Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘bourgeois’

Sous le laurier (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2018




    
Sous le laurier le banc de pierre rouillée
est tout humide;
la pluie, sur le mur blanc
a lavé le lierre poussiéreux.

Au souffle tiède du vent d’automne
ondoie le gazon, et les peupliers
conversent avec le vent…
Le vent du soir dans le bosquet!

Tandis que flamboie au couchant le soleil
qui dore les grappes de vigne
et qu’un brave bourgeois sur son balcon allume
sa pipe stoïque où fume le tabac,

je me souviens des vers de ma jeunesse…
Qu’est-il advenu de mon coeur sonore?
Ombres charmantes, est-il donc vrai
que vous fuyiez entre les arbres d’or?

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA FILLE A NOT’ MEUNIER (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



Illustration: Bosc
    
LA FILLE A NOT’ MEUNIER

Not’ meunier avait un’ fille,
Lon, lon, la,
Qu’il avait fait trop gentille,
Lan dé ri ra,
Pour qu’ell’ put rester longtemps
Au moulin de ses parents.

Un bourgeoisieau du village,
Lon, lon, la,
R’marqua son p’tit air volage,
Lan dé ri ra,
Ses grands yeux bleus comm’ le ciel,
Et ses ch’veux couleur de miel.

Il l’emm’na dans la grand’ ville,
Lon, lon, la,
Pour manger quelqu’billets d’mille,
Lan dé ri ra,
Puis quand il eût mieux trouvé,
Il la laissa su’ l’pavé.

Mais ell’ reprit son courage,
Lon, lon, la,
Et s’mit à chercher… d’l’ouvrage,
Lan dé ri ra,
Sachant qu’on n’est jamais pris
Quand on est belle à Paris.

Son honneur fit la culbute,
Lon, lon, la,
Roula dans la bou’ d’la butte,
Lan dé ri ra,
Ell’ travaill’ dans un moulin
Qui moud autr’ chos’ que du grain.

Pendant c’temps là dans l’village,
Lon, lon, la,
Tout cassé, tout chargé d’âge,
Lan dé ri ra,
Son pèr’ le pauvre meunier
Pleur’ : « Ma fille a mal tourné ».

Et comm’ ce n’était qu’pour elle,
Lon, lon, la,
Que le moulin tournait d’l’aile,
Lan dé ri ra,
Le vieux fut quérir des gâs,
Et le fit jeter à bas.

(Gaston Couté)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le drame de la vie (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



Illustration: Bo Bartlett
    
Le drame de la vie perd chaque jour
de sa gravité, de son sérieux,
de son importance, de sa beauté scénique,

et risque de se transformer
en vulgaire et plate comédie bourgeoise
d’une irritante et intolérable médiocrité.

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

PARTENAIRES SOCIAUX DANS L’INDUSTRIE D’ARMEMENT (Hans Magnus Enzensberger)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2018




    
PARTENAIRES SOCIAUX DANS L’INDUSTRIE D’ARMEMENT

A en grincer des dents ce spectacle
de gros pourceaux sur les terrasses
et sur les golfs des palaces
remontés à coups d’engrais et de vols,
des chouchous du bon dieu.

Plus dur
à supporter, toi qui n’es personne,
foreur au ciré bon marché,
petit-bourgeois, huissier, assesseur, coursier,
plus triste ton visage jauni.

Foutu
toi qui t’abandonnes à qui te mène
par le bout du nez, dé de vent modéré,
forgeron de tes menottes,
accoucheur de ta mort,
épicier du poison
qui te sera administré.

Sans doute
ils sont nombreux à te promettre
l’abolition du meurtre.
Les meurtriers t’invitent
à partir en guerre contre lui.
Ce n’est pas le crime qui perdra
la partie, mais toi : le crime
ne fait que changer de visage.
Le sang des victimes, lui, reste noir.

(Hans Magnus Enzensberger)

 

Recueil: Mausolée
Traduction: Maurice Regnaut et Roger Pillaudin
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LES POETES (Léo Ferré)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018


 


 

Henri Fantin-Latour  [1280x768]

LES POETES

Ce sont de drôl’s de typ’s qui vivent de leur plume
Ou qui ne vivent pas c’est selon la saison
Ce sont de drôl’s de typ’s qui traversent la brume
Avec des pas d’oiseaux sous l’aile des chansons

Leur âme est en carafe sous les ponts de la Seine
Les sous dans les bouquins qu’ils n’ont jamais vendus
Leur femme est quelque part au bout d’une rengaine
Qui nous parle d’amour et de fruit défendu

Ils mettent des couleurs sur le gris des pavés
Quand ils marchent dessus ils se croient sur la mer
Ils mettent des rubans autour de l’alphabet
Et sortent dans la rue leurs mots pour prendre l’air

Ils ont des chiens parfois compagnons de misère
Et qui lèchent leurs mains de plume et d’amitié
Avec dans le museau la fidèle lumière
Qui les conduit vers les pays d’absurdité

Ce sont des drôl’s de typ’s qui regardent les fleurs
Et qui voient dans leurs plis des sourires de femme
Ce sont de drôl’s de typ’s qui chantent le malheur
Sur les pianos du cœur et les violons de l’âme

Leurs bras tout déplumés se souviennent des ailes
Que la littérature accrochera plus tard
A leur spectre gelé au-dessus des poubelles
Où remourront leurs vers comme un effet de l’Art

Ils marchent dans l’azur la tête dans les villes
Et savent s’arrêter pour bénir les chevaux
Ils marchent dans l’horreur la tête dans des îles
Où n’abordent jamais les âmes des bourreaux

Ils ont des paradis que l’on dit d’artifice
Et l’on met en prison leurs quatrains de dix sous
Comme si l’on mettait aux fers un édifice
Sous prétexte que les bourgeois sont dans l’égout …

(Léo Ferré)

Illustration: Henri Fantin-Latour

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

A cette heure dans le monde (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2017



 


    
A cette heure dans le monde
Il y a peut-être une petite fille qui cueille des fleurs
Sur le bord de la voie dans un pays meilleur
Et dans un port de mer quelqu’un agite son mouchoir
Longuement comme un télégramme chiffré

Je pense à des automobiles chic
A un petit ruisseau plein d’écrevisses à Chavigné
A la dernière page d’un roman populaire
Un soir où le vent souffle
Je pense à cette petite gare perdue dans les bois
Où je ne descendrai jamais

À cette heure il y a
Des villas vides sur la côte
Et l’hôtel de la plage est couvert de fumée
Qui est fumée d’ennui ou fin d’une marée
Il y a un château étrange dans la nuit
Et le vieux jardinier lit du Montépin en fumant doucement sa pipe
Il y a sur l’océan un transatlantique
Qui est comme l’arche de Noé
Mais le garçon des troisièmes classes regrette
La métairie de ses parents et les jours de grand’fête
Et les compétitions cyclistes dans les bourgades du canton

A cette heure dans le monde
Une fleur s’entr’ouvre
Un poète retrouve soudain la raison
Et l’aviateur qui croyait tomber
dans la bouteille du soleil comme un ludion
ivre se met à rire et dégrafe son col

Ah dans cette minute où je ne vieillis pas
Comment penser à autre chose qu’à toi
A tes seins de colombe
A ta bouche
A tes mains
A ta beauté bien faite
À tes longues jambes qui m’emportent
À tes caresses qui fleurissent
Chaque soir comme un lilas

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Retouche au décoré (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2017




    
retouche au décoré

de l’Aude à l’Oise
en retraite bourgeoise
si moral et hors d’âge
à table le monsieur bien mis
un oeil à la fenêtre
entre la poire et le fromage
ressent le plaisir d’être
devant le soir saisi du mal exquis

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: De laine et soie Retouches
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE RAT ET L’ELÉPHANT (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE RAT ET L’ELÉPHANT

Se croire un personnage est fort commun en France.
On y fait l’homme d’importance,
Et l’on n’est souvent qu’un bourgeois :
C’est proprement le mal François.
La sotte vanité nous est particulière.
Les Espagnols sont vains, mais d’une autre manière.
Leur orgueil me semble en un mot
Beaucoup plus fou, mais pas si sot.
Donnons quelque image du nôtre
Qui sans doute en vaut bien un autre.

Un Rat des plus petits voyait un Eléphant
Des plus gros, et raillait le marcher un peu lent
De la bête de haut parage,
Qui marchait à gros équipage.
Sur l’animal à triple étage
Une Sultane de renom,
Son Chien, son Chat et sa Guenon,
Son Perroquet, sa vieille, et toute sa maison,
S’en allait en pèlerinage.
Le Rat s’étonnait que les gens
Fussent touchés de voir cette pesante masse :
Comme si d’occuper ou plus ou moins de place
Nous rendait, disait-il, plus ou moins importants.
Mais qu’admirez-vous tant en lui vous autres hommes ?
Serait-ce ce grand corps qui fait peur aux enfants ?
Nous ne nous prisons pas, tout petits que nous sommes,
D’un grain moins que les Eléphants.
Il en aurait dit davantage ;
Mais le Chat sortant de sa cage,
Lui fit voir en moins d’un instant
Qu’un Rat n’est pas un Eléphant.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

INDIFFERENCE (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2017



henry-caro-delvaille-nu-au-miroir-nude-before-a-mirror

INDIFFERENCE

J’étais tout pantelant encor de ses caresses,
Imprégné de l’odeur subtile de ses tresses,
Parfumé de sa peau, brûlant de ses baisers,
Et les hoquets d’amour, un à un apaisés,

Dans ma gorge râlante avec des plaintes douces
A peine assourdissaient leurs dernières secousses,
Quand elle se leva, calme, l’air somnolent.
Elle ne m’embrassa pas même en s’en allant.

Là-bas, près du miroir, sans jouir de ma joie,
Elle remit nonchalamment ses bas de soie,
Comme, après le dessert dans un dîner banal,
La bourgeoise en causant met ses gants pour le bal.

Et je sentis alors l’abominable doute
Au profond de mon cœur s’infiltrer goutte à goutte;
Je compris ce que sa froideur me laissait voir,
Que son amour pour moi n’était plus qu’un devoir.

Qu’elle ne savait plus la volupté jalouse,
Que la maîtresse enfin prenait des airs d’épouse.

(Jean Richepin)

Illustration: Henry Caro-Delvaille

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les Amis de Georges (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2016



 

Les-amis-de-Georges-Brassens

Les Amis de Georges

Les amis de Georges étaient un peu anar
Ils marchaient au gros rouge et grattaient leur guitare
Ils semblaient tous issus de la même famille
Timides et paillards et tendres avec les filles
Ils avaient vu la guerre ou étaient nés après
Et s’étaient retrouvé à St-Germain-Des-Prés
Et s’il leur arrivait parfois de travailler
Personne n’aurait perdu sa vie pour la gagner

Les amis de Georges avaient les cheveux longs
A l’époque ce n’était pas encore de saison
Ils connaissaient Verlaine, Hugo, François Villon
Avant qu’on les enferme dans des microsillons
Ils juraient ils sacraient, Insultaient les bourgeois
Mais savaient offrir des fleurs aux filles de joie
Quitte à les braconner dans les jardins publics
En jouant à cache-cache avec l’ombre des flics

Les amis de Georges on les reconnaissait
A leur manière de n’être pas trop pressés
De rentrer dans le rang, pour devenir quelqu’un
Ils traversaient la vie comme des arlequins
Certains le sont resté, d’autres ont disparu
Certains ont même la Légion d’Honneur qui l’eut cru?
Mais la plupart d’entre eux n’ont pas bougé d’un poil
Ils se balladent encore la tête dans les étoiles

Les amis de Georges n’ont pas beaucoup vieilli
A les voir on dirait qu’ils auraient rajeuni
Le cheveu est plus long, la guitare toujours là
C’est toujours l’ami Georges qui donne le la
Mais tout comme lui ils ne savent toujours pas
Rejoindre le troupeau ou bien marcher au pas
Dans les rues de Paris, sur les routes de province
Ils mendient quelquefois avec des airs de prince

En chantant des chansons du dénommé Brassens

(Georges Moustaki)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :