Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘bourgeonner’

RAISON DU CRI (Tahar Djaout)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2019



Igor Morski 1960  14)

 

RAISON DU CRI

s’il n’y avait ce cri,
en forme de pierre aiguë
et son entêtement à bourgeonner

s’il n’y avait cette colère,
ses élancements génésiques
et son soc constellant,

s’il n’y avait l’outrage,
ses limaces perforantes
et ses insondables dépotoirs,

l’évocation ne serait plus
qu’une canonnade de nostalgies,
qu’une bouffonnerie gluante,

le pays ne serait plus
qu’un souvenir-compost,
qu’un guet-apens
pour le larmier.

(Tahar Djaout)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Igor Morski

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

TOUTES CHOSES (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



TOUTES CHOSES

Toutes choses rejoignent leurs aires,
Le joli printemps est de retour,
Avec son doux soleil, ses nuits claires,
Pures sereines comme un amour.

Sans elle, quel souvenir soudain
La tristesse à mon âme redonne ?
Les branches bourgeonnent, mais en vain,
Car hélas, en mon coeur, c’est l’automne !

(George Bacovia)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Elle devait être contente de nous, car elle nous regardait avec bienveillance (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2018



heures louis 12-3 [800x600]

Hommage aux anges
[35]

Ainsi elle devait être contente de nous,
qui n’avions pas renoncé à notre héritage

au bord de la tombe ;
elle devait être contente

de ce groupe épars du pinceau et de la plume
qui n’avait pas nié les dons de sa naissance ;

elle devait être contente de nous,
car elle nous regardait avec bienveillance

sous le mouvement de ses voiles,
et elle tenait un livre.

[36]

Ah (dis-tu), c’est la Sagesse Sacrée,
Santa Sophia, le SS du Sanctus Spiritus,

ainsi, raisonnement simpliste, logique
le symbole incarné du Saint Esprit ;

ton Saint Esprit était un pommier
qui brûlait — ou plutôt bourgeonne à présent

de fleurs ; le fruit de l’Arbre ?
c’est la nouvelle Ève qui vient

pour rendre, pour récupérer
ce qu’elle a perdu pour la race,

abandonnée au péché, à la mort ;
elle apporte le Livre de la Vie, évidemment.

***

So she must have been pleased with us,
who did not forgo our heritage

at the grave-edge ;
she must have been pleased

with the straggling company of the brush and quill
who did not deny their birthright;

she must have been pleased with us,
for she looked so kindly at us

under her drift of veils,
and she carried a book.

Ah (you say), this is Holy Wisdom,
Santa Sophia, the SS of the Sanctus Spiritus,

so by facile reasoning, logically
the incarnate symbol of the Holy Ghost;

your Holy Ghost was an apple-tree
smouldering—or rather now bourgeoning

with flowers; the fruit of the Tree?
this is the new Eve who comes

clearly to return, to retrieve
what she lost the race,

given over to sin, to death;
she brings the Book of Life, obviously.

(Hilda Doolittle)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je voudrais que mes livres bourgeonnent après ma mort (Luc Dietrich)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2018




Je voudrais que mes livres bourgeonnent après ma mort,
que des amitiés me poussent un peu partout,
et qu’ils me tendent la main au travers de la page,
quand ils remarqueront : « Il avait tout de même quelquefois raison ! »
En même temps que mon cadavre se détendrait dans une nuit liquide,
les amis poussent tout vivants, eux, me prêtant vie, avec ma voix écrite.

(Luc Dietrich)

Illustration: Vladimir Kush

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

L’AMANDE (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



 

L’AMANDE

Un miracle à portée des sens bourgeonne dans l’air nu —
noyau de lait.

L’oeil le voit accroché à une branche déserte et l’aime pour sa nuance.

Mais que dire des lèvres réduites à l’hésitation ?
Une saveur virtuelle les frôle, tandis que cinq phalanges
rigides prétendent au pouvoir d’une main.

Ni hâte ni lenteur : où veillait une flamme converge le désir.

Je n’invente rien.

Gagée par l’arbre, une promesse est accomplie.

Dureté et délice ont commencé de joindre les dents et l’amande.

(Jules Tordjman)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LES FRUITS DU CORPS (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2017



LES FRUITS DU CORPS
(extraits)

Le lit constellé
vogue par à-coups
Partant du nombril
la Grande Ourse
et juste au-dessus de la hanche
l’étoile du berger

*

Par vagues insensées
tu te découvres
Je sens mes cheveux pousser
L’île est en vue
J’écarte les touffes de la toison
et m’accorde du miel
le subtil rayon

*

Je n’imagine rien
Je n’invente rien
Je crois sur-le-champ
Je vois et touche
l’objet de ma croyance
ce divin pubis

*

Comme un lierre fou
je m’enroule
autour de tes branches
Ton écorce s’attendrit
et s’ouvre
Goutte à goutte
je reçois ta sève
Un moment
et je commence à bourgeonner

*

Au fond des iris
lestes et radieux
on dirait la vulve
réjouie de sa soif

*

Arbre de chair
savant de volupté
Il s’étire
vers la cime
et l’abîme
Coupe l’infini
en deux

*

Celui qui n’a jamais
goûté à l’interdit
qu’il me jette
la première pomme

*

Misérables hypocrites
qui montez au lit
du pied droit
et invoquez le nom de Dieu
avant de copuler
De la porte
donnant sur le plaisir
vous ne connaîtrez
que le trou aveugle
de la serrure

*

Que restera-t-il de la collision
Après l’embrasement
que lira-t-on dans les cendres?
La chair
s’est détachée de la chair
Arbre déraciné
l’homme gît
auprès de la femme

(Abdellatif Laâbi)

Illustration: Takahiro Hara

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Greffé sur l’œil (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2016



Greffé sur l’œil

Sur ton œil est greffée
la brindille qui signalait aux forêts le chemin :
sœur dans la fratrie des regards
elle fait bourgeonner la pousse,
la noire.

À perte de ciel la paupière se galbe sous ce printemps.
À perte de paupière le ciel s’étire,
en dessous, à l’abri du bourgeon,
l’Éternel laboure,
le Seigneur.

Écoute bien le soc, écoute.
Écoute bien : il crisse
sur la larme, dure, claire,
la larme immémorable.

(Paul Celan)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La pauvreté me dévisage (Bernard Perroy)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2016



La pauvreté me dévisage
et je ne sais pas
si elle vient de moi
ou de cet homme
assis sur le trottoir,

tandis que sa voix
et la mienne se perdent
dans la rue qui bourdonne
comme pour mieux nous faire saisir
ce silence d’empathie
qui bourgeonne de nos deux coeurs.

**

Poverty stares at me
and I don’t know
if it comes from me
or that man
sitting on the sidewalk,

while his voice
and mine are lost
in the buzzing street
as if to better seize us
this silence of empathy
budding of our two hearts.

(Bernard Perroy)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les arbres bourgeonnent (Shiki)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2016



 

Les canons tonnent
Et tonnent
Les arbres bourgeonnent

(Shiki)

 

Posted in haïku, poésie | Tagué: , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :