Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘bourreau’

UNE EXECUTION INTIME (Georges Henein)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2022



 

_Paris_V_boulevard_Arago_rwk [1280x768]

UNE EXECUTION INTIME

c’est un instant toujours émouvant
que celui où l’on se demande
certains matins
si l’on va pouvoir reconnaître la vie

si les choses ont gardé la même place
si les places ont gardé le même nom
et s’il reste quelque part un miroir de secours
où l’on cesserait enfin de se voir
où l’on verrait plus loin que soi

alors c’est comme si l’on s’avançait tout seul
Boulevard Arago
à l’aube
pour une exécution intime
et l’on n’éprouve aucun soulagement
à l’idée que le bourreau n’est pas là

et pourtant tout à coup on se retourne
c’est bon signe
on se croyait suivi
il y a donc des gens qui en suivent d’autres
il y a donc une suite et c’est tout ce que l’on voulait savoir

dans les sous-bois du langage
une voix cherche à dire
le premier mot de la journée
comme on cherche sa clé
sur le palier dans le noir

on n’hésite plus
on mise sur cet objet perdu
sur cette voix déjà proche des faubourgs
sur l’étrangère qui s’appuie aux affiches lacérées de la vie
mais sur quoi ne s’appuierait-on pas ce matin ?
sur quelle blessure ?
— sur quel outrage ?

(Georges Henein)

Illustration

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

TRAGIQUE DU TEMPS (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2022




TRAGIQUE DU TEMPS

La porte si forte des prisons
le vent passe dessous quand même
parfois aussi un pâle soleil
en un vieux temps nuance les plis
d’une robe de bourreau.
Dans un bourg de vacances
commence à jouer une harmonie
tandis qu’ayant posé sa houe
assis un journalier contemple
les exécutants pacifiques
voués au massacre
dans l’année
disant croire à leurs âmes éternelles
à leurs corps ressuscitant.

(Jean Follain)

Illustration: Maurice Denis

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je trahirai demain (Marianne Cohn)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2022



Je trahirai demain, pas aujourd’hui.

Aujourd’hui, arrachez-moi les ongles,
Je ne trahirai pas.
Vous ne savez pas le bout de mon courage,
Moi, je sais.
Vous êtes cinq mains dures avec des bagues,
Vous avez aux pieds des chaussures avec des clous.

Je trahirai demain. Pas aujourd’hui.
Demain

Il me faut la nuit pour me résoudre
Il me faut pas moins d’une nuit
Pour renier, pour abjurer, pour trahir
Pour renier mes amis
Pour abjurer le pain et le vin
Pour trahir la vie,
Pour mourir.
Je trahirai demain. Pas aujourd’hui.
La lime est sous le carreau
La lime n’est pas pour le bourreau,
La lime n’est pas pour le barreau,
La lime est est pour mon poignet.
Aujourd’hui je n’ai rien à dire.

Je trahirai demain.

(Marianne Cohn)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE LUNATIQUE (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2022



    

LE LUNATIQUE

Le soleil amorti s’absorbe dans la brume;
Ainsi qu’un astre mort mon amour s’est couché.
Le long des quais salis l’aveugle nuit s’allume;
Mon coeur est aussi vieux qu’Hérode et son péché.

Chaque vivant, moyeu d’un univers caché,
Bat, victime et bourreau, son malheur sur l’enclume;
Et les visages gris sont des flocons d’écume
Dans le noir flot humain sur l’asphalte épanché.

Amour, où sommes-nous? Est-il sûr que nous sommes? La
lune qui pâlit d’avoir pitié des hommes
Au bord des toits déserts verse un sanglot d’argent.

Et l’oeil fou des cités regarde sans envie,
Froidement lumineux et fixement changeant,
Cet astre déjà mort et plus pur que la vie.

(Marguerite Yourcenar)

 

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

MARIE (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2021



MARIE

Si luisent les armes de ta chair
Je vois d’un coup le pique noir
De ton secret de reine de cartes
Mon coeur fermé s’ouvre

O prairie de velours et vous les perfidies
Les jeux secrets et les violences
De vous j’étais ignorant
Du bourreau et de la potence

(Pierre Morhange)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

PORTEURS DE CICATRICES (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2020



Illustration: Akbar Behkalam
    
Poem in French, Dutch, Spanish, English, Italian, German, Portuguese, Sicilian, Romanian, Polish, Greek, Chinese, Arab, Hindi, Japanese, Farsi, Bulgarian, Icelandic, Russian, Malaya, Filipino, Hebrew, Tamil
Poem of the Week Ithaca 639
by Andrée Chedid, Egypte-France (1920-2011)

– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt –
PORTEURS DE CICATRICES

Les morts aux visages rompus se redressent
La langue des humiliés se gonfle
Orageuse se lève la marée des victimes

Mais prenez garde porteurs de cicatrices!

Éteignez dans vos chairs les volcans de la haine

Piétinez l’aiguillon et crachez le venin
qui vous apparenteraient un jour aux bourreaux

Étouffez ces clairons ces sonneries qui forcent la ressemblance qui commandent le talion

Questionnez vos viscères
Percez vos propres masques

Soyez autres!

***

DRAGERS VAN LITTEKENS

De doden met stukgeslagen gezichten staan weer op
De tong van de vernederden zwelt op
Stormachtig stijgt het getij van de slachtoffers

Maar wees op jullie hoede, dragers van littekens!

Doof in jullie vlees de vulkanen van de haat

Vertrap de angel, spuw het gif uit
dat jullie ooit op de beulen zou doen lijken

Demp het klaroengeschal dat tot gelijkenis dwingt, tot weerwraak leidt

Bevraag jullie ingewanden
Doorprik jullie eigen maskers

Wees anders!

Dutch translation Germain Droogenbroodt

***
LOS PORTADORES DE CICATRICES

Los muertos con rostros destrozados se levantan
La lengua de los humillados se inflama
Tormentosa se alza la marea de las víctimas

¡Pero cuidado con los portadores de cicatrices!

Apaguen en su carne los volcanes del odio

Pisoteen el aguijón y escupan el veneno
que un día les hiciera parecer verdugos

Sofoquen esos clarines, esos toques de llamada,
que con fuerza remiten a la orden de represalia

Cuestionen sus entrañas
Perforen sus propias máscaras

¡Sean otros!

Traducción Rafael Carcelén

***

BEARERS OF SCARS

The dead with broken faces rise up
The tongue of the humiliated swells
The stormy tide of victims rises

But beware bearers of scars

Extinguish in your flesh the volcanoes of hate

Stomp the sting and spit out the venom
that would one day make you look like the executioners

Silence those bugles, those bells forcing sameness commanding vengeance

Question your guts
Rip off your masks

Be different.
English translation Stanley Barkan

***

***

LATORI DI CICATRICI

I morti con i volti rotti si risollevano
la lingua degli umiliati si gonfia
Cresce la marea tempestosa delle vittime

Prestate attenzioneai latori di cicatrici

Nella tua carne spegni i vulcani dell’odio

Calpesta il pungiglionee sputa il veleno
che un giorno potrà farti apparire come uno dei boia

Silenzia le trombe,quelle campaneche impongono somiglianza
costringono alla vendetta

Interroga le tue viscere
esci fuori dalle tue stesse maschere

Sii diverso.

Traduzione di Luca Benassi

***

DIE NARBENTRÄGER

Die Toten mit gebrochenen Gesichtern erheben sich
Die Zunge der Erniedrigten schwillt
Stürmisch steigt die Flut der Opfer

Aber gebt acht, Träger der Narben!

Löscht in eurem Fleisch die Vulkane des Hasses

Zertretet den Stachel und spuckt aus das Gift
das euch eines Tages dem Henker gleich machen würde

Dämpft die Schalmeien, dieses Tönen,
das zur Ähnlichkeit zwingt, zur Vergeltung befiehlt

Befragt eure Eingeweide
zerreißt eure Masken

Seid anders!

Übersetzung Wolfgang Klink

***

OS PORTADORES DE CICATRIZES

Os mortos com rostos destroçados se levantam
A língua dos humilhados se inflama
Tormentosa se levanta a maré das vítimas

Mas cuidado com os portadores de cicatrizes!

Apaguem nas suas carnes os vulcões do ódio

Pisoteiem o aguilhão e cuspam o veneno
que um dia vos fez parecer verdugos

Sufoquem esses clarins, esses toques de chamada,
que com força remetem à ordem de represália

Questionem as suas entranhas
Perfurem suas próprias máscaras

Sejam outros!

Tradução ao Português: José Eduardo Degrazia

***

PUTTATURI DI CICATRICI

Li morti cu li facci rutti si iazzanu
Li lingui di li umiliati unchianu
La marea timpistusa nchiana

Ma stati attenti a chiddi chi hannu cicatrici

Astutati li vulcani di l’odiu supra la vostra peddi

Scalpisati lu bruciuri e sputati lu vilenu
Ca un jornu vi putissi mparintari cu li carnefici

Faciti zzittiri li trummi chi forzanu la summigghianza ca dumanna lu tagghiuni

Dumannati a li vostri visciri,
spunnati li maschiri

Canciativi in autri.

Traduzion i di Gaetano Cipolla

***

PURTĂTORI DE CICATRICI

Cu fețe strâmbemorții se ridică,
Se umflă limba umiliților,
Vijelios se înalță valul înfrânților.

Luați seama,purtători de cicatrici!

Stingeți în propria carnevulcanii vrăjmășiei,

Striviți sub talpă acul și apoi scuipați veninul
Care, într-o bună zi, vă va schimba-ncălăi.

Înăbușiți sunetul goarnelor, acel semnalde răzbunareîncolonată,

Lăsați-vă purtați de vocea interioară
Și, rupându-vă masca,

Fiți diferiți!

Traducere: Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

NOSICIELE BLIZN

Martwipowstają z rozdartymi twarzami
Język upokorzonych nabrzmiewa

Burza wzbierafalą ofiar
Lecz strzeżcie się nosicieli blizn!

Zgaście w swych ciałach wulkany nienawiści

Zdepczcie żądło i wyplujcie jad
który pewnego dnia upodobniłby was do katów

Stłumcie trąbki,dzwonyodbierające wam siebie pchające do odwetu

Wsłuchajcie się w swoje wnętrza
Rozkujcie własne maski

Bądźcie inni!

Przekład na polski: Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka

***

ΣΗΜΑΔΕΜΕΝΟΙ

Σπασμένα πρόσωπα, οι νεκροί, σηκώνονται
γλώσσα ταπεινωμένων εξογκωμένη
φουσκώνει η παλλίρρια θυμάτων
προσοχή μόνο στους σημαδεμένους
το ηφαίστειο του μίσους
απέρριψε από μέσα σου
ποδοπάτησε το κεντρί και φτύσε το φαρμάκι
που μια μέρα σε κάνει ίδιο με τους εκτελεστές
αποσιώπησε τις ηχηρές καμπάνες
που την εκδίκηση αποζητούν

αναρωτήσου
απόρριψε τη μάσκα σου
γίνε ο άλλος

ΜετάφρασηΜανώληΑλυγιζάκη//translated by Manolis Aligizakis

***

伤痕累累的人

破脸的死人站了起来
受辱的舌头鼓了出来

受害者的风潮汹涌而起
但要当心伤痕累累的人
在你的肉体中熄灭仇恨的火山
踩毁毒刺而吐出毒液
总有一天毒液会使你变得像刽子手一样
让那些号角、那些强迫雷同号令复仇的钟声沉静下来
追问你的本心
撕开你自己的面具
独立群外。

Chinese translation William Zhou

***

الموتى ذوو الوجوه المشوهة ينهضون،
ألسنة المهانين تنتفض
عاصفا، يعلو مدُّ الضحايا.
لكن حذار يا أصحاب الجراح القديمة
أخمدوا في دواخلكم براكين الكراهية
اسحقوا العقرب
وابصقوا السم الذي قد يؤاخيكم بالجلادين.
اخرسوا هذه الأبواق
وهذه الأجراس التي تحيي هوس الثأر
سائلوا أحشاءكم
اثقبوا أقنعتكم
كونوا آخرين!
Arabic translation Amal Bouchareb

***

दाग़ के वाहक

टूटे हुए चेहरों वाले मुर्दे उठ जाते हैं
अपमानित की जीभ सूज जाती है l

पीड़ितों की तूफानी लहर उठती है
लेकिन दागों से सावधान रहें
अपने मांस में घृणा के ज्वालामुखी बुझाओ
डंक मारना और जहर बाहर थूकना
एक दिन तुम जल्लादों की तरह दिखते हो

उन बगलों को मौन कर दें, जो लोग सामर्थ्य को प्रतिशोध के लिए मजबूर करते हैं

अपनी हिम्मत पर सवाल उठाएं
अपने खुद के मुखौटे चीर
अलग बनो।

Hindi translation by Jyotirmaya Thakur

***

傷を持つ者

つぶれた顔の死体が浮かび上がる
屈辱を受けた者の舌は腫れ上がっている

嵐のような犠牲者の潮は満ちる
しかし傷を持った人のことに気づきなさい

あなたの身体の中の憎しみの火山を消すのだ
棘を踏みつけ毒を吐きだせ

その毒はいつかあなたを死刑執行人のような顔にするだろうから
自由を奪い、復讐を命じるそのラッパと鐘を止めるのだ

自らの腹に聞いてみるがいい
その仮面を脱ぎ捨て目を見開くのだ

自分自身であれ

Japanese translation Manabu Kitawaki

***

حاملین زخم ها
مردگان با صورتهای شکسته بپا می خیزند
زبان تحقیرشدگان متورم میشود
موج طوفان قربانیان برمیخیزد
اما مراقب باشید ای حاملین زخمها
آتشفشانهای نفرت را در خود خاموش کنید
نیش را بزنید و زهر را بیرون بکشید
که یک روز شما را شبیه اعدام کنندگان می کند

آن شیپورها را خاموش کنید، آن زنگ هایی که یکنواختی را تحمیل می کنند

فرمان انتقام بکشند ،
احساسات درونی خود را زیر سوال ببرید

نقابتان را بردارید
متفاوت باشید.

Farsi translation by Sepideh Zamani

***

НОСИТЕЛИ НА БЕЛЕЗИ

Мъртвите със счупени лица се надигат
Езикът на унизените се подува
Бурният прилив на жертвите расте
Но пазете се носители на белези

Загасете в своята плът вулканите на омразата
Стъпете върху жилото и изкарайте отровата
не правете така, че да изглеждате като палачи

Заглушете тези тръби, тези камбани на еднаквостта и отмъщението

Попитайте същността си
Разкъсайте маските си

Бъдете различни.

превод от английски: Иван Христов
Bulgarian translation Ivan Hristov

***

ÞIÐ SEM BEREIÐ ÖRIN

Lík með sundurtætt andlit rísa upp
Tunga undirokaðra þrútnar
Ofsafengin flóðbylgja fórnarlamba rís

En gætið ykkar þið sem berið örin!
Slökkvið hatursgígana í holdinu

Fótumtroðið broddinn og skyrpið eitrinu
sem einn daginn mundu gera ykkur að böðlum

Kæfið herlúðrana bjöllurnar
sem troða öllum í sama mót
og krefjast svara í sömu mynt

Leitið inn á við
Flettið sjálfa ykkur grímunum

Breytið ykkur!

Islandic translation Þór Stefánsson

***
ЛЮДИ СО ШРАМАМИ

Снова поднимутся мертвые с битыми лицами.

Западут языки у поверженных.

Поднимется бурно волна пострадавших людей.
Берегитесь, однако, вы, люди со шрамами!
Затушите вулканную ненависть в плоти.
Вырвите жало и выплюньте из себя яд,
или когда-нибудь сделает это из вас палачей.

Глушите звук колокола, что зовет к одинаковости и ведет к возмездию.

Загляните внутрь себя с вопросом.

Порвите маски.

Станьте другими!

Russian translation by Daria Mishueva

***

malayan

***

Tagadala ng mga pilat

Ang mga patay na durog ang mukha ay nagsibangon
Ang dila ng mga ipinahiya gustong sumigaw

Naghuhumulagpos ang galit sa mga biktima
Subalit mag-ingat sa mga tagapagdala ng pilat

Patayin mo sa iyong laman ang bulkan ng pagkamuhi

Yurakan ang mga nangangagat at ilura ang mga lason
Na isang araw magmukha ka ring kagaya ng mga taga-usig
Patahimikin ang mga nag-iingay, yaong mga kampanang nag-uudyok ng paghihiganti

Saan nanggagaling ang lakas ng iyong loob
Wasakin mo ang sarili mong maskara

Huwag mong tularan ang iba.

Filipino translation Eden Soriano Trinidad

***

נושאי הצלקות

הַמֵּתִים, בְּפָנִים שְׁבוּרוֹת, מִתְקוֹמְמִים
לְשׁוֹן הַמֻּשְׁפָּלִים מִתְנַפַּחַת

עוֹלָה הַגֵּאוֹת הַסּוֹעֶרֶת שֶׁל קָרְבָּנוֹת
אַךְ הִזָּהֲרוּ נוֹשְׂאֵי הַצַּלָּקוֹת
כַּבּוּ בִּבְשַׂרְכֶם אֶת הָרֵי הַגַּעַשׁ שֶׁל הַשִּׂנְאָה
רִמְסוּ בְּרַגְלֵיכֶם אֶת הָעֹקֶץ וְרִקְקוּ אֶת הָאֶרֶס
שֶׁיּוֹם אֶחָד יִגְרְמוּ לָכֶם לְהֵרָאוֹת כְּמוֹ הַתַּלְיָנִים

הַשְׁתִּיקוּ אֶת הַחֲצוֹצְרוֹת הָהֵן, אוֹתָם פַּעֲמוֹנִים שֶׁכּוֹפִים זֶהוּת מְצַוִּים

נְקָמָה
פַּקְפְּקוּ בִּתְחוּשׁוֹתֵיכֶם
פִּקְּחוּ עֵינֵיכֶם
הֱיוּ שׁוֹנִים.

Hebrew translation Dorit Weisman

***

தழும்புகளைச் சுமப்பவர்கள்!

உடைந்த முகங்களுடன் இறந்தவர்கள் எழுகின்றனர்
இழிவுபடுத்தப்பட்டவர்களின் நாக்குகள் பொங்கி எழுகின்றன
பாதிக்கப்பட்டவர்களின் புயல் அலைகள் எழுகின்றன
தழும்புகளைச் சுமப்பவர்களே எச்சரிக்கையாக இருங்கள்!
வெறுப்பு என்ற எரிமலைதனை உங்கள் தசைகளில் அணைத்துவிடுங்கள்

வன்மத்தை காலடியில் மிதித்துத், துப்பி விடுங்கள்!
ஒருநாள் உங்களைத் தூக்கிலிடுபவர்களெனக் காட்டும்!
அந்த காற்று இசைக்கருவியை மூடி வையுங்கள்
பழிதீர்ப்பதற்கு உதவும் மணிகளை முடக்கி வையுங்கள்
உங்களது தைரியத்தைச் சோதித்துப் பாருங்கள்!
உங்கள் முகத்திரையை மாற்றுங்கள்
மாறுபட்டவராக இருந்து பழகுங்கள்!

Tamil translation Subbaraman NV

(Andrée Chedid)

 

Recueil: ITHACA 639
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je sais parce que je le dis (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2020




    
Je sais parce que je le dis
Que mes désirs ont raison
Je ne veux pas que nous passions
A la boue
Je veux que le soleil agisse
Sur nos douleurs qu’il nous anime
Vertigineusement
Je veux que nos mains et nos yeux
Reviennent de l’horreur ouvertes pures

Je sais parce que je le dis
Que ma colère a raison
Le ciel a été foulé la chair de l’homme
A été mise en pièces
Glacée soumise dispersée
Je veux qu’on lui rende justice
Une justice sans pitié
Et que l’on frappe en plein visage les bourreaux
Les maîtres sans racines parmi nous

Je sais parce que je le dis
Que mon désespoir a tort
Il y a partout des ventres tendres
Pour inventer des hommes
Pareils à moi
Mon orgueil n’a pas tort
Le monde ancien ne peut me toucher je suis libre
Je ne suis pas un fils de roi je suis un homme
Debout qu’on a voulu abattre

(Paul Eluard)

 

Recueil: Poésie ininterrompue
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le visage triomphant (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2019



Le visage triomphant

L’ombre se couche sur nos plaines,
S’allonge dans nos puits, annule nos maisons.
La vie est trop nombreuse, la barque trop fragile
Pour traverser seul les images et le temps.

Parfois tu deviens fleuve où rien ne se reflète.
Tu deviens sables étourdis par le vent.
Sous l’étoile impassible : ce passant qui chancelle,
Ce chêne sans oiseau, cet oiseau sans allié.
Tu revois tu revois les prairies qui saignent,
Longue est la misère brèves sont nos cités.
Les amours se dénouent le soleil reste le même,
Tu ne vois nulle part le bourreau terrassé.

La vie est trop nombreuse, la barque trop fragile
Pour traverser seul les images et le temps.
Mais toujours on trouve une voix pour la sienne,
Mais toujours on trouve un regard pour sa peine.
Je chante le visage triomphant.

(Andrée Chedid)


Illustration: Pierre Paul Rubens

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Né En 17 à Leidenstadt (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2019




Né En 17 à Leidenstadt

{Refrain:}
Et si j’étais né en 17 à Leidenstadt
Sur les ruines d’un champ de bataille
Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens
Si j’avais été allemand ?

Bercé d’humiliation, de haine et d’ignorance
Nourri de rêves de revanche
Aurais-je été de ces improbables consciences
Larmes au milieu d’un torrent

Si j’avais grandi dans les docklands de Belfast
Soldat d’une foi, d’une caste
Aurais-je eu la force envers et contre les miens
De trahir: tendre une main

Si j’étais née blanche et riche à Johannesburg
Entre le pouvoir et la peur
Aurais-je entendu ces cris portés par le vent
Rien ne sera comme avant

On saura jamais c’qu’on a vraiment dans nos ventres
Caché derrière nos apparences
L’âme d’un brave ou d’un complice ou d’un bourreau?
Ou le pire ou plus beau ?
Serions-nous de ceux qui résistent ou bien les moutons d’un troupeau
S’il fallait plus que des mots ?

{au Refrain}

Et qu’on nous épargne à toi et moi si possible très longtemps
D’avoir à choisir un camp

(Jean-Jacques Goldman)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Propos du prisonnier (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2019




    
Propos du prisonnier

Raies de lumière sur nos murs
coincées dans l’ombre des barreaux
vous expliquez cette aventure
où tout l’amour semble de trop

nuit verrouillée sans ouverture
tu régnerais dans nos cachots
rien que la nuit la nuit qui mure
battant du pas de nos bourreaux

la moindre fente qui répand
cette chaleur d’un monde clair
vaudra toujours tout le ciment
où tourne en rond notre colère.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :