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Poésie

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Quand rapidement elle passa près de moi (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2021




    
Quand rapidement elle passa près de moi, le bout de sa robe me frôla.
Comme d’une île inconnue vint de son coeur une soudaine et chaude brise de printemps.
Un souffle fugitif me caressa, et s’évanouit, tel s’envole au vent le pétale arraché à la fleur.
Il tomba sur mon coeur comme un soupir de son corps et un murmure de son âme.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil:Le jardinier d’amour La jeune Lune
Traduction: Mme Sturge Moore
Editions: Gallimard

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LA DISTRIBUTION (Nikiforos Vrettakos)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2021



Illustration: Nikiforos Vrettakos

    

LA DISTRIBUTION

Il est peu probable que l’on me demande
ce que j’ai fait de mon âme. Je dois
cependant une réponse avant de clore ce monologue
en vers.

Eh bien
mon âme, je l’ai découpée avec un ciseau douloureux en mille
petites feuilles, en mille petits bouts de papier, en mille éclairs
et la distribue aux passants.

(Nikiforos Vrettakos)

 

Recueil: Mon soleil
Traduction: Traduit du grec par Ioannis Dimitriadis
Editions: ainigma.net

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Je recueille bout par bout (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2021



Abdellatif Laâbi    
    
Je recueille bout par bout
ce qui subsiste en moi
Tessons de colère
lambeaux de passion
escarbilles de joie
Je couds, colle et cautérise
Abracadabra !
Je suis de nouveau debout
Pour quelle autre bataille ?

(Abdellatif Laâbi)

 

Recueil: L’arbre à poèmes Anthologie personnelle 1992-2021
Traduction:
Editions: Gallimard

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Epuisé de ne rien comprendre à ma vie… (Guy Chambelland)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2021



Illustration: Christiane Guicheteau

    

Epuisé de ne rien comprendre à ma vie…

Epuisé de ne rien comprendre à ma vie
Je pourrais m’en inventer une autre
Cela s’est vu

Mais qu’en ferais-je ?
Nulle envie
D’aller plus loin plus haut plus vite que le temps
qui met dix ans à faire une heure vive
Mais n’est pas là lorsque la balle arrive

J’ai besoin du train-train de la métaphore
Il me faut être ce buisson
Qui marche dans le feu mais jamais ne flamboie
Qui pense et ne se pense pas

Je ne peux me passer de ma souffrance
De veilleur sans fenêtre
Il faut que jusqu’au bout je sache
Que j’existe et que je meurs
Malgré moi.

(Guy Chambelland)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil:
Traduction:
Editions:

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Les gens qui doutent (Anne Sylvestre)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2020




    
Les gens qui doutent

J’aime les gens qui doutent
Les gens qui trop écoutent
Leur cœur se balancer
J’aime les gens qui disent
Et qui se contredisent
Et sans se dénoncer

J’aime les gens qui tremblent
Que parfois ils nous semblent
Capables de juger
J’aime les gens qui passent
Moitié dans leurs godasses
Et moitié à côté

[Refrain]
J’aime leur petite chanson
Même s’ils passent pour des cons

J’aime ceux qui paniquent
Ceux qui sont pas logiques
Enfin, pas comme il faut
Ceux qui, avec leurs chaînes
Pour pas que ça nous gêne
Font un bruit de grelot

Ceux qui n’auront pas honte
De n’être au bout du compte
Que des ratés du cœur
Pour n’avoir pas su dire :
« Délivrez-nous du pire
Et gardez le meilleur »

[Refrain]
J’aime leur petite chanson
Même s’ils passent pour des cons

J’aime les gens qui n’osent
S’approprier les choses
Encore moins les gens
Ceux qui veulent bien être
Qu’une simple fenêtre
Pour les yeux des enfants

Ceux qui sans oriflamme
Et daltoniens de l’âme
Ignorent les couleurs
Ceux qui sont assez poires
Pour que jamais l’histoire
Leur rende les honneurs

[Refrain]
J’aime leur petite chanson
Même s’ils passent pour des cons

J’aime les gens qui doutent
Mais voudraient qu’on leur foute
La paix de temps en temps
Et qu’on ne les malmène
Jamais quand ils promènent
Leurs automnes au printemps

Qu’on leur dise que l’âme
Fait de plus belles flammes
Que tous ces tristes culs
Et qu’on les remercie
Qu’on leur dise, on leur crie :
« Merci d’avoir vécu
Merci pour la tendresse
Et tant pis pour vos fesses
Qui ont fait ce qu’elles ont pu »

(Anne Sylvestre)


  
voir chez Luciole ici un bel hommage au fils d’Anne assassiné au Bataclan

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LES BOTTINES (Alphonse Daudet)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2020




    
LES BOTTINES.

…Ce bruit charmant des talons qui
résonnent sur le parquet : clic ! clac ! est
le plus joli thème pour un rondeau.

GŒTHE, Wilhelm Meister.

I.

Moitié chevreau, moitié satin,
Quand elles courent par la chambre,
Clic ! clac !
Il faut voir de quel air mutin
Leur fine semelle se cambre.
Clic ! Clac !

Sous de minces boucles d’argent,
Toujours trottant, jamais oisives,
Clic ! clac !
Elles ont l’air intelligent
De deux petites souris vives.
Clic ! clac !

Elles ont le marcher d’un roi,
Les élégances d’un Clitandre,
Clic ! clac !
Par là-dessus, je ne sais quoi
De fou, de railleur et de tendre.
Clic ! clac !

II.

En hiver au coin d’un bon feu,
Quand le sarment pétille et flambe,
Clic ! clac !
Elles aiment à rire un peu,
En laissant voir un bout de jambe.
Clic ! clac !

Mais quoique assez lestes, – au fond,
Elles ne sont pas libertines,
Clic ! clac !
Et ne feraient pas ce que font
La plupart des autres bottines.
Clic ! clac !

Jamais on ne nous trouvera,
Dansant des polkas buissonnières,
Clic ! clac !
Au bal masqué de l’Opéra,
Ou dans le casino d’Asnières.
Clic ! clac !

C’est tout au plus si nous allons,
Deux fois par mois, avec décence,
Clic ! clac !
Nous trémousser dans les salons
Des bottines de connaissance.
Clic ! clac !

Puis quand nous avons bien trotté,
Le soir nous faisons nos prières,
Clic ! clac !
Avec toute la gravité
De deux petites sœurs tourières.
Clic ! clac !

III.

Maintenant, dire où j’ai connu
Ces merveilles de miniature,
Clic ! clac !
Le premier chroniqueur venu
Vous en contera l’aventure.
Clic ! clac !

Je vous avouerai cependant
Que souventes fois il m’arrive,
Clic ! clac !
De verser, en les regardant,
Une grosse larme furtive.
Clic ! clac !

Je songe que tout doit finir,
Même un poème d’humoriste,
Clic ! clac !
Et qu’un jour prochain peut venir
Où je serai bien seul, bien triste,
Clic ! clac !

Lorsque, – pour une fois,
Mes oiseaux prenant leur volée,
Clic ! clac !
De loin, sur l’escalier de bois,
J’entendrai, l’âme désolée :
Clic ! clac !

(Alphonse Daudet)

 

Recueil: Les amoureuses
Traduction:
Editions:

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Au bout du chemin aux herbes sauvages (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2020




    
Au bout du chemin aux herbes sauvages,
Vide est la cabane qui cachait l’amour.
Restent en nous d’anciens mots échangés ;
La vie ne cesse, elle, de tourner la page.

(François Cheng)

 

Recueil: Enfin le royaume
Traduction:
Editions: Gallimard

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Toujours cette soif non étanchée (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2020



Illustration

Toujours cette soif non étanchée ;
Toujours ce sous-sol non irrigué.
Fruit ni pluie n’est d’un secours. À moins
Qu’au bout de tout la source ne revienne…

(François Cheng)

Recueil: Enfin le royaume
Traduction:
Editions: Gallimard

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CAPTURE FACILE (Reiner Kunze)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2020




    
Poem in French, Dutch, Spanish, English, Italian, German, Portuguese, Sicilian, Romanian, Polish, Greek, Chinese, Arab, Hindi, Japanese, Farsi, Bulgarian, Icelandic, Russian, Filipino, Hebrew, Tamil, Kurdish, Bangla, Gujarati

Poem of the Week Ithaca 650
« Leichte Beute », Reiner Kunze, 1933

aus: „Die Stunde mit dir selbst“
S. Fischer Verlag 2018

– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt –

***

CAPTURE FACILE

Ils s’accrochent à leur portable.

Du bout du doigt
peut s’afficher à l’écran
ce qui est et ce qui était.

Mais ils ne savent déjà plus
ce qu’ils ne savent plus.

(Reiner Kunze)

Traduction Elisabeth Gerlache
Translation into French by Elisabeth Gerlache

***

MAKKELIJKE BUIT

Ze houden zich aan hun mobieltje vast

Wat is en wat was
is opvraagbaar
met de vingertop

Maar ze weten al niet meer
wat ze niet meer weten

Vertaling Germain Droogenbroodt
Translation into Dutch by Germain Droogenbroodt

*****

PRESA FÁCIL

Se aferran a su teléfono móvil

Lo que es y lo que fue
es recuperable
con la punta del dedo

Pero no saben más
que lo que no saben

Traducción Germain Droogenbroodt
Translation into Spanish by Germain Droogenbroodt

***

EASY PREY

They hold on to their cell phone

What is and what was
is retrievable
at a fingertip

But already they don’t know any longer
what they no longer know

Translation into English by Germain Droogenbroodt

***

FACILE BOTTINO

Si stringono al telefono cellulare

ciò che è e ciò che era
è recuperabile
con il colpo di un polpastrello

ma semplicemente di piùnon conoscono
di ciò che ormai non sanno

traduzione di Luca Benassi
Translation into Italian by Luca Benassi

***
LEICHTE BEUTE

Sie halten sich am Handy fest

Was ist und war
ist abrufbar
mit der fingerkuppe

Doch sie wissen schon nicht mehr
was sie nicht mehr wissen

Reiner Kunze

***

PRESA FÁCIL

Dominados pelos seus celulares

O que é e o que foi
é logo encontrado
na ponta do dedo

Mas não sabem mais
do que já não sabem

Tradução ao português: José Eduardo Degrazia
Translation into Portuguese by José Eduardo Degrazia

***

FACILI GUADAGNI

Si tenunu ntê manu u cellulari
Chiddu chi è e fu
Si pò rividiri
Cliccanu cu nu jiditu
Ma iddi non sannu chiù
Nzoccu non sannu

Traduzioni in sicilianu di Gaetano Cipolla
Translation into Sicilian by Gaetano Cipolla

***

PRADĂ UȘOARĂ

Se țin de telefonul celular

Ce este și ce-a fost
se poate accesa
din buricul degetului

Dar ei deja numaiștiu
niciceanumenumaiștiu

Traducere Gabriela Căluțiu Sonnenberg
Translation into Romanian by Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

ŁATWA ZDOBYCZ

Uczepieni swojej komórki

Co jest i co było
odszukują
koniuszkiem palca

Ale sami już nie wiedzą
czego już nie wiedzą

Przekład na polski: Mirosław Grudzień — Małgorzata Żurecka
Translation into Polish by Mirosław Grudzień — Małgorzata Żurecka

***

ΕΥΚΟΛΑ ΘΥΜΑΤΑ

Κρατούνταφορητά

ότιειπώθηκε, ότιυπήρξε
ανακαλείται
στ’ άγγιγματουακροδαχτύλου

Κιόμωςκανδενγνωρίζουν πια
αυτόπουδενγνωρίζουν.

ΜετάφρασηΜανώληΑλυγιζάκη
Translation into Greek by Manolis Aligizakis

***

轻松掠夺

他们守住你的手机

现在的和过去的
用手指头
是可以检索的

他们已经不再懂得
他们不再懂的

英 译:比利时 杰曼·卓根布鲁特
汉 译:中 国 周道模 2020-9-18
Translation into Chinese by William Zhou

***

ضحية سهلة الانقياد

يمسكون هواتفهم المحمولة
وبنقرة زر.
يشاهدون ما كان وما يكون
لكنهم الآن لم يعودوا يعرفون
ما كان عليهم أن يعرفوه
.
ترجمتها عن الإنجليزية
سارة سليم
Translation into Arabic by Sarah Selim

***

आसान लूट

वे आपके सेल फोन पर पकड़ रखते हैं

क्या है और क्या था
शिकायत करने योग्य है
उंगलियों से

लेकिन उन्हें अभी कोई जानकारी नहीं है

वे अब नहीं जानते

Translation into Hindi by Jyotirmaya Thakur

***

よい餌食

彼らはスマホにしがみつく
そこでは現在と過去が
指先で簡単に取り出せる

しかし
知り得ないことがあることに
もはや気づかなくなっているのだ

Translation into Japanese by Dr. Manabu Kitawaki

***

غارت آسان

به تلفن همراهت دسترسی دارند
آنچه در آن هست و بود
بازیافتنی ست
با سرانگشتشان
اما آنها حتی دیگرنمی دانند
چیزهایی را دیگر نمیدانند

ترجمه: سپیده زمانی
Translation into Farsi by Sepideh Zamani

***

ЛЕСНА ПЕЧАЛБА

Те се държат за твоя мобилен телефон

Каквото е и каквото беше

е поправимо
с върха на пръста
Но те просто не знаят още
това което вече не знаят

превод от английски: Иван Христов
Translation into Bulgarian by Ivan Hristov

***

AUÐVELDBRÁÐ

Þauhalda á snjallsímunumsínum

Hvaðsem er oghvaðsem var
er hægtaðsækja
meðeinnisnertingu

Ennúorðið vita þau ekki lengur
hvaðþau vita ekki lengur

Translation into Icelandic by Þór Stefánsson

***
ЛЕГКАЯ ДОБЫЧА

Они вцепились в телефоны.

Чтоесть, чтобыло –
все доступно
одним нажатием пальца.

Но они уже не помнят
то, о чем только что забыли.

ПереводнарусскийязыкДарьиМишуевой
Translation into Russian by Daria Mishueva

***

MADALING NAKAWIN

Tangannila ang iyongcellponeano’tanuman
ay kayangbawiingamit ang dulo ng daliri
subalit hindi na nila alam
ang hindi na nilanalaman.

Translation in Filipino-Eden Soriano Trinidad

***

טֶרֶף קל

אַתָּהאוֹחֵזבְּחָזְקָהבַּנַּיָּד

מָהשֶׁיֵּשׁוּמָהשֶׁהָיָה
הוּא זָמִין
בִּקְצֵההָאֶצְבַּע

אֲבָלכְּבָרלֹאתֵּדַע
מָהשֶׁאֵינְךָיוֹדֵעַ

תרגום מאנגלית ומגרמנית: דורית ויסמן
Translation into Hebrew by Dorit Weissman

***

எளிமையான கொள்ளை
உங்களுடைய கைப்பேசியை
பிடித்துக் கொண்டுள்ளனர்
விரல் நுனிவழி
எதை எப்பொழுது
மீண்டும் கைப்பற்ற முடியுமா?
ஆனால் அவர்களுக்கு
இதுவரை தெரியாதது
இனிமேல் எப்பொழுதும்
எதுவும் தெரியாது!

Translation into Tamil by Dr. N V Subbaraman

***

TALANEKE SANAHÎ

Ew di bin fermana mobil de ne

Çî ye û çi bû
kanin bi gumkan
daxwaz bikin

Erê ew hîn bêtir nizanin
çidixwazinbêtirbizanin

Translation into Kurdish by Hussein Habasch

***

সহজলুণ্ঠন

ওরাআমার মুঠোফোনধরেরাখে

যাআছেযাছিল
পুনরুদ্ধারযোগ্য
অঙ্গুলি দিয়ে

কিন্তুশুধুতারাজানেনাআর
যেতারাআরজানেনা

অনুবাদজার্মেইনড্রোজেনব্রুড্ট

থেকে: « স্টুন্ডেমরদিরসেলিবস্ট »
এসফিশারভার্লাগ 2018
Translation into Bangla by Tabassum Tahmina Shagufta Hussein

***

સહેલો શિકાર

તેઓ જકડી રાખે છે મોબાઇલ ફોનને

શું હતું, શું છે
ખોળી શકાય તરતોતરત
આંગળીને ટેરવે
પરંતુ હવે તેમને જાણ નથી રહી
જેની તેમને જાણ નથી રહી હવે
-રાઇનર કુન્ઝ

Translation into Gujarati by Udayan Thakker

(Reiner Kunze)

 

Recueil: ITHACA 650
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

FRIENDS ITHACA
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Poland: http://www.poetrybridges.com.pl
France: https://arbrealettres.wordpress.com
Poland: http://www.poetrybridges.com.pl
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USA-Romania: http://www.iwj-magazine.com/journal02

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Coeur de bois (René de Obaldia)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2020



Illustration
    
Coeur de bois

Amandine si hautaine
Amandine au coeur de bois
Ce soir, je serai ton Roi.
Si tu veux, tu seras la Reine.

J’ai ôté mon tablier
J’ai mis mes plus beaux souliers
Dans ma poche des sous neufs
Pour les distribuer aux veufs

Comme trône j’ai le fauteuil
Du Grand Oncle Cancrelat
Qui fume dans son cercueil
Une pipe en chocolat.

Ma couronne vif argent
Vient tout droit du pâtissier.
Sur mes épaules flotte un drap
On se cachera dedans.

Le fauteuil est à roulettes
Quelle aubaine pour un Roi !
Je le déplace et les traîtres
Frappent au mauvais endroit.

Amandine, tes yeux verts
Illuminent toutes mes nuits.
Je voudrais t’écrire en vers
Quand je serai plus instruit

Amandine, tu m’as dit .
« Je viendrai sept heures sonnées.
Je viendrai dans ton grenier
Avec ma chemise à plis. »

L’heure passe et je suis là
Ma couronne pour les rats !
Ah ! ce bruit de patinette !
Mais non, ce n’est pas ici.

Le sang me monte à la tête
J’entends les cloches aussi.
Et pourtant, je suis le Roi !
Tu devrais, genou en terre,

Baiser le bout de mon drap
Et pleurer pour la manière !
« Madame, relevez-vous »
Te dirai-je noblement !

Et sur tes lèvres de houx
T’embrasserai jusqu’à cent.
L’heure fuit , mes oripeaux
Juste bons pour les corbeaux !

Amandine, tu te moques
Tu te ris toujours de moi.
Quand tu remontes tes socques
Je tremble et ne sais pourquoi…

Amandine, je vais mourir
Si vraiment tu ne viens pas.
Je t’ordonne de courir
De grandir entre mes bras !

Le silence, seul, répond
Aile blanche sur mon front.

Le grenier comme un navire
Se balance dans la nuit.
Le trône vide chavire
L’Oncle fume en son réduit.

Amandine sans foi ni loi
Amandine ne viendra pas.
Jamais elle ne sera Reine
D’Occident ou de Saba

Jamais elle ne régnera
Sur c’qu’il y a de plus sacré.
Peste noire ou choléra
Jamais ne pourra pleurer.

Et pourtant comme je l’aime
Amandine des chevaux d’bois
De Jean-Pierre et de Ghislaine
De tout le monde à la fois !

Et pourtant comme je l’aime
(À mes pieds tombe le drap)
Amandine si hautaine
Amandine au coeur de bois.

(René de Obaldia)

 

Recueil: Innocentines
Traduction:
Editions: Gracet & Fasquelle

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