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Poésie

Posts Tagged ‘bras’

À GYRINNO (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Francine Van Hove
    
À GYRINNO

Ne crois pas que je t’aie aimée.
Je t’ai mangée comme une figue mûre,
je t’ai bue comme une eau ardente,
je t’ai portée autour de moi comme une ceinture de peau.

Je me suis amusée de ton corps,
parce que tu as les cheveux courts,
les seins en pointe sur ton corps maigre,
et les mamelons noirs comme deux petites dattes.

Comme il faut de l’eau et des fruits,
une femme aussi est nécessaire,
mais déjà je ne sais plus ton nom,
toi qui as passé dans mes bras comme l’ombre d’une autre adorée.

Entre ta chair et la mienne, un rêve brûlant m’a possédée.
Je te serrais sur moi comme sur une blessure et je criais :
Mnasidika! Mnasidika! Mnasidika!

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard
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L’AMOUR (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Yuri Pysar
    
L’AMOUR

Hélas ! si je pense à elle, ma gorge se dessèche, ma tête retombe,
mes seins durcissent et me font mal, je frissonne et je pleure en marchant.

Si je la vois, mon coeur s’arrête, mes mains tremblent, mes pieds se glacent,
une rougeur de feu monte à mes joues, mes tempes battent douloureusement.

Si je la touche, je deviens folle, mes bras se raidissent, mes genoux défaillent.
Je tombe devant elle, et je me couche comme une femme qui va mourir .

De tout ce qu’elle me dit je me sens blessée.
Son amour est une torture et les passants entendent mes plaintes…
Hélas ! Comment puis-je l’appeler Bien-Aimée ?

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES SOINS JALOUX (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Marie Laurencin 

    

LES SOINS JALOUX

Il ne faut pas que tu te coiffes, de peur que le fer trop chaud ne brûle ta nuque ou tes cheveux.
Tu les laisseras sur tes épaules et répandus le long de tes bras.

Il ne faut pas que tu t’habilles, de peur qu’une ceinture ne rougisse les plis effilés de ta hanche.
Tu resteras nue comme une petite fille.

Même il ne faut pas que tu te lèves, de peur que tes pieds fragiles ne s’endolorissent en marchant.
Tu reposeras au lit, ô victime d’Érôs, et je panserai ta pauvre plaie.

Car je ne veux voir sur ton corps d’autres marques, Mnasidika,
que la tache d’un baiser trop long,
l’égratignure d’un ongle aigu, ou la barre pourprée de mon étreinte.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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TENDRESSES (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Kimberly Dow

    

TENDRESSES

Ferme doucement tes bras, comme une ceinture, sur moi.
O touche, ô touche ma peau ainsi !
Ni l’eau ni la brise de midi ne sont plus douces que ta main.

Aujourd’hui chéris-moi, petite soeur, c’est ton tour.
Souviens-toi des tendresses que je t’ai apprises la nuit dernière,
et près de moi qui suis lasse agenouille-toi sans parler.

Tes lèvres descendent de mes lèvres.
Tous tes cheveux défaits les suivent, comme la caresse suit le baiser.
Ils glissent sur mon sein gauche ; ils me cachent tes yeux.

Donne-moi ta main, elle est chaude !
Serre la mienne, ne la quitte pas.
Les mains mieux que les bouches s’unissent,
et leur passion ne s’égale à rien.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Nous mourrons lentement (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Gustav Klimt  
    
— Nous mourrons lentement. Je meurs dès aujourd’hui.
Mon regard éperdu va perdre sa lumière,
Ma voix d’enfant, ma voix pâlira la première,
Mon rire, mon sourire et l’amour avec lui.

Dis ! quel amour futur, simple frère du nôtre,
Goûtera la fraîcheur de tout ce qui nous plut ?
Qui sentira brûlants, quand nous ne serons plus,
Les vers qu’entre nos bras nous fîmes l’un pour l’autre ?

Périr ! Et le savoir ! N’attendre que l’effroi !
Regarde s’étoiler mes jeunes doigts funèbres.
Je touche en me haussant les ailes des ténèbres.
Par quel matin d’hiver crierai-je que j’ai froid ?

Aurore qui grandit, crépuscule qui tombe,
Sur mon être au linceul, déjà presque enterré,
Les orgues rugiront du ciel : Dies Irae!
Et les fleurs de mon lit me suivront sur la tombe.

Non ! Pas encor ! Ce soir nous exalte en sursaut !
Ferme sur toute moi, sur moi, ton bras qui tremble!
Nos deux corps, nos deux cœurs, nos deux bouches ensemble!
Ah! je vis !… Tout est chaud ! Tout est chaud ! Tout est chaud !

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Il restera de toi… (anonyme?)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2018




    
Il restera de toi
ce que tu as donné.
Au lieu de le garder dans des coffres rouillés.

Il restera de toi de ton jardin secret,
Une fleur oubliée qui ne s’est pas fanée.
Ce que tu as donné
En d’autres fleurira.
Celui qui perd sa vie
Un jour la trouvera.

Il restera de toi ce que tu as offert
Entre les bras ouverts un matin au soleil.
Il restera de toi ce que tu as perdu
Que tu as attendu plus loin que les réveils,
Ce que tu as souffert
En d’autres revivra.
Celui qui perd sa vie
Un jour la trouvera.

Il restera de toi une larme tombée,
Un sourire germé sur les yeux de ton coeur.
Il restera de toi ce que tu as semé
Que tu as partagé aux mendiants du bonheur.
Ce que tu as semé
En d’autres germera.
Celui qui perd sa vie
Un jour la trouvera.

(anonyme)

 

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LES CRUCIFIES (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



Illustration: Edvard Munch
    
LES CRUCIFIES

Les vrais crucifiés, ce sont les amoureux.
Ils sont cloués vivants aux bras de la femelle;
L’épine dérisoire à leurs cheveux se mêle ;
Le sang perle en sueur sur leur front douloureux:

Et quand les rouges pleurs tombent de leurs yeux creux.
Aucun ange ne vient rafraîchir de son aile
La brûlure du trou béant à leur mamelle;
Un Dieu n’entr’ouvre pas le ciel exprès pour eux.

Pas même un bon larron ! Golgotha solitaire !
Le désespoir qu’ils ont au cœur, il faut le taire.
Ou, s’ils osent crier « Ijimma Sabacthani »,

Leur croix, la femme, au vent railleur se prostitue ;
Et, sentant qu’avec eux leur amour est fini,
Ils meurent en doutant de la foi qui les tue.

(Jean Richepin)

 

 

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Elle se souvient (Karel Logist)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018




    
Elle se souvient de toutes ses premières fois :
la première fois en mer, la première fois sous terre,
la première fois qui dure et le premier échec.
Elle dit se souvenir de la première stupeur et du premier bonheur.
Elle ne raconte pas : elle est bien trop pudique.
Elle se souvient des hommes, elle se souvient des bras,
— elle se souvient des sexes, elle se souvient des bouches —
Elle en parle de si près que des haleines embuent les verres de ses lunettes.
Elle dit « de cette mémoire, je n’ai pas de mérite
je compte vingt mille jours
et comme j’ai peu vécu, mes souvenirs
sont des jardins en pente faciles à entretenir ».

(Karel Logist)

Recueil: J’arrive à la mer
Traduction:
Editions: De le Différence

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Oh, votre nom (Emmanuelle Le Cam)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2018




Illustration: Chantal Dufour
    
Oh, votre nom,
que je garde sur mes lèvres closes –

Votre nom de vie
qui m’accompagne.

Mon unique demeure.

(Emmanuelle Le Cam)

 

Recueil: Unique demeure
Traduction:
Editions: Le dé bleu

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Vous ne saurez pas que c’est vous que je cherche (Emmanuelle Le Cam)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2018




    
Vous ne saurez pas
que c’est vous
que je cherche
quand la marée
de la peur monte,
qu’elle se goinfre
de moi.

Orgiaque,
jamais
n’en a
assez.

C’est les bras qu’il faut,
puis la poitrine, puis les jambes.

Elle, me grigote le coeur,
et j’en perds le sang.

(Emmanuelle Le Cam)

 

Recueil: Unique demeure
Traduction:
Editions: Le dé bleu

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