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Poésie

Posts Tagged ‘brasier’

Les promesses du feu (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017



Illustration: Jean-Marie Reynaud
    
Les promesses du feu

Ce fer amour que je forge deux fois,
Va le jeter dans l’extase liquide.
Entends siffler le métal rouge orange
Devenu bleu par morsure de l’eau.

Comme un poumon ce soufflet qui s’anime
Et porte l’air au coeur du brasier.
Un autre fer pour un même cheval
Qui tirera le soc sur les labours.

Un autre, un autre encore pour l’image
De quatre fers, quatre points cardinaux
Qui jailliront comme des étincelles
Pour situer ta présence en ces lieux.

Coups sur l’enclume, un village s’éveille.
Coups sur le fer, une forme apparaît.
Le forgeron sous son cuir a des ailes
Et sur son front des perles de rosée.

Qui les dira ses prouesses cosmiques
Mariant l’air et la terre et le feu ?
Le bras se lève et retombe en cadence
Et le fer chante et chante le marteau.

L’adolescent qui regarde la flamme
Forge sa vie et contemple ce bras
Si musculeux, si noueux qu’il évoque
De vieux exploits enfouis dans l’Histoire.

Et cette odeur de charbon, de matière,
De fer à blanc, de sueur sur la chair
Grise l’instant. Des chapelets de fers
Sur le mur noir attendent leur voyage.

Frères du jour revenons à ces forges
Où fut un homme au visage de feu
Que je revois, présence salvatrice,
Quand le présent m’assaille de sa nuit

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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LES CYGNES SAUVAGES (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017



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LES CYGNES SAUVAGES

Toute la nuit, la tempête avait fait rage,
attisant le brasier de ma douleur.

A l’aube, je suis allée m’asseoir dans le belvédère
où j’attendais, autrefois, mon bien-aimé.

Il pleuvait encore. La rivière charriait des troncs d’arbres.
Exténuées d’avoir lutté contre la tourmente,
les pivoines du jardin ne pouvaient se relever.

Deux cygnes sauvages vinrent lisser leurs plumes sous le belvédère.
J’ai laissé tomber sur eux mes larmes,
pour qu’ils les apportent à mon bien-aimé.

(La Flûte de Jade)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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LES POUVOIRS DE L’AMOUR (III) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2017




    
LES POUVOIRS DE L’AMOUR (III)

Entre le monde et la nuit
il y a l’épaisseur d’un carreau
à travers lequel la lumière va surgir
pour se jeter dans celle de tes yeux.

Au ras du sol, les feuilles se lissent
pour recevoir le soleil
qui passera de l’une à l’autre
en allumant le brasier de la rosée.

Tes paupières battent comme les sources
dont le matin veut éveiller la terre,
les oiseaux s’immobilisent un instant
pour mieux sentir la rondeur de la clarté.

Et c’est le jour porté de colline en colline,
renversé dans les lits de la verdure,
c’est le jour éperdu de joie
dès qu’il reconnaît tes seins.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Je t’aime (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
Je t’aime comme on aime un beau jour d’été,
immobile et très haut entre le matin et le soir.
Je pense à toi d’une façon tellement forte
que ton absence bat en moi comme une porte dans le vent.

Seule, maintenant, une mémoire aveugle me rappelle
les caresses dont ton corps enfermait mon corps
comme dans des forêts infranchissables,
mais elle ne peut me rendre le poids de ta chair.

Je te cherche en moi comme dans une ville déserte
et pourtant à chaque instant je te rencontre
comme la terre à chaque pas rencontre des sources,
mais j’ai froid sans la chaleur de tes mains.

Et ta voix, ta voix qui me faisait vivre
comme la flamme fait vivre un brasier,
ta voix n’est nulle part, même pas sur ma bouche
à laquelle elle se mêlait jusqu’au silence des baisers.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Je ne sais si tu es vivant ou mort (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017



Je ne sais si tu es vivant ou mort,
Si l’on peut te chercher sur la terre
Ou seulement, quand on médite, sur le soir,
Sur celui qui n’est plus pleurer dans la lumière.
Tout est pour toi: la prière de chaque jour,
La fiévreuse langueur de l’insomnie,
La troupe blanche de mes vers
Et le brasier bleu de mes yeux.
Personne n’est plus proche de mon coeur,
Personne ne m’a fait autant souffrir,
Même celui qui m’a vouée à la torture,
Même celui qui m’a aimée et oubliée.

(Anna Akhmatova)

 Illustration: Arthur Braginsky

 

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Au déclin du jour (Avraham Ben-Yitzhak)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2017




    
Au déclin du jour

Lorsque sombrera le brasier rouge de nos vies
nous ôterons de nos fronts la couronne des fêtes
aux feuilles touffues, aux roses tombées,
et nous descendrons en silence vers les fleuves.

Au déclin du jour nous tenant sur la rive,
nous suivrons des yeux leur cours —
abandonnés fièrement à l’immense solitude.

Sous le déferlement du couchant,
nous verrons, éperdus, s’en venir des fleurs, blanches,
entraînées par l’eau glorieuse —
bordures d’un jardin riant
arrachées en plein midi.

Alors nous saurons : notre jeunesse est passée sous nos yeux.
Avec son souvenir pâlissant,
l’ombre du saule chagrin s’inclinera sur nous.

Au-dessus des montagnes, les étoiles, une à une,
sanctifieront la vaste nuit étrangère,
et le vent du soir, en nous frôlant,
vibrera comme un violon noir

(Avraham Ben-Yitzhak)

 

Recueil: Anthologie de la poésie en hébreu moderne
Traduction: E. Moses
Editions: Gallimard

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La bouche (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



Bouche qui fus la fleur de nos glaciers,
seule présence écarlate en ce lieu
où ne neigeaient que lumière et que chaux,

oiseau de braise et rose déchirée,
torche où veillait une furtive flamme
dans le silence irrité de la nuit:

à d’autres vents se creuse ton baiser,
pour d’autres yeux tu brûles, tu fleuris,
tu vas soufflant promesse de brasier,

tandis que nous comptons dans la pâleur
du jour que lèche une langue de pierre
le peu de biens que nous laisse l’hiver.

(Jean Joubert)


Illustration: Katerina Belkina

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Voyez au vif le portrait d’un amant (Jean Godard)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2017



Voyez au vif le portrait d’un amant :
Je pleure et ris, je loue et vitupère,
Un même objet m’est funèbre et prospère,
Je perds courage et je vais m’animant.

Mon coeur, mes yeux s’en vont partout semant
Et feux, et flots ; mon âme est le repaire
D’espoir et peur ; jamais je ne tempère
Mon froid, mon chaud, qui vont ensemblement.

Je sens toujours un grand brasier d’Hercule,
D’où un glaçon jamais ne se recule ;
Je glace au feu, je brûle au coeur d’hiver ;

J’aime, je hais ; je me loue et me tance ;
Je quitte tout, puis je veux éprouver.
L’amour n’est rien qu’une mer d’inconstance.

(Jean Godard)

Illustration: Hippolyte Flandrin

 

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Des mots (Alain Boudet)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2017



Des mots
tu connais l’étincelle

Tu saisis les cris d’oiseaux funambules
dans les rebonds du vent

A l’orée du chant
tu ramasses des copeaux de silence
pour le brasier des voix

Tu écartes du paysage
un reflet qui doute

Et aucun jour ne passe
sans que tu aies trouvé
de chaque ombre
la lumière.

(Alain Boudet)

 

 

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POUR SURVIVRE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2017



 

Charles Courtney Curran (1861-1942)  Summer 1906

POUR SURVIVRE

Tu auras pour survivre
Des collines de tendresse
Les barques d’un ailleurs
Le delta de l’amour

Tu auras pour survivre
Le soleil d’une paume
Le tirant d’une parole
L’eau du jour à jour

Tu dresseras pour survivre
Des brasiers des terrasses
Tu nommeras la feuille
Qui anime le rocher

Tu chanteras les hommes
Transpercés du même souffle
Qui accomplissent leur songe
Face à l’éclat mortel !

(Andrée Chedid)

Illustration: Charles Courtney Curran

 

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