Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘brasier’

La bouche (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



Bouche qui fus la fleur de nos glaciers,
seule présence écarlate en ce lieu
où ne neigeaient que lumière et que chaux,

oiseau de braise et rose déchirée,
torche où veillait une furtive flamme
dans le silence irrité de la nuit:

à d’autres vents se creuse ton baiser,
pour d’autres yeux tu brûles, tu fleuris,
tu vas soufflant promesse de brasier,

tandis que nous comptons dans la pâleur
du jour que lèche une langue de pierre
le peu de biens que nous laisse l’hiver.

(Jean Joubert)


Illustration: Katerina Belkina

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Voyez au vif le portrait d’un amant (Jean Godard)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2017



Voyez au vif le portrait d’un amant :
Je pleure et ris, je loue et vitupère,
Un même objet m’est funèbre et prospère,
Je perds courage et je vais m’animant.

Mon coeur, mes yeux s’en vont partout semant
Et feux, et flots ; mon âme est le repaire
D’espoir et peur ; jamais je ne tempère
Mon froid, mon chaud, qui vont ensemblement.

Je sens toujours un grand brasier d’Hercule,
D’où un glaçon jamais ne se recule ;
Je glace au feu, je brûle au coeur d’hiver ;

J’aime, je hais ; je me loue et me tance ;
Je quitte tout, puis je veux éprouver.
L’amour n’est rien qu’une mer d’inconstance.

(Jean Godard)

Illustration: Hippolyte Flandrin

 

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Des mots (Alain Boudet)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2017



Des mots
tu connais l’étincelle

Tu saisis les cris d’oiseaux funambules
dans les rebonds du vent

A l’orée du chant
tu ramasses des copeaux de silence
pour le brasier des voix

Tu écartes du paysage
un reflet qui doute

Et aucun jour ne passe
sans que tu aies trouvé
de chaque ombre
la lumière.

(Alain Boudet)

 

 

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POUR SURVIVRE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2017



 

Charles Courtney Curran (1861-1942)  Summer 1906

POUR SURVIVRE

Tu auras pour survivre
Des collines de tendresse
Les barques d’un ailleurs
Le delta de l’amour

Tu auras pour survivre
Le soleil d’une paume
Le tirant d’une parole
L’eau du jour à jour

Tu dresseras pour survivre
Des brasiers des terrasses
Tu nommeras la feuille
Qui anime le rocher

Tu chanteras les hommes
Transpercés du même souffle
Qui accomplissent leur songe
Face à l’éclat mortel !

(Andrée Chedid)

Illustration: Charles Courtney Curran

 

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Nous ne boirons pas (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2017



Nous ne boirons pas dans le même verre
Ni de l’eau, non, ni du vin doux,
Pas de baisers au petit matin,
Pas de soirées à la fenêtre.
Tu respires par le soleil, je respire par la lune
Mais nous vivons d’un seul amour.

À mes côtés, mon tendre ami fidèle,
Avec toi ta compagne joyeuse.
Comme je comprends l’effroi de ces yeux gris,
C’est toi, la raison de mon mal.
Ne multiplions pas nos brèves rencontres.
Ainsi garderons-nous notre tranquillité.

Juste ta voix qui chante dans mes vers,
Et dans les tiens passe mon souffle.
Oh, ce brasier, ni l’oubli ni la peur
N’osent l’effleurer,
Si tu savais comme je les aime
Tes lèvres sèches, tes lèvres roses !

(Anna Akhmatova)

 

 

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Les feux de ronces (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2017



Les feux de ronces qui tremblaient dans la poussière,
tirant de l’ombre une forêt de chevelures
où des bouches voilées s’entrouvrent et murmurent,
dès que le vent faiblit se fondent dans la terre.

Et vous, filles de ronce et cendres du matin
dont s’offrirent un jour les lèvres, le visage
et le corps étonné aux flammes du carnage,
la nuit de mort déjà s’est couchée sur vos seins.

A peine si je sens votre passage, à peine
si je retrouve en songe votre voix et si
mes mains savent encor le contour attiédi,
après ce grave amour, de votre hanche vaine.

La pluie vous mêle et vous éteint. Il ne demeure
sur la plaine déserte où vous fûtes brasier
– chacune se rêvant flamme d’éternité –
qu’une confuse nuit pleine de vos rumeurs.

(Jean Joubert)

Illustration: Sabin Balasa

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Rouge-gorge (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2017



Rouge-gorge

Gorge de reine rouge,
l’oiseau,
le familier,
dans le matin, ponctue le givre.

Il n’emplit pas le ciel d’une clameur
ni ne déploie d’ailes d’archange
ni, de son vol,
ne tisse une légende.

Un feu secret l’occupe sous la plume.

Nul ne le voit
qu’un oeil dépossédé
des rites de la terre

mais possédé de l’aube
où passe comme un songe
sa menue flamme enceinte d’un brasier.

Beauté ardente et frêle,
la rose de décembre
sauve l’hiver des ombres, des terreurs.

Sur le roseau qui penche dans le froid,
pèse à peine le coeur léger,
l’offrande pure du silence.

(Jean Joubert)

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La main touche une jupe (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2017



La main touche une jupe

La main touche une jupe,
muguets fanés, je me souviens,
tiède comme un début de peau,
un feu de sang brûle les os.

Les joncs craquent sous le corps souple,
et le miel bout dans l’oeillet pourpre,
sur le brasier de myosotis
là-haut où les oiseaux s’étirent.

Carrière de braise rouge,
près d’une eau non doublée de tain
où toute pudeur expire
au vent venu de si loin,

Sous août bruissant, la fièvre est fraîche,
et la brûlure encore glacée
des lèvres fanées de soif,
et du corps torride de sang.

Voici la baie de tes jambes,
avant cette île foudroyée
où peut-être un peu de neige
attend ma tête sans pensée.

(Alain Borne)

 

 

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Oses-tu voir une Ame en « Incandescence »? (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017


benoit-extase

Oses-tu voir une Ame en « Incandescence »?
Alors blottis-toi sur le seuil –
Le Rouge – est la teinte commune du Feu –
Mais lorsque le vif Minerai

A surmonté l’épreuve de la Flamme –
Il frémit au sortir de la Forge
Sans autre couleur que la Lumière
Du Brasier non consacré –

Le moindre Village, est fier d’avoir son Forgeron –
Son Enclume dont le son égal
Est le symbole de la Forge plus subtile
Qui sans bruit travaille – au dedans –

Affinant avec Brasier, et Marteau
Ces impatients Minerais
Jusqu’à ce que la Lumière choisie
Répudie la Forge –

(Emily Dickinson)

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À Philis (Pierre de Marbeuf)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



À Philis

Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage,
Et la mer est amère, et l’amour est amer,
L’on s’abîme en l’amour aussi bien qu’en la mer,
Car la mer et l’amour ne sont point sans orage.

Celui qui craint les eaux, qu’il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu’on souffre pour aimer,
Qu’il ne se laisse pas à l’amour enflammer,
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.

La mère de l’amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l’amour, sa mère sort de l’eau,
Mais l’eau contre ce feu ne peut fournir des armes.

Si l’eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j’eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.

(Pierre de Marbeuf)


Illustration: Frederic Leighton

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