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Poésie

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ART DE LA GUERRE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2022



ART DE LA GUERRE

A la fenêtre une rose a les couleurs
d’un jeune mamelon de blonde
une taupe marche sous terre.
Paix dit-on au chien
à l’existence brève.
L’air reste ensoleillé.
De jeunes hommes
apprennent à faire la guerre
pour racheter leur dit-on tout un monde
mais le livre de la théorie
leur reste illisible.

(Jean Follain)

Illustration: Vladimir Kush

 

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« J’élève une rose… » (José Saramago)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2022



Illustration: Chantal Dufour
    
« J’élève une rose… »

J’élève une rose, et tout s’illumine
Comme ne le fait la lune, ni ne le peut le soleil :
Serpent de lumière ardente et enroulée
Ou vent de cheveux qui secoue.

J’élève une rose, et je crie vers les oiseaux
Qui ponctuent le ciel de nids et de chants.
Je bats sur le sol l’ordre qui décide
L’union des démons et des saints.

J’élève une rose, un corps et un destin
Contre le froid de la nuit qui se hasarde,
Et de la sève de la nuit et de mon sang
Je construis de la pérennité dans la vie brève.

J’élève une rose, et je laisse, et j’abandonne
Tout ce qui est douloureux de blessures et de frayeurs.
J’élève une rose, oui, et j’écoute la vie
Dans le chant des oiseaux sur mes épaules.

***

«Ergo urna rosa…»

Ergo urna rosa, e tudo se ilumina
Corno a lua não faz nem o sol pode:
Cobra de luz ardente e enroscada
Ou viento de cabelos que sacode.

Ergo urna rosa, e grito a quantas aves
O céu pontuam de ninhos e de cantos,
Bato no chão a ordem que decide
A união dos demos e dos santos.

Ergo urna rosa, um corpo e um destino
Contra o frío da nuite que se atreve,
E da seiva da rosa e do meu sangue
Construo perenidade em vida breve.

Ergo urna rosa, e deixo, e abandono
Quanto me dói de mágoas e assombros.
Ergo urna rosa, sim, e ouço a vida
Neste cantar das aves nos meus ombros.

(José Saramago)

Recueil: Les poèmes possibles
Traduction: Nicole Siganos
Editions: Jacques Brémond

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La nuit s’avance (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2022




    
La nuit s’avance.
Le ciel est bleu.
Qui donc me manque ?

Le vent du sud
Noie jusqu’à l’âme
Mon corps au calme,

Quelqu’un m’attend,
O vent furtif ?
Je ne sais. Face brève,
Ferme les yeux. Viens !

(Fernando Pessoa)

Recueil: Oeuvres poétiques
Traduction:
Editions: Gallimard

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JE TOUCHE TES LEVRES (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2022



Illustration: Alice de Miramon
    
JE TOUCHE TES LEVRES

Je touche tes lèvres,
je touche d’un doigt le bord de tes lèvres.
Je dessine ta bouche comme si elle naissait de ma main,
comme si elle s’entrouvrait pour la première fois
et il me suffit de fermer les yeux
pour tout défaire et tout recommencer.

Je fais naître chaque fois la bouche que je désire,
la bouche que ma main choisit et qu’elle dessine sur ton visage,
une bouche choisie entre toutes, choisie par moi
avec une souveraine liberté pour la dessiner de ma main sur ton visage et qui,
par un hasard que je ne cherche pas à comprendre,
coïncide exactement à ta bouche
qui sourit sous la bouche que ma main te dessine.

Tu me regardes, tu me regardes de tout près,
tu me regardes de plus en plus près,
nous jouons au cyclope,
nos yeux grandissent, se rejoignent, se superposent,
et les cyclopes se regardent, respirent confondus,
les bouches se rencontrent, luttent tièdes avec leurs lèvres,
appuyant à peine la langue sur les dents,
jouant dans leur enceinte où va et vient
un air pesant dans un silence et un parfum ancien.

Alors mes mains s’enfoncent dans tes cheveux,
caressent lentement la profondeur de tes cheveux,
tandis que nous nous embrassons
comme si nous avions la bouche pleine de fleurs ou de poissons,
de mouvement vivants, de senteur profonde.

Et si nous nous mordons, la douleur est douce
et si nous sombrons dans nos haleines mêlées
en une brève et terrible noyade,
cette mort instantanée est belle.

Et il y a une seule salive et une seule saveur de fruit mûr,
et je te sens trembler contre moi comme une lune dans l’eau.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Marelle
Traduction: Laure Bataillon & Françoise Rosset
Editions: Gallimard

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C’est une épine (Bernard Delvaille)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2022


épine

C’est une
épine
à tout
jamais
Les mots
sont brefs
et court
l’amour
Ne rien jeter
sur ce qui fut
Propice
est le sommeil
pour espérer
et regarder
sur le fleuve
les mouettes

(Bernard Delvaille)

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Quel flamboiement inattendu (Fiodor Tiouttchev)

Posted by arbrealettres sur 17 décembre 2021



    
Quel flamboiement inattendu,
Que cet arc dans les hauteurs,
Qui s’élance à travers les nues
Dans son éphémère splendeur !

Un bout fiché dans les feuillages,
Il embrasse le ciel à demi,
Il se perd dans les nuages,
Et tout là-haut s’évanouit.

Oh, cette brève vision irisée,
Quel délice pour les yeux !
C’est un cadeau qui t’est donné,
Saisis-le, vite, saisis-le !

Regarde, il pâlit déjà,
Encore une minute — eh oui !
Il s’en est allé
comme s’en ira
Tout ce qui fait notre vie.

(Fiodor Tiouttchev)

Recueil: POÈMES
Traduction: traduit du russe par Sophie Benech
Editions: Interférences

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Non pas pour toujours ici (J.M.G. Le Clézio)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2021




Non pas pour toujours ici sur la terre,
Mais seulement pour un bref instant.
Même les jades se brisent,
Même les ors se fendent,
Même les plumes du quetzal se cassent.
Non pas pour toujours ici sur la terre,
Mais seulement pour un bref instant.

(J.M.G. Le Clézio)

Illustration

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Le poème, lui aussi, est une présence (Gérard Bocholer)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2021



Illustration: Carrie Vielle
    
Le poème, lui aussi, est une présence.

Elle peut accompagner et réchauffer.
Elle témoigne de la présence absolue

dont elle n’est qu’un bref éclat.
Elle nous laisse deviner
qu’une parfaite simplicité de coeur
est seule capable d’accueillir
le miracle des miracles,

l’éternité de la Vie.

(Gérard Bocholer)

 

Recueil: Le poème Exercice spirituel
Traduction:
Editions: Ad Solem

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LA RESSEMBLANCE (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2021




    
LA RESSEMBLANCE

Comme un sourire et un nuage,
deux figures dansent et s’effacent
réunissant le sommeil et le mouvement
dans le bref éclat presque animal de l’air.
Et riant, peut-être riant, s’agenouillant
et en étreintes disparaissant dans l’enfance
qui ne connaît qu’un seul jeu, la ressemblance,
elles soufflent une flamme dorée sur les champs
et dessinent sur eux des ombres transparentes

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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Le portrait (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2021



Le portrait

Elle passa comme un parfum de fleur d’automne.
J’espérais la revoir et ne la voyais plus,
Mon cœur était lassé de ne trouver personne,
Mes yeux étaient lassés d’avoir été déçus.

Je me souvins un jour que de notre amour brève,
Il me restait un vieux portrait que je baisais.
Sous les baisers brûlants de larmes arrosés,
L’image s’effaça et s’enfuit comme un rêve.

Et je désespérais quand je vis apparaître
Sur l’image effacée l’azur pur de ses yeux,
Quand je vis la pâleur de ses lèvres renaître
Avec un éclat tendrement mystérieux.

Le souvenir avait refait l’image pure.
Sur le papier vieilli je remis un baiser ;
Ses lèvres vinrent sur les miennes se poser
Et je sentis au cœur une vague brûlure.

(Jules Supervielle)

Illustration

 

 

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