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Lorsque dans la rue… (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2018



Illustration: Francisco Bajén
    
Lorsque dans la rue…

Valse

Lorsque dans la rue, tu siffles le soir
À travers les rideaux de ma fenêtre
Je te guette et t’écoute sans te voir
Mais je sens dans mon être
Un frisson d’amour qui gonfle mon coeur
Et, quand tu t’éloignes dans l’ombre,
Comme une frégate qui sombre
Je m’abandonne sans peur
À l’Océan des nuits trop brèves,
À l’Océan du rêve.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier
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Il est minuit (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2018




    
Il est minuit

1
Il est minuit
Il est minuit
L’horloge sonne vive l’amour.
Parlons moins fort
Puisque tout dort
Puisque tout rêve vive l’amour.
Je sens ton souffle près de ma bouche
Et dans tes veines battre ton sang
Quand tu reposes quand tu te couches
Ton oeil limpide si caressant
Fait la nuit claire pleine de rêves
Reste immobile je suis content
Rêvons ensemble c’est une trêve
Avant l’aurore qui se lève.

2
Il est midi
Il est midi
L’horloge sonne-adieu l’amour.
Au soleil d’or
Rêvons encor
La vie est brève-adieu l’amour.
Reprends ta route et moi la mienne
Et si la vie nous réunit
Dans les ténèbres de tes persiennes
Dans le mystère de ton grand lit
Je veux chérie sous le ciel blême
Rêver encore comm’ cette nuit
Je veux chérie que ce soir même
Nous réunisse pour qu’on s’aime.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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FLEUR D’ENFANCE (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2018




    
FLEUR D’ENFANCE

L’haleine d’une fleur sauvage,
En passant tout près de mon coeur,
Vient de m’emporter au rivage,
Où naguère aussi j’étais fleur :
Comme au fond d’un prisme où tout change,
Où tout se relève à mes yeux,
Je vois un enfant aux yeux d’ange :
C’était mon petit amoureux !

Parfum de sa neuvième année,
Je respire encor ton pouvoir ;
Fleur à mon enfance donnée,
Je t’aime ! comme son miroir.
Nos jours ont séparé leur trame,
Mais tu me rappelles ses yeux ;
J’y regardais flotter mon âme :
C’était mon petit amoureux !

De blonds cheveux en auréole,
Un regard tout voilé d’azur,
Une brève et tendre parole,
Voilà son portrait jeune et pur :
Au seuil de ma pauvre chaumière
Quand il se sauvait de ses jeux,
Que ma petite âme était fière ;
C’était mon petit amoureux !

Cette ombre qui joue à ma rive
Et se rapproche au moindre bruit,
Me suit, comme un filet d’eau vive,
À travers mon sentier détruit :
Chaste, elle me laisse autour d’elle
Enlacer un chant douloureux ;
Hélas ! ma seule ombre fidèle,
C’est vous ! mon petit amoureux !

Femme ! à qui ses lèvres timides
Ont dit ce qu’il semblait penser,
Au temps où nos lèvres humides
Se rencontraient sans se presser ;
Vous ! qui fûtes son doux Messie,
L’avez-vous rendu bien heureux ?
Du coeur je vous en remercie :
C’était mon petit amoureux !

(Marceline Desbordes-Valmore)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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SONNET (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



Illustration: Claude Monet
    
SONNET

Vent d’été, tu fais les femmes plus belles
En corsage clair, que les seins rebelles
Gonflent. Vent d’été, vent des fleurs, doux rêve
Caresse un tissu qu’un beau sein soulève.

Dans les bois, les champs, corolles, ombelles
Entourent la femme; en haut, les querelles
Des oiseaux, dont la romance est trop brève,
Tombent dans l’air chaud. Un moment de trêve.

Et l’épine rose a des odeurs vagues,
La rose de mai tombe de sa tige,
Tout frémit dans l’air, chant d’un doux vertige.

Quittez votre robe et mettez des bagues;
Et montrez vos seins, éternel prodige.
Baisons-nous, avant que mon sang se fige.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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The Happy Child (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018




    
The Happy Child

La pause brève de la joie
est un pétale autour de l’air
posé à peine sur tes cheveux
comme les abeilles de la brise.

Tu vas dansant dans la beauté
qui flue de cette joie légère,
ô petite fille qui ne voit pas
l’aile de la rose noire frémir.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Résumé en automne (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018




    
Résumé en automne

Dans la voûte du soir chaque oiseau est un point
du souvenir.
Je m’étonne quelquefois que la ferveur du temps
revienne, sans corps revienne, déjà sans but revienne ;
que la beauté, si brève dans son amour violent
nous réserve un écho lorsque la nuit descend.

Et ainsi quoi d’autre que de rester les bras pendants,
le coeur entassé et ce goût de poussière
qui fut fleur ou chemin —
Le vol dépasse l’aile.
Sans humilité, savoir que ce qui reste
a été gagné à l’ombre par oeuvre de silence ;
que la branche dans la main, que la larme obscure
sont héritage, l’homme et son histoire,
la lampe qui éclaire.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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L’amour bref (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018



Illustration: Pascal Renoux
    
L’amour bref

Avec quelle douceur lisse
il me lève du lit où je rêvais
à des plantes profondes parfumées,

il promène des doigts sur la peau et me dessine
dans l’espace, en suspens, jusqu’à ce que se pose
le baiser courbe et récurrent

afin que se déclenche à feu doux
la danse cadencée du bûcher
nous enlaçant par rafales, par hélices,
aller et retour d’un ouragan de fumée —

(Pourquoi, ensuite,
ce qui reste de moi
n’est qu’un naufrage dans des cendres
sans un adieu, sans autre chose que le geste
de libérer les mains ?).

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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JE TOUCHE TES LEVRES (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018



Illustration: Alice de Miramon
    
JE TOUCHE TES LEVRES

Je touche tes lèvres,
je touche d’un doigt le bord de tes lèvres.
Je dessine ta bouche comme si elle naissait de ma main,
comme si elle s’entrouvrait pour la première fois
et il me suffit de fermer les yeux
pour tout défaire et tout recommencer.

Je fais naître chaque fois la bouche que je désire,
la bouche que ma main choisit et qu’elle dessine sur ton visage,
une bouche choisie entre toutes, choisie par moi
avec une souveraine liberté pour la dessiner de ma main sur ton visage et qui,
par un hasard que je ne cherche pas à comprendre,
coïncide exactement à ta bouche
qui sourit sous la bouche que ma main te dessine.

Tu me regardes, tu me regardes de tout près,
tu me regardes de plus en plus près,
nous jouons au cyclope,
nos yeux grandissent, se rejoignent, se superposent,
et les cyclopes se regardent, respirent confondus,
les bouches se rencontrent, luttent tièdes avec leurs lèvres,
appuyant à peine la langue sur les dents,
jouant dans leur enceinte où va et vient
un air pesant dans un silence et un parfum ancien.

Alors mes mains s’enfoncent dans tes cheveux,
caressent lentement la profondeur de tes cheveux,
tandis que nous nous embrassons
comme si nous avions la bouche pleine de fleurs ou de poissons,
de mouvement vivants, de senteur profonde.

Et si nous nous mordons, la douleur est douce
et si nous sombrons dans nos haleines mêlées
en une brève et terrible noyade,
cette mort instantanée est belle.

Et il y a une seule salive et une seule saveur de fruit mûr,
et je te sens trembler contre moi comme une lune dans l’eau.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Marelle
Traduction: Laure Bataillon & Françoise Rosset
Editions: Gallimard

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Pour lire de façon interrogative (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018



    

Pour lire de façon interrogative

Tu as vu
véritablement tu as vu
la neige les astres les pas feutrés de la brise
Tu as touché
pour de vrai tu as touché
l’assiette le pain le visage de cette femme que tu aimes tant
Tu as vécu
comme un coup sur le front
l’instant le souffle bref la chute la fuite
tu as su
par chaque pore de la peau su
que tes yeux, tes mains, ton sexe ton coeur tendre
il fallait les jeter
il fallait les pleurer
il fallait à nouveau les inventer.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Les mots grognent (Alain Serres)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2018




    
Les mots grognent. Les mots reniflent. Ils se grattouillent,
protègent un trésor sous leur pattes,
et déposent leurs crottes là où l’on ne les attend pas.
Ils suçotent des bourgeons aussi, et font des petits.

Leurs petits, ils les cajolent,
puis les précipitent un très beau matin
depuis leur nid dans la transparence de la vie.

Ah ! Les mots ! Ils ne sont pas vraiment nés pour terminer au zoo !
Ouvrez les livres et délivrez les mots !

A chaque page tournée vous libérez une porte ; à chaque porte un mot revit.
Alors suit la meute.
Elle s’agenouille, léchant la paume de votre main d’un long coup de langue ,
ou bien mordillant vos rêves de chasseurs.

Dans un grognement bref et dense,
les mots interrogent soudain la nuit de l’encre :
 » A quelle heure l’homme sera-t-il un poème ? »

(Alain Serres)

 

 

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