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MÉLANCOLIE DU SOIR (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



 

MÉLANCOLIE DU SOIR

La forêt qui défunte s’étend —
Et des ombres la cernent, comme des haies.
Le gibier quitte en tremblant ses refuges
Tandis qu’un ru glisse tout bas,

Suivant des fougères et de vieilles pierres
Et scintille argenté à travers le feuillage.
On l’entend bientôt dans des gouffres noirs —
Peut-être que déjà brillent aussi des astres.

La plaine sombre semble illimitée,
Villages dispersés, marais, étangs,
Un je-ne-sais-quoi te fait croire à un feu.
Un éclat froid sur des routes se glisse.

Au ciel se devine une agitation,
Une armée de migrateurs prend son essor
Vers ces pays là-bas, autres et beaux pays.
Et monte et retombe le rythme des joncs.

(Georg Trakl)

Illustration: Arnold Böcklin

 

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FAÏNA (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Illustration: Jean Jacques Henner
    
FAÏNA

J’étais confus, j’étais joyeux.
Et ta soie sombre me hantait,
Lorsque ton lourd rideau enfin
S’ouvrit — le théâtre se tut.

D’un feu vivant nous sépara
Le cercle de la rampe clair,
Et la musique a enflammé
Ton visage transfiguré.

De nouveau les chandelles brillent,
Et l’âme est seule, l’âme est aveugle…
Et tes épaules scintillantes,
Et la foule, enivrée de toi…

Tu es l’étoile fuyant le monde,
Au-dessus de la plaine — au loin…
Et la lyre d’argent tressaille
Et frémit dans tes mains tendues…

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Brille donc (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Illustration: Jimmy Lawlor  
    
Brille donc,
Luciole, que sait la silencieuse !
Un morceau de lumière,
Un flocon de l’aurore…

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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La jeune fille chantait dans le choeur de l’église (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



La jeune fille chantait dans le choeur de l’église
Pour tous les fatigués dans un lointain pays,
Pour tous les bateaux partis en mer,
Pour tous ceux qui ont oublié la joie.

Ainsi chantait sa voix, s’envolant vers les voûtes,
Ét un rayon de lumière sur son épaule dansait,
Et chacun la regardait émerger des ténèbres,
Ecoutait chanter sa robe blanche dans la nuit.

Et tous croyaient que la joie allait revenir,
Que les bateaux avaient un havre sûr atteint,
Qu’en pays étranger, les hommes las et seuls,
Une vie claire et sereine avaient enfin trouvée.

Et douce était la voix, brillant le rayon de lumière,
Et seul, là-haut, près de la Porte sacrée,
Pleurait l’enfant participant aux Mystères,
Pleurait parce que personne ne reviendrait jamais !

(Alexandre Blok)

 

 

 

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MEHR LICHT (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



 

Anna Razumovskaya 3156_b

MEHR LICHT

Me reconnaîtrez-vous à ces mains ces prunelles
À ce coeur douloureux
Visages familiers
Plus de lumière encor sur mon front
Sur ma bouche
Et je vais gaspillant mon sang dans les rosiers

C’est pour toi que je vis
Terre coupée d’eaux vives
Pour vous
Amis si purs à l’abri des saisons
Et je vis allongeant mes jambes près des vôtres
Afin que nos réveils ne soient pas étrangers

Pour l’amour
Soyons là
Les fenêtres respirent
Le meilleur de la nuit brille sous l’abat-jour
Longtemps je garderai mes mains
Au fond des vôtres
Pour les donner au ciel
Chargées de vos ferments

(René Guy Cadou)

Illustration: Anna Razumovskaya

 

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POUR UN TEMPS, POUR UN PETIT TEMPS (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Pascal Baudot
    
POUR UN TEMPS, POUR UN PETIT TEMPS

Pour un temps, pour un petit temps,
De la foule et du bruit gardée,
Je puis chanter, je puis sourire :
Pour un petit temps j’ai congé!

Où iras-tu, coeur harassé?
Oh! plus d’une terre t’invite,
Là-bas comme iei, plus d’un gîte
Te promet repos, front lassé.

Je sais, parmi d’âpres collines,
Un vallon où hurle l’hiver,
Mais où, dans la froidure, brille
Une réchauffante lumière.

Ce n’est, sous un brouillard sans lune,
Qu’un vieux toit flanqué d’arbres nus,
Mais qu’est-il de plus cher au monde
Que le foyer qu’on a perdu?

L’oiseau muet perché sur la pierre,
Le mur que la mousse verdit,
L’allée où foisonne l’ortie,
Combien, ô combien je les aime!

Les rejoindrai-je? Ou chercherai-je
Un climat autre, un autre ciel
Pour la musique familière
D’un parler cher au souvenir?

Comme je rêvais, s’évanouirent
Le feu vacillant, les murs nus :
Après la pénombre lugubre,
Un jour radieux m’apparut.

Verdoyant, un sentier désert
Débouchait sur un vaste herbage
Que des monts vaporeux, bleuâtres,
Cernaient là-bas de toutes parts;

Un ciel si limpide, une terre
Si calme, tant de paix dans l’air,
Des moutons sauvages paissant
Pour parfaire l’enchantement —

La scène m’était bien connue,
Et connues toutes, même au loin,
Les pistes qui, sur chaque butte,
Marquaient le passage des daims.

N’y fussé-je restée qu’une heure,
Elle eût valu des jours de peine,
Mais le réel chasse le rêve :
Voici qu’on tire mes verrous.

Tandis que j’étais abîmée
Dans cette extase lumineuse,
Mon heure de paix avait fui
Pour me rendre au poignant souci.

***

A LITTLE WHILE, A LITTLE WHILE

A little while, a little while,
The noisy crowd are barred away;
And I can sing and I can smile
A little while I’ve holiday!

Where wilt thou go, my harassed heart?
Full many a land invites thee now;
And places near and far apart
Have rest for thee, my weary brow.

There is a spot ‘mid barren hills
Where winter howls and driving rain,
But if the dreary tempest chills
There is a light that warms again.

The house is old, the trees are bare
And moonless bends the misty dome,
But what on earth is half so dear,
So longed for as the hearth of home?

The mute birds sitting on the stone,
The dank moss dripping from the wall,
The garden-walk with weeds o’ergrown,
I love them—how I love them all !

Shall I go there? or shall I seek
Another clime, another sky,
Where tongues familiar music speak
In accents dear to memory?

Yet, as I mused, the naked room,
The flickering firelight died away
And from the midst of cheerless gloom
I passed to bright, unclouded day—

A little and a lone green lane
That opened on a common wide;
A distant, dreamy, dim blue chain
Of mountains circling every aide;

A heaven so clear, an earth so calm,
So sweet, so soft, so hushed an air
And, deepening still the dream-like charm,
Wild moor-sheep feeding everywhere—

That was the scene; I knew it well,
I knew the pathways far and near
That winding o’er each billowy swell
Marked out the tracks of wandering deer.

Could I have lingered but an hour
It well had paid a week of toil,
But truth has banished fancy’s power;
I hear my dungeon bars recoil—

Even as I stood with raptured eye
Absorbed in bliss so deep and dear
My hour of rest had fleeted by
And given me back to weary care.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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Conte ancien (Nikolaï Zabolotski)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2017




    
Conte ancien

Dans ce monde où notre rôle est obscur
Nous vieillirons toi et moi
Comme le roi du conte au déclin des jours.

En patiente lumière s’éteindra notre vie
Sur les terres secrètes où sans rien dire
On rencontre l’inéluctable.

Quand les mèches d’argent brilleront sur ta tempe
Je déchirerai en deux mes cahiers
Et prendrai congé du dernier poème.

Puisse l’âme comme un lac
Battre au seuil des portes souterraines
Et le frisson du feuillage pourpre

Ne rien troubler à la surface de l’eau.

***

Старая сказка

В этом мире, где наша особа
Выполняет неясную роль,
Мы с тобою состаримся оба,
Как состарился в сказке король.

Догорает, светясь терпеливо,
Наша жизнь в заповедном краю,
И встречаем мы здесь молчаливо
Неизбежную участь свою.

Но когда серебристые пряди
Над твоим засверкают виском,
Разорву пополам я тетради
И с последним расстанусь стихом.

Пусть душа, словно озеро, плещет
У порога подземных ворот
И багровые листья трепещут,
Не касаясь поверхности вод.

(Nikolaï Zabolotski)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Le loup toqué
Traduction: Jean-Baptiste Para
Editions: La rumeur libre

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Nocturne (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
Nocturne

Le sang n’est pas nu sous les robes pâles
dont la soif monte au corps de l’amant ;
passeur sans lassitude le simple sang des femmes
ne coule qu’une fois pour cent mille blessures.

Laissez en repos ce veilleur suave
dont le vol aux lèvres donne un goût de roses
bénissez le feu de cette doublure
qui sait cheminer dans les plis du marbre

— et ton sang lui-même saurais-tu l’atteindre
qui perce ton coeur d’appels sans écho ? –
ton sang dont tu vis, ton sang solitaire
long pleur assouvi par aucun sanglot
joyau sans pareil qui veut son pareil
ton sang dont tu vis, ton sang dont tu meurs
le sang n’est pas nu sous les robes pâles
ton désir est vain comme tout espoir.

Par les rues l’homme de songes
marche sur la neige morte dans la ville aveugle
un feu de lune dans son char
par les rues guidant son cheval
avec le double éclair dans le brouillard
de ses yeux clairs

Des femmes sont en prières qui n’ont plus d’amour
derrière les volets
des vierges s’éteignent au frisson des faims
beaux sangs tentés de partages.

Par les rues l’homme de songes
va sur la neige morte dans la ville aveugle
et nul ne l’entend
la femme morte de son coeur marche en avant
belle de l’éternel hiver
et blanche.

Un cor rouillé de chasse sans gibier brille à son cou
il rit, il passe, il rit et n’éveille personne
dans la ville fanée glissant vers les cyprès
dans la ville où seuls les miroirs se souviennent.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Nos promises (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2017



Illustration: Odd Nerdrum
    
Nos promises

Les balles de nos poitrines glissent des moules
avec un sanglot de soie.

Ces baigneuses de sang brillent et vibrent
dans l’instant frais d’un matin calme.

Où dors-tu, ma belle épouse du dernier jour
songes-tu à ces noces
à ta chance de n’être pas perdue
vierge triste dans la paix des racines.

Le temps t’approche de nos cours, sois patiente
ta chaleur dénouera le noeud terrible de nos veilles ;
étrangère coquette dans le secret du sang
vers le froid des planètes nous descendrons ensemble.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Pour être grand (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2017




    
Pour être grand, sois entier : rien
En toi n’exagère ou n’exclus.
Sois tout en chaque chose. Mets tout ce que tu es
Dans le plus petit de tes actes.
Ainsi en chaque lac brille la lune entière
Pour la raison qu’elle vit haut.

***

Para ser grande, sê inteiro: nada
Para ser grande, sê inteiro: nada
Teu exagera ou exclui.
Sê todo em cada coisa. Põe quanto és
No mínimo que fazes.
Assim em cada lago a lua toda
Brilha, porque alta vive.

***

To be great, be whole: don’t exaggerate
Or leave out any part of you.
Be complete in each thing. Put all you are
Into the least of your acts.
So too in each lake, with its lofty life,
The whole moon shines.

(Fernando Pessoa)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Odes de Ricardo Reis – Anthologie essentielle
Traduction: Patrick Quillier
Editions: Chandeigne

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