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Poésie

Posts Tagged ‘brique’

Cette rue, je la connais (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018




    
Cette rue, je la connais,
je la connais, cette maisonnette.
Le chaume bleu de ses chenaux
a glissé par-dessus la fenêtre.

Il y eut les années de détresse,
le déchaînement de forces insensées.
Je me suis souvenu de ma jeunesse,
souvenu de ma campagne bleue.

Je n’ai cherché ni la tranquillité
ni la gloire, dont je connais la vanité.
Aujourd’hui si je ferme les yeux
je ne vois que la maison paternelle.

Je vois le jardin sous la bruine bleue,
août en silence tapi contre la haie.
Et les saules dont les pattes vertes
abritent le ramage des oiseaux.

Si je l’ai aimée, notre maison de bois
aux poutres craquelées, inquiétantes !
Les nuits de pluie, notre vieux poêle
poussait d’étranges plaintes sauvages.

Râles déchirants, voix puissante
comme d’un vivant à l’agonie.
Que voyait-il, notre chameau de briques,
à travers le gémissement de la pluie ?

Quelque pays lointain sans doute,
rêves d’antan, époques florissantes,
les sables d’or d’Afghanistan,
les soirs cristallins de Boukhara.

Ces pays, je les connais aussi.
Que de chemin n’y ai-je parcouru.
Mais aujourd’hui je n’ai qu’un souhait :
Revoir les lieux de mon enfance

Pourtant ce tendre espoir n’est plus,
n’est plus que cendres dans la brume bleue.
Paix à toi, chaume de mes champs
paix à toi, ma maison de bois !

***

(Sergueï Essénine)

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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Il y a trop de lumière sur notre lit (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



 

Il y a trop de lumière sur notre lit
tu enfiles une robe de plume
et tes bas convergent vers ton rêve
je demande l’aumône
près du mur qui sourit
mon reflet sur les briques
se brise en silence
sous les draps
un arbre pousse
déguisé en musicien des rues
et en vendeur de glaces

(Luis Mizón)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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Encore tièdes comme un oiseau (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2018



Lors des grands froids,
l’eau des fossés gelait
et la prairie se couvrait de neige.
Pour affronter la nuit des chambres sans feu,
des briques étaient mises à chauffer dans le four de la cuisinière,
puis glissées dans une chaussette de laine.
Elles répandaient longtemps entre les draps leur chaleur,
pour se donner à l’aube,
encore tièdes comme un oiseau.

(Georges Bonnet)

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Qu’est-ce qui bout (Aphorismes Bretons)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2017




    
– Petra a verv hep beañ tomm ?
Ur varrikenn jistr
Mat en he flom.

– Qu’est-ce qui bout
sans être chaud ?
– Une barrique de bon cidre
bien d’aplomb.

(Aphorismes Bretons)

 

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Ce n’est ni rune ni énigme, cela a lieu partout (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2017



Piet Mondrian xY [800x600]

Hommage aux anges
[21]

Ce n’est ni rune ni énigme,
cela a lieu partout ;

ne pourrait capter cette impression ;
la musique ne pourrait rien en faire,

ce que je veux dire est — c’est si simple
pourtant aucune ruse du stylo ou du pinceau

absolument rien ; ce que je veux dire est —
mais tu l’as vu toi-même

ce bois calciné s’effritant…
tu l’as vu toi-même.

[22]

Une sensation neuve
n’est pas accordée à tout le monde,

pas à tout le monde partout,
mais à nous ici, une sensation neuve

frappe, paralysante,
frappe de mutisme,

frappe les sens de mutisme,
fait vibrer tous les nerfs ;

je suis sûre que tu vois
ce que je veux dire ;

c’était un vieil arbre
comme on en voit partout,

partout ici — et des douves de tonneau
et des briques

et un bout du mur
dénudé et la laideur nue

et ensuite… musique ? oh, ce que je voulais dire
par musique quand j’ai dit musique, c’était —

la musique pose des échelles,
elle nous rend invisible,

elle nous met à l’écart,
elle nous permet de fuir ;

mais devant le visible
on ne peut pas fuir ;

on ne peut pas fuir la pointe
qui perce le coeur.

[23]

Nous en faisons partie ;
nous admettons la transsubstantiation,

pas seulement Dieu dans le pain
mais Dieu dans l’autre-moitié de l’arbre

qui paraissait mort
ai-je courbé la tête ?

ai-je pleuré ? mes yeux ont vu,
ce n’était pas un rêve

mais c’était pourtant vision,
c’était un signe,

c’était l’Ange qui m’a délivré,
c’était le Saint Esprit —

un pommier à moitié calciné
en fleurs ;

c’est la floraison de la croix,
c’est la floraison du bois,

où, Annaël, nous nous figeons pour rendre grâce
d’être une fois encore sortis de la mort et de vivre.

***

This is no rune nor riddle,
it is happening everywhere;

what I mean is—it is so simple
yet no trick of the pen or brush

could capture that impression;
music could do nothing with it,

nothing whatever; what I mean is—
but you have seen for yourself

that burnt-out wood crumbling …
you have seen for yourself.

A new sensation
is not granted to everyone,

not to everyone everywhere,
but to us here, a new sensation

strikes paralysing,
strikes dumb,

strikes the senses numb,
sets the nerves quivering;

I am sure you see
what I mean;

it was an old tree
such as we see everywhere,

anywhere here—and some barrel staves
and some bricks

and an edge of the wall
uncovered and the naked ugliness

and then … music? O, what I meant
by music when I said music, was—

music sets up ladders,
it makes us invisible,

it sets us apart,
it lets us escape ;

but from the visible
there is no escape;

there is no escape from the spear
that pierces the heart.

We are part of it;
we admit the transubstantiation,

not God merely in bread
but God in the other-half of the tree

that looked dead—
did I bow my head?

did I weep? my eyes saw,
it was not a dream

yet it was vision,
it was a sign,

it was the Angel which redeemed me,
it was the Holy Ghost—

a half-burnt-out apple-tree
blossoming;

this is the flowering of the rood,
this is the flowering of the wood

where Annael, we pause to give
thanks that we rise again from death and live.

(Hilda Doolittle)

 Illustration: Piet Mondrian

 

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La demeure (Jeanne Bessière)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2016



Le feu comme une parole
La mer comme un souvenir
vague sur vague à rebours
à l’écume enchevêtrée
quelques mots incandescents

Un labour d’algue et de sel
où germent les coquillages
une muraille de vent
sable espace chair et sang
bâtis de ciel et de briques

Un corps comme un paysage
je n’ai pas d’autre demeure

(Jeanne Bessière)

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Titre pour So Yong (Yi Sang)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2016



Titre pour So Yong

1

Devant ton visage dans le clair de lune,
le mien se couvre d’une mince feuille de fatigue ;
mon discours de louanges envers toi ne se prononce pas ;
ces louanges pénètrent en rampant
dans tes cheveux au parfum d’un jardin de camélias,
telles un soupir qui chatouille la porte coulissante,
et replantent ma tristesse comme des pousses,
une à une.

2

Alors que tu flânes sur le champ de terre glaise,
les empreintes profondes laissées par les talons de tes chaussures se remplissent d’eau de pluie ;
est-ce mon verre souffrant d’injustice renversé dans le ciel,
avant que ma tristesse fatiguée par tes mensonges et tes plaisanteries ne commence à sangloter,
mon verre bouleversé par tes empreintes errantes sur le champ de terre glaise ?

3

Quand le clair de lune s’assied sur mon dos, sur les taches qui couvrent mes haillons,
alors dans mon ombre des traces de sang apparaissent comme des piments émincés,
et de l’eau froide surprise par le clair de lune, goutte à goutte, imprègne mes veines ;
lorsque tu regardes le coeur en tissu, torturé injustement par la faim, qui a mâché et avalé ma brique,
le considères-tu comme un bocal de poissons ?

(Yi Sang)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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Aubade (Louis MacNeice)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2016



guerre [800x600]

Aubade

Ayant mordu dans la vie comme dans une pomme mûre
Ou, jouant avec elle comme un poisson, ayant été heureux.

Ayant touché des doigts que le ciel était bien bleu,
Que nous reste-il à envisager après cela ?

Non pas le crépuscule des dieux mais une aube précise
de briques jaunâtres et grises, et des garçons vendeurs de journaux
hurlant la guerre.

(Louis MacNeice)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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CENDRES MÊLÉES (Omar Khayyam)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2015



CENDRES MÊLÉES

Quand nous aurons rendu et ton âme et la mienne,
Deux briques marqueront la place de nos corps.
D’autres suivront… Un jour, le briquetier d’alors
Mêlera dans son moule et ma cendre et la tienne…

(Omar Khayyam)

Illustration: Ratko Krsanin

 

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Retouche à l’oeuvre (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2015


chandelle

le désir cuit l’argile de la mémoire
et brique à brique élève le temple
où l’art d’une main tâtonnante met ses marbres

volonté, lampe du sanctuaire

(Daniel Boulanger)

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