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Posts Tagged ‘brodeuse’

LES BRODEUSES (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018



Illustration: Charles Frederic Ulrich
    

LES BRODEUSES

Un geste engendre un autre geste mémorable
Sous la lampe. Les brodeuses
Filent l’or dans le temps régulier des horloges.
Ce soir encore le temps oscille et nous ne savons pas
Quelle heure dans la nuit toute proche s’avance.
Pour qui l’ouvrage sur vos genoux, Marie ?
Hier, dans le sillon, Novembre a découvert
Une hache rouillée perdue dans la ténèbre.
Toujours le même geste de vos mains, sous la lampe qui tremble,
Puis les ciseaux détachent le fil de la bobine, vivement
Dans la chambre à côté, l’enfant s’est endormi,
Ignorant de la mort, bercé
Par la voix qui chantonne.
La moisson lèvera sur le sol où l’on a combattu,
Les grains se mêleront aux souvenirs des morts.
Vous n’avez pas sourcillé quand il a dit : voici
Ce que la herse a fait surgir de la vieille terre.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Une autoprésentation (Kamala Das)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2018



Illustration: Kamala Das
    
Une autoprésentation

Je ne connais rien à la politique, seulement les mots
Ceux du pouvoir, de l’ère de Nehru, et peux les répéter
Comme ceux des jours de la semaine, ou des mois.
Je suis indienne, très brune, née à Malabar,
je parle trois langues, j’écris dans
Deux, rêve avec une.
N’écris pas en anglais, disaient-ils, l’anglais n’est pas Ta langue maternelle.
Pourquoi ne me laissez vous pas
Seule, critiques, amis, cousins de passage,
Tous autant que vous êtes ? Pourquoi ne pas me laisser parler
Dans n’importe quelle langue que j’aime ? La langue que je arle
Devient mienne, avec ses déformations, ses étrangetés
Toutes miennes, et à moi seulement.
C’est moitié de l’anglais, moitié de l’Indien, drôle peut-être, mais c’est honnête
C’est humain, parce que je suis humaine,
Ne le voyez-vous pas ? Elle exprime mes joies, mes désirs ardents,
Mes espoirs, elle est aussi utile pour moi que les coassements
Le sont aux corneilles, les hurlements aux lions, c’est
Un langage humain, le langage d’un esprit qui est
Ici et pas là-bas, un esprit qui voit et qui entend, qui est conscient.
Pas le discours aveugle, sourd
Des arbres dans la tempête ou celui des nuages de la mousson, de la pluie
Ou bien encore les murmures incohérents du
Bucher funèbre. J’étais enfant, et plus tard ils
M’ont dit que je grandissais, puisque mes membres
Se gonflaient et qu’ici ou là mes cheveux poussaient.
Quand j’ai demandé l’amour, ne sachant pas quoi demander d’autre,
Il a traîné une jeunesse de 16 ans dans
La chambre et a fermé la porte, Il ne m’a pas battu
Mais mon triste corps de femme s’est senti si battu
Le poids de mes seins et de mon utérus m’ont écrasée.
Je me suis rétrécie pitoyablement
Puis… J’ai enfilé une chemise et des
Pantalons de mes frères, coupé mes cheveux et ignoré
Ma féminité. Porte des saris, sois une fille
Sois une femme, disaient-ils. Sois une brodeuse, sois une cuisinière,
Sois dure avec les domestiques. Coule toi là dedans. Oh,
Appartiens aux tiennes, criaient les normopathes. Ne t’assoies pas
Sur les murs où parviens le piaulement à travers nos fenêtres drapées de dentelles.
Sois Amy, ou sois Kamala. Et surtout
Reste une Madhavitutty. Le temps est venu de
Choisir un nom, un rôle. Ne joue pas la prétentieuse.
Ne joue pas la à la schizophrène ou à la
Nymphomane. Ne pleure pas trop fort quand
L’amour te quittera… J’ai rencontré un homme, l’ai aimé. Ne
L’appelle pas de n’importe quel nom, il est tous les hommes
Qui veut une femme, juste comme je suis toutes
Les femmes qui recherche l’amour. En lui… la rapidité affamée
Des rivières, en moi… l’océan infatigable
Attendant. Qui es-tu, je demande à chacun et à tous,
La réponse est, je suis moi. N’importe où et
Pourtant, je vois celui qui se présente comme Je
Dans le monde, il est étroitement empaqueté
Comme une épée dans son fourreau. C’est moi qui bois seule
Des boissons à 12 h, minuit, dans les hôtels de villes étranges,
C’est moi qui ris, c’est moi qui fais l’amour
Puis, qui se sent honteuse, c’est moi qui meurs
Avec un hochet dans la gorge. Je suis une pécheresse,
Je suis une sainte. Je suis l’aimée et
La trahie. Je ne ressens aucune joie qui ne soit la vôtre,
Aucune douleur qui ne soit la vôtre.
Et pourtant je me désigne comme je.

(Kamala Das)

Pas trouvé les poèmes en français 😦
mais en anglais:
https://www.poemhunter.com/kamala-das/poems/

 

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Point rouge (Hédi Kaddour)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



point rouge

il semble au promeneur fourbu
que la syncope des étoiles
répète les battements de son corps
il faudrait se dit-il
une fable qui ferait le lien
un rappel aussi
de ce qui vibre
quand la brodeuse ajoute au gris
un point rouge même un peu factice

(Hédi Kaddour)

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PASSE TA ROUTE (Herri Gwilherm Kerouredan)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2015



PASSE TA ROUTE

I
L’égire du matin
stances muettes sur le seuil
lave ton corps déchu

avant qu’un fouet de houx
porteur d’une voix sans écaille
sillonne l’horizon

d’une main rejeté
à ta limite de l’épaule
dans la nuit de l’extase.

II
Lavandières voici minuit
l’eau trouble de la fontaine
attend déserte dans les pierres
recel d’une arche de frai
votre rencontre du blasphème
un siècle l’autre parfois

vierges jusqu’aux primes lueurs
lustrez d’oxyde les glaives
sous l’argile bleue répandus.

III
Salve dans l’oreille
dure fuyant par les ajoncs
certains qui le guettent
se terrent dans l’ajour des volets

jaunes sont les yeux
durant que le chemin se trace
déjà saccagé
par un geste aveugle de l’obscur

visage entre les bibelots
d’argile brûlé.

IV
Etreinte sombre de l’aïeul
des icônes se dérobe
lorsque cerné d’un linceul de plomb
se lève le soleil
lui franc gladiateur déjà ivre
d’un signe assèche les fleuves

bercée loin de l’étoile du gîte
sur les dalles se révulse
une complainte des sources.

V
Soleil de trembler
entre la plaine
la chute des épis
dans l’oreille vespérale
tu soulèves le vent
poitrine nue
à perte d’horizon.

VI
A midi germe de l’obscur
un pas sous le cèdre mesure
terreau d’ancienne douleur
le lieu perfide du repos

par la profusion des épis
l’oeil s’aveugle de désir.

Qui du ciel de l’été
épuise par l’hiver
l’aube des frissons

de ce geste figé
un pas dans les frimas
l’autre sous la lampe

enchante-t-il ce ciel
carmin de l’horizon
sur les routes blanches

où se bercent les corps
près des sources du soir
embaumés de songes.

Le fruit se gâte
quinquet sous la pluie
femme de ta main noire
guide vers le seuil

va quérir l’urne
mais le vent referme
qui de l’aube à la nuit
se trace des fleuves

terroir veux-tu
s’évasent les mains
brodeuses de repos
pour l’arbre du soir.

lX
Ses doigts se joignent sur sa plaie
par le sillon il titube
avant l’arbre de chez nous

le ventre s’ouvre sur la terre
appelant de l’océan
l’ondée du matin sur lui

passe ta route dira l’hôte
une pierre dans les yeux.

X
Mante glaciale du regard
contre la vitre dressé
recouvre de ton charme l’os
d’une blême nudité
hors la pluie se glissant caverne
flammes sur des lèvres de cire

brise la fleur des fournaises
souffle ce maître verrier
teintant de nuit l’âme des sables.

(Herri Gwilherm Kerouredan)

Illustration: Josiane Moïmont

 

 

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