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Poésie

Posts Tagged ‘bruine’

MENHIR (Xavier Grall)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2020



MENHIR

Tout est bien de ce qui est
Tout est bien de ce qui sera
J’ai vécu mes journées
Viendra ma nuit
La mort ailleurs continue les songes de la vie
Le soleil ne se lasse de caresser la stèle funéraire
Sans que la terre en tire ombrage
Et les pluies adoucissent la rigueur ossuaire

Tout ce qu’il est possible d’aimer
Je l’ai aimé
J’ai fait aller le mythe avec la théologie
Et le rêve toujours épousa ma raison
Ainsi par les chemins d’Argol
La pierraille chante avec l’ancolie

Menhir
Je veux une mort verticale
Parmi les ronces paysannes
Que nul féalement ne grave mon nom
Nulle épitaphe sur la pierre
Nulle dédicace au granit

Menhir
Je veux seulement des vocables de lichen
Et la jaune écriture que silencieusement burinent
Les bruines hivernales et les vents d’océan.

(Xavier Grall)

 

 

 

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LES BEAUTES QUE LA VIE PRESENTE… (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2020




    
LES BEAUTES QUE LA VIE PRESENTE…

Les beautés que la vie présente, éparses,
Il ne faudrait pas les enfouir toutes.
O ta chair criant, ta chair qui frémit,
O les instants trop rares de la joie,
La mer sans île au large et sans falaises
Où viennent se briser les espérances
En vagues s’écroulant l’une sur l’autre.
O ma nuit de ténèbres habitée
Par trop peu d’étoiles pour dissiper
La bruine régnant sur le monde. Et puis
L’inutile faucille de la lune;
Telles des paons, égarées, les comètes;
Dans les cerveaux, ces mulots, les pensers;
Les rêves toujours guettés par les mites,
Et vous, les tristesses, les joies et vous,
Colères, douleurs, et vous les soucis,
Vous, les yeux, les seins, les mains en attente,
Vous, corps enlacés, vous corps délirants,
Toi, rythme du travail, marteau, faucille,
Toi, main fouillant la poche sans argent,
Les routes menant ou non quelque part,
Et le soupir que l’on ne peut dompter
Et tant d’autres choses, dites ou tues,
Même avant d’apparaître disparues,
Et toi, toi qui ne peux t’offrir le temps
Que met l’insecte à gravir un brin d’herbe.
Pourtant, si dans tes chants tu ne mets pas
Un peu de tout cela, plus pauvre encore
Sera ce monde en beautés mal pourvu…
Et non, cela je ne l’ai pas voulu…

(Mihai Beniuc)

 

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Première bruine (Matsuo Bashô)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2019



Première bruine –
j’aurai pour nom
« le voyageur »

(Matsuo Bashô)

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BRUINE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



BRUINE

L’automne et l’hiver
Descendent tous deux ;
Il pleut et il neige,
Il neige et il pleut.

Vide, la nuit tombe,
Poisseuse, des cieux ;
Des écoliers pâles
Passent souffreteux.

Les murs sont humides,
Le froid m’envahit.
Et lors ma pensée
Vers les tombes fuit…

L’automne et l’hiver
Descendent tous deux ;
Il pleut et il neige,
Il neige et il pleut.

(George Bacovia)

 

 

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Suite ininterrompue… (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2019



Suite ininterrompue…

Le ciel ouvre son oeil-de-boeuf
Derrière lequel le soleil gesticule dans des contrées de bruine
Je regarde déguerpir le paysage et se dissiper le clocher
Je découvre le port sous le soleil laiteux d’un ciel nébuleux
Où les mouettes ricanent au-dessus du lancinant tangage des barques
Je parcours ces grèves grises d’herbe salée
Le long de rus obscurs
Jusqu’à cet horizon hermétique
De terres sans fin

Une meute de nuages assaille le rivage salutaire
Je guette une éclaircie pour découvrir des dunes indolentes
Que frôlent d’infimes faisceaux de lumière opaline

À travers un ciel vaporeux
Je pénètre au cœur des forêts clémentes sous de sombres futaies
Où la végétation étouffe le sol

Jour neige ou jour pluie en absence de soleil
Gouttes ou flocons léthargiques et légers
Qui se précipitent et s’alourdissent
Sur la campagne désolée

Les oiseaux s’enfuient
L’eau galope dans les rigoles
L’éclat tendre de l’aube tarde
Au début de cet instant
J’en vis la fraîcheur

J’accompagne l’onde dans la clarté fauve du midi
Jusqu’à cette brume bleue sur la mer
À travers ce bosquet enveloppé de vapeur
Sur ce mystérieux sentier de sable

Je découvre les coloris qu’arborent les parfums
Un brisant d’écume aux arêtes marquées
D’un vert qui est celui d’une vague sertie
Dans une émeraude de la plus belle eau

(Jean-Baptiste Besnard)

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Pluie (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018




    
Pluie

Si peu
si pauvre

Petite bruine

Se plaint
apeurée

Pleure

Pleuvine

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

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Toutes les âmes bien aimées (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018



Illustration: Alexandre Seon

Toutes les âmes bien aimées sont sur de hautes étoiles.
Comme il est doux de n’avoir plus personne à perdre
Et de pouvoir pleurer. L’air de Tsarskoïe Selo
Ne fut créé que pour porter les chants.

Sur la rive un saule d’argent
Caresse l’eau claire de septembre.
Surgissant du passé, en silence,
Elle vient à ma rencontre, mon ombre.

Il y a tant de lyres ici, pendues aux branches,
La mienne aussi, dirait-on, a sa place.
Et cette petite bruine ensoleillée,
Comme une heureuse nouvelle, me console.

(Anna Akhmatova)

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

 

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Dans la bruine (Bashô)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2018




    
Dans la bruine
Les passeroses
Font un ciel brillant.

(Bashô)

 

Recueil: Haïku
Traduction: Philippe Jaccottet
Editions: Fata Morgana

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MITLA (Homero Aridjis)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2018


 


 

Mitla Ruins 3

MITLA

Dames du présent et de l’oubli
les fourmis parcourent
les espaces du silence
emportant des grappes de vie
vers le monde des ombres

Comme des vampires aux ailes ouvertes
à l’horizon, se profilent, nébuleux,
les seigneurs émaciés de la mort,
qui ne font pas d’ombre sur le sable,
ni le vent ni l’instant ne les touchent.

Entre les rochers brisés qu’un jour ils détruiront
sur leur cheval ancien qui un jour tombera
sans aucun souvenir des dieux éteints
ni du fleuve impassible changé en bruine
je vois le soleil couchant

Lentes, les ombres descendent
sur les chemins chauves du Mont Alban,
elles voyagent vers l’autre monde
à travers pierres et murets
tremblantes et froides

Dans le jardin délabré au bord d’une tombe
un prêtre desséché dans sa chemise grecque
jette son spectre à la poussière
et trace d’un doigt maigre
les constellations évanouies.

(Homero Aridjis)

Illustration

 

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Cette rue, je la connais (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018




    
Cette rue, je la connais,
je la connais, cette maisonnette.
Le chaume bleu de ses chenaux
a glissé par-dessus la fenêtre.

Il y eut les années de détresse,
le déchaînement de forces insensées.
Je me suis souvenu de ma jeunesse,
souvenu de ma campagne bleue.

Je n’ai cherché ni la tranquillité
ni la gloire, dont je connais la vanité.
Aujourd’hui si je ferme les yeux
je ne vois que la maison paternelle.

Je vois le jardin sous la bruine bleue,
août en silence tapi contre la haie.
Et les saules dont les pattes vertes
abritent le ramage des oiseaux.

Si je l’ai aimée, notre maison de bois
aux poutres craquelées, inquiétantes !
Les nuits de pluie, notre vieux poêle
poussait d’étranges plaintes sauvages.

Râles déchirants, voix puissante
comme d’un vivant à l’agonie.
Que voyait-il, notre chameau de briques,
à travers le gémissement de la pluie ?

Quelque pays lointain sans doute,
rêves d’antan, époques florissantes,
les sables d’or d’Afghanistan,
les soirs cristallins de Boukhara.

Ces pays, je les connais aussi.
Que de chemin n’y ai-je parcouru.
Mais aujourd’hui je n’ai qu’un souhait :
Revoir les lieux de mon enfance

Pourtant ce tendre espoir n’est plus,
n’est plus que cendres dans la brume bleue.
Paix à toi, chaume de mes champs
paix à toi, ma maison de bois !

***

(Sergueï Essénine)

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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