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Une nuit, sous la terrible lune (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



 

Yuri Dubinin - (13)

Une nuit, sous la terrible lune
Qui saignait parmi les brumes roses,
Tu parlais, ô soeur, de tristes choses
Comme une enfant prise de rancune.

Au loin les appels des mauvais hommes
Nous montaient des vergers de la plaine
Où les arbres tordus par la haine
Tendaient, fruits du mal amour, leurs pommes.

Tu n’entendis pas le bruit des roues
Rapportant vers les petits villages
La récolte des moissonneurs sages
Qui peinent le temps où tu te joues.

Tu cueillais les pavots de la route
Pour en festonner, plein tes mains molles,
Notre maison où l’on voit les folles
Mendier, soeurs du deuil et du doute.

Comme devant une étrange auberge
Tu fis, vocatrice de désastres,
Le signe qui flétrit les bons astres
Dans le jardin d’azur de la Vierge.

Puis effeuillant au seuil de la porte
Les fleurs de l’ombre l’une après l’une,
Tu chantas quelque chose à la Lune,
Quelque chose dont mon âme est morte.

(Stuart Merrill)

Illustration: Yuri Dubinin

 

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Passion sans mesure (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2019



Passion sans mesure

Dans l’espace où s’inscrit notre passion
Dans le champ où s’assouvissent nos désirs
Et dans l’épaisseur de la chair
D’un paysage déchiqueté
La terre chancelle et se renverse
Dans l’effusion de nos corps.

Sur le sentier
J’écarte pour toi les ronces
Au milieu des rafales
A travers la brume
Le ciel s’habille de gris

Tu te blottis contre mon corps

Incertitude d’une voix qui pousse
Un cri dans la nuit
Dans l’ombre des sommets
Des êtres d’obscurité
Abordent aux rives du néant

Moi je veux seulement voir
Ton visage dans le silence
Avant que le matin ne teinte de rose
La surface de l’eau

(Jean-Baptiste Besnard)

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Hantise (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2019



 

Charles Guilloux  1_500

Hantise

A EPHRAÏM MIKHAËL.

Par les vastes forêts, à l’heure vespérale,
Les ruisseaux endormeurs modulent leurs sanglots :
Mon âme s’alanguit d’une horreur sépulcrale
A l’heure vespérale où murmurent les flots.

Les ruisseaux endormeurs modulent leurs sanglots
Sous les feuilles que frôle un vent crépusculaire :
A l’heure vespérale où murmurent les flots
Un fantôme s’effare en l’ombre funéraire.

Sous les feuilles que frôle un vent crépusculaire
La lueur de la lune illumine le soir :
Un fantôme s’effare en l’ombre funéraire
Et l’âme de l’air râle en brumes d’encensoir.

La lueur de la lune illumine le soir,
Impalpable remous de la marée astrale,
Et l’âme de l’air râle en brumes d’encensoir
Par les vastes forêts, à l’heure vespérale.

(Stuart Merrill)

Illustration: Charles Guilloux

 

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L’OISEAU D’ENFER (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2019



 

L’OISEAU D’ENFER

Cet oiseau noir dans ma tête
Ne se laisse pas apprivoiser
Il est comme un nuage qui se défile
et qu’on n’attrape jamais
comme la fumée entre les doigts
et la brume sur les yeux

Et cependant je n’ose le confier à personne
et je le vois disparaître avec regret
Il s’accroche à tous les sourires
se pose sur les mains tendues
et se nourrit du sucre des paroles
sans même pousser un cri de joie

Longtemps j’ai essayé de ne pas le voir
de ne plus l’écouter quand il croasse la nuit
et qu’il déchire de ses serres
les filets de la certitude
ll est le fils de l’insomnie
et du dégoût mélancolique

Mon oiseau noir mon fidèle
la haine n’est pas ta cousine
Je te donne trois jours et trois nuits

(Philippe Soupault)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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LES PEUPLIERS DE KERANROUX (Charles Le Goffic)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2019



 

LES PEUPLIERS DE KERANROUX

Le soir a tendu de sa brume
Les peupliers de Keranroux.
La première étoile s’allume;
Viens-t’en voir les peupliers roux.
Fouettés des vents, battus des grêles,
Et toujours sveltes cependant,
Ils lèvent leurs colonnes grêles
Sur le fond gris de l’occident.
Et dans ces brumes vespérales
Les longs et minces peupliers
Font rêver à des cathédrales
Qui n’auraient plus que leurs piliers.

(Charles Le Goffic)

 

 

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Crépuscule d’automne (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2019


 


 

Agata Modzelewska 500

Crépuscule d’automne

Sous le souffle étouffé des vents ensorceleurs
J’entends sourdre sous bois les sanglots et les rêves :
Car voici venir l’heure où dans des lueurs brèves
Les feuilles des forêts entonnent, choeur en pleurs,
L’automnal requiem des soleils et des sèves.

Comme au fond d’une nef qui vient de s’assombrir
L’on ouït des frissons de frêles banderolles,
Et le long des buissons qui perdent leurs corolles
La maladive odeur des fleurs qui vont mourir
S’évapore en remous de subtiles paroles.

Sous la lune allumée au nocturne horizon
L’âme de l’angelus en la brume chantonne :
L’écho tinte au lointain comme un glas monotone
Et l’air rêve aux frimas de la froide saison
A l’heure où meurt l’amour, à l’heure où meurt l’automne !

(Stuart Merrill)

Illustration: Agata Modzelewska

 

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Figure de rêve (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2019



Emilia Castañeda 1943 - Spanish painter -   (45) [1280x768]

 

Figure de rêve

Séquence

La très chère aux yeux clairs apparaît sous la lune,
Sous la lune éphémère et mère des beaux rêves.
La lumière bleuie par les brumes cendrait
D’une poussière aérienne
Son front fleuri d’étoiles, et sa légère chevelure
Flottait dans l’air derrière ses pas légers :
La chimère dormait au fond de ses prunelles.
Sur la chair nue et frêle de son cou
Les stellaires sourires d’un rosaire de perles
Étageaient les reflets de leurs pâles éclairs. Ses poignets
Avaient des bracelets tout pareils ; et sa tête,
La couronne incrustée des sept pierres mystiques
Dont les flammes transpercent le coeur comme des glaives,
Sous la lune éphémère et mère des beaux rêves.

(Remy de Gourmont)

Illustration: Emilia Castañeda

 

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PAROLES SUR LA DUNE (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2019



 

 

PAROLES SUR LA DUNE

Où donc s’en sont allés mes jours évanouis ?
Est-il quelqu’un qui me connaisse ?
Ai-je encor quelque chose en mes yeux éblouis,
De la clarté de ma jeunesse ?

Tout s’est-il envolé ? Je suis seul, je suis las ;
J’appelle sans qu’on me réponde ;
O vents ! ô flots ! ne suis-je aussi qu’un souffle, hélas !
Hélas ! ne suis-je aussi qu’une onde ?

Ne verrai-je plus rien de tout ce que j’aimais ?
Au dedans de moi le soir tombe.
O terre, dont la brume efface les sommets,
Suis-je le spectre, et toi la tombe? …

Et je pense, écoutant gémir le vent amer,
Et l’onde aux plis infranchissables ;
L’été rit, et l’on voit sur le bord de la mer
Fleurir le chardon bleu des sables.

(Victor Hugo)

Illustration

 

 

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L’heure verte (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2019



 

L’heure verte

Comme bercée en un hamac
La pensée oscille et tournoie,
A cette heure où tout estomac
Dans un flot d’absinthe se noie.

Et l’absinthe pénètre l’air,
Car cette heure est toute émeraude.
L’appétit aiguise le flair
De plus d’un nez rose qui rôde.

Promenant le regard savant
De ses grands yeux d’aigues-marines,
Circé cherche d’où vient le vent
Qui lui caresse les narines.

Et, vers des dîners inconnus,
Elle court à travers l’opale
De la brume du soir. Vénus
S’allume dans le ciel vert-pâle.

(Charles Cros)

Illustration: Viktor Oliva

 

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Le fou (Henri Gougaud)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2019



Il était bon comme une figue brune
il était fort comme un désir de loup
il était seul comme un chien dans la lune
il était fou, fou comme l’amour fou.

Il était beau comme un pitre en Sorbonne
sérieux aussi comme un enfant qui joue
il était fier comme un air de trombonne
il était fou, fou comme l’amour fou.

Il s’exaltait comme un désert qui danse
il rêvait grand comme un oeil de hibou
il s’affolait comme un cri d’ambulance
il était fou, fou comme l’amour fou.

Il est parti comme un cheval sauvage
il s’est défait comme brume au mois d’août
il a vécu comme un oiseau sans âge
il était fou, fou comme l’amour fou.

Il fut amant comme on l’est en enfance
il en souffrit mais au fond ce fut doux
il s’est perdu comme on part en vacances
il était fou, fou comme l’amour fou.

(Henri Gougaud)

Illustration

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