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Poésie

Posts Tagged ‘brutal’

Beaucoup de lumière (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2017




    
Beaucoup de lumière
et votre voix partout
mêlée aux voix des choses
comme une paix brutale
un couteau de fraîcheur
au plus épais de l’âme

Je parle de l’âme
Je pourrais dire le corps
le bois de cette table
ou le tissu de vos robes
Je pourrais dire chaque chose
dans la lumière
L’âme n’est rien que l’invisible
et l’invisible est tout ce que l’on voit
ou plutôt tout ce qui sous nos yeux
demande à être vu
désespère d’être vu
appelle appelle appelle

(Christian Bobin)

 

Recueil: La Vie Passante
Editions: Fata Morgana

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Ce qu’il me faut (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017




    
Ce qu’il me faut

Chantez, chantez encor, rêveurs mélancoliques,
Vos doucereux amours et vos beautés mystiques
Qui baissent les deux yeux
Des paroles du cœur, vantez la puissance,
Et la virginité des robes d’innocence,
Et les premiers aveux !

Ce qu’il me faut à moi, c’est un amour qui brûle,
Et comme un dard de feu dans mes veines circule,
Tout rempli d’alcool ;
C’est une courtisane enivrée et folâtre,
Dansant autour d’un punch à la flamme bleuâtre,
Et buvant à plein bol !

Ce qu’il me faut à moi, c’est la brutale orgie,
La brune courtisane à la lèvre rougie
Qui se pâme et se tord ;
Qui s’enlace à vos bras dans sa fougueuse ivresse,
Qui laisse ses cheveux se dérouler en tresse,
Vous étreint et vous mord !

C’est une femme ardente autant qu’une espagnole,
Dont les transports d’amour rendent la tête folle
Et font craquer le lit ;
C’est une passion forte comme la fièvre,
Une lèvre de feu qui s’attache à ma lèvre
Pendant toute une nuit !

C’est une cuisse blanche à la mienne enlacée,
Une lèvre de feu d’où jaillit la pensée ;
Ce sont surtout deux seins,
Fruits d’amour arrondis par une main divine,
Qui tous deux à la fois vibrent sur la poitrine,
Qu’on prend à pleines mains.

Eh bien ! venez encor me vanter vos pucelles,
Avec leurs regards froids, avec leurs tailles frêles,
Frêles comme un roseau ;
Qui n’osent d’un seul doigt vous toucher,- ni rien dire,
Qui n’osent regarder et craignent de sourire,
Ne boivent que de l’eau.

Non ! vous ne valez pas, ô tendre jeune fille,
Au teint frais et si pur caché sous la mantille,
Et dans le blanc satin,
Non, dames de grand ton, en tout, tant que vous êtes,
Non, vous ne valez pas, femmes dites honnêtes,
Un amour de catin !

(Alfred de Musset)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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Histoire de la Nonne (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2017



Histoire de la Nonne

Rebroussée par un vent brutal,
sa chevelure lui tomba
sur le visage,

l’aveugla, l’enivra.

C’était avril,
le temps des rages,
des errances.

La nuit soufflait des spectres,
de grandes mains mouvaient
des ombres de caresses.

Les yeux fermés,
dans le désir,
elle embrassa le vent,

vacante, s’égara,
connut la griffe,
la morsure,

enfin vit se lever
au plus obscur
un oeil géant.

Alors la chevelure fut tranchée,
le front voilé,
le corps serré dans un fourreau de glace.

(Jean Joubert)


Illustration:
Paul Hoecker

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Douleur (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017



    

Douleur: explosion, spasmes.

Le fond de la gorge
se dévoile en chair animale,
humide pantelante.

Brutal, ce qui nous tient le plus à l’être.

Dans l’extrême nous retrouvons
la soupe d’origine, où tressaillent vaguement des cellules.

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Terre Energumène
Editions: Le Castor Astral

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J’attends le printemps (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2017



« Vous cherchez du côté du plus grand…
C’est tellement plus simple : J’attends le printemps.
Ce que j’appelle le printemps n’est pas affaire de climat ou de saison.
Cela peut surgir au plus noir de l’année.
C’est même une de ses caractéristiques :
Quelque chose qui peut venir à tout moment pour interrompre, briser
– et au bout du compte, délivrer.

Le printemps n’est rien de compréhensible
– c’est même ce qui lui permet de tenir dans trois fois rien
– un bruit, un silence, un rire.

Il se moque de conclure.
Il ouvre et ne termine jamais.
Il est dans sa nature d’être sans fin.

Ce que j’appelle le printemps ne va pas sans déchirure.
C’est une chose douce et brutale.
Nous ne devrions pas être surpris de ce mélange.
Si nous le sommes, c’est que la vie nous rend distraits.
Nous ne faisons pas assez attention.

Si nous regardions bien, si nous regardions calmement,
nous serions effrayés par la souveraineté de la moindre pâquerette :
elle est là, toute bête, toute jaune.
Pour être là, elle a dû traverser des morts et des déserts.
Pour être là, toute menue,
elle a dû livrer des guerres sans pitié.

Ce que j’appelle le printemps est une chose du même ordre…

Dans le printemps, rien de tranquille ni de gagné d’avance.
Lorsqu’il arrive, nous ne nous y retrouvons plus.
Presque rien n’a changé et ce presque rien change tout.

Nous nous accoutumons trop vite à ce que nous avons.

Dieu merci, le printemps vient remettre du désordre dans tout ça.
Nous découvrons que nous n’avons jamais rien eu à nous,
et cette découverte est la chose la plus joyeuse que je connaisse. »

(Christian Bobin)

 

 

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Marine (Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2017



L’Océan sonore
Palpite sous l’œil
De la lune en deuil
Et palpite encore,

Tandis qu’un éclair
Brutal et sinistre
Fend le ciel de bistre
D’un long zigzag clair,

Et que chaque lame,
En bonds convulsifs,
Le long des récifs
Va, vient, luit et clame,

Et qu’au firmament,
Où l’ouragan erre,
Rugit le tonnerre
Formidablement.

(Verlaine)

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PREMIÈRE SOIRÉE (Arthur Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2016




PREMIÈRE SOIRÉE

Elle était fort déshabillée
Et de grands arbres indiscrets
Aux vitres jetaient leur feuillée
Malinement, tout près, tout près.

Assise sur ma grande chaise,
Mi-nue, elle joignait les mains.
Sur le plancher frissonnaient d’aise
Ses petits pieds si fins, si fins.

Je regardai, couleur de cire,
Un petit rayon buissonnier
Papillonner dans son sourire
Et sur son sein, mouche au rosier.

Je baisai ses fines chevilles.
Elle eut un doux rire brutal
Qui s’égrenait en claires trilles,
Un joli rire de cristal.

Les petits pieds sous la chemise
Se sauvèrent : « Veux-tu finir ! »
– La première audace permise,
Le rire feignait de punir !

Pauvrets palpitants sous ma lèvre,
Je baisai doucement ses yeux :
– Elle jeta sa tête mièvre
En arrière : « Oh ! c’est encor mieux ! …

Monsieur, j’ai deux mots à te dire… »
– Je lui jetai le reste au sein
Dans un baiser, qui la fit rire
D’un bon rire qui voulait bien…

Elle était fort déshabillée
Et de grands arbres indiscrets
Aux vitres jetaient leur feuillée
Malinement, tout près, tout près.

(Arthur Rimbaud)

Illustration: Pascal Renoux

 

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Aller-simple (René-Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2016



Aller-simple

Ce sera comme un arrêt brutal du train
Au beau milieu de la campagne, un jour d’été

(René-Guy Cadou)

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Ce sera comme un arrêt brutal (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2016



 

Ce sera comme un arrêt brutal du train
Au beau milieu de la campagne un jour d’été

(René Guy Cadou)

 

 

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Ça a commencé comme ça… (Bruno Doucey)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2016



Ça a commencé comme ça…

Ça ressemble à quoi l’amour?
Comment le reconnaître quand il pointe son nez
à la fenêtre de notre vie?
Peut-on décider de tomber amoureux?
Comment savons-nous que nous aimons?
Ces questions, je me les suis longtemps posées.
Comme tout le monde, peut-être…
Je ne savais pas.
C’est compliqué la vie…

Et puis, un jour, il s’est passé quelque chose.
Comme une étincelle ou le coeur qui fait boum.
J’ai rencontré une personne,
et cette rencontre m’a bouleversé.
J’ai voulu la revoir et la revoir encore.
Lui parler.
L’écouter.
La regarder.

Mon coeur battait la chamade en sa présence.
J’avais envie de toucher sa main,
d’effleurer son bras,
d’approcher mon visage de son visage,
mon corps de son corps.

Je ne pouvais plus dormir,
plus penser,
plus rêver à autre chose.
Je ne savais plus
où j’en étais
ni qui j’étais.
Un temps, je me suis éloigné,pour savoir,
mais l’autre m’a manqué et le mal s’est aggravé.

Alors, je suis revenu pour tenter d’élucider un mystère.
Pour atteindre l’être qui m’enveloppait comme un parfum.
Pour déchiffrer la place que j’occupais en l’autre,
et celle de l’autre en moi.
Pour rechercher des preuves d’amour.
Pour aimer.

Cette irruption brutale du sentiment dans la vie,
cette magie d’une présence,
cette impression de vivre pleinement,

c’est donc cela l’amour?

(Bruno Doucey)

 

 

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