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TOUS LES POÈMES QUI… (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2018




    
TOUS LES POÈMES QUI…

Tous les poèmes qui ne sont jamais
nés, qui ont juste montré le bout de
l’oreille, se sont brouillés, dissous, perdus,
bus par la terre obscure où les larves
des limbes, les menus fossoyeurs, ont vite
dévoré leur chair à peine chair, rendu
les yeux encore aveugles à la nuit.

Tous les poèmes de l’impasse et du naufrage :
brusque désir, souffle d’un mot, appel
dans la forêt pour que les songes se
rameutent, aube d’un chant comme d’oiseau
à la lisière, qui s’enfle, qui s’efforce
et puis soudain trébuche dans le gris.
La brume tombe, il pleut des feuilles et des cendres.

La main faiblit, le coeur s’est détourné
comme celui qui apportait le pain et la parole,
sur un caprice ou sur un ordre obscur,
change de route, et l’on entend son pas
qui peu à peu s’éloigne sur les pierres,
s’efface, nous laissant aux bassesses du jour.

Tous les poèmes qui ne sont jamais nés,
dont la poussière rôde dans le revers du monde :
paroles d’ombre pour les ombres…

Nous devinons parfois dans le sommeil
leur frôlement et la double rumeur,
comme s’ils imploraient de nous une terre d’asile,
une autre chance d’exister.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Actes Sud

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Toi tu cours (Alireza Rôshan)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2018



تو†می†دوی
toi tu cours
تو†می†آیی
toi tu viens
قلب†من†به†شماره†می†افتد
c’est mon coeur qui s’accélère
من†نفس†نفس†می†زنم
c’est moi qui m’essouffle

ﻥﺪﻧﺎﻣ
rester
ﺖﺳﯽﺘﻟﺎﺣ
est un état
ﻥﺪﻣﺁ ﻥﺎﯿﻣ
entre venir

et
ﱳﻓﺭ
partir

ﺍﺭ ﺏﺁ ﺎﻣ
nous, l’eau
ﱳﺴﯾﺮﮔ ﯼﺍﺮﺑ
nous l’avons bue
ﻢﯾﺍﻩﺪﯿﺷﻮﻧ
pour pleurer

ﯽﺘﺴﯾﺮﮔ ﻥﺎﯿﻧﺍﺪﻧﺯ ﯽﻣﺎﲤ ﻝﺎﺣ ﺮﺑ
tu as pleuré sur tous les prisonniers
ﻦﻣ ﺮﺑ ﺮﮕﻣ
sauf sur moi
ﻮﺗ ﺭﺩ ﻪﻛ
qui en toi
ﻡﺍﻩﺪﺷ ﺪﺑﺍ ﺲﺒﺣ
suis prisonnier à vie

ﺍﺭ ﻩﺮﺠﻨﭘ
elle a refermé la fenêtre
ﺖﺴﺑ ﻦﻣ ﺮﺑ
sur moi
ﻩﺎﻣ ﺲﻜﻋ ﻭ
et le reflet de la lune
ﻭﺍ ﯼﺎﺟ ﻪﺑ
prenant sa place
ﺖﺴﺸﻧ ﻪﺸﯿﺷ ﺮﺑ
s’est posé sur la vitre

ﻪﺸﯿﺷ ﺪﻨﻛ ﻪﭼ
que peut la vitre
ﮓﻨﺳ ﺝﺎﻣﺁ ﺭﺩ
visée par la pierre
ﱳﺴﻜﺷ ﺰﺟ
sinon casser

ﻮﺗ ﯽﯾﺎﺒﯾﺯ
ta beauté
ﺖﺳﺍ ﻩﺎﻣ ﺪﻨﻧﺎﻣ
est comme la lune
ﺖﻧﺪﯾﺩ ﯼﺍﺮﺑ
pour te voir
ﺖﺷﺍﺩ ﻩﺪﻧﺯ ﺍﺭ ﺐﺷ ﺪﯾﺎﺑ
il faut veiller

(Alireza Rôshan)

Illustration: Brigitte Perrault

 

 

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Les champs sont noir (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Illustration: Abraham Poincheval 
    
Les champs sont noirs comme la bouche d’un tunnel
Ne quitte pas cette route qui vient des villes :
Le calme a des bordures qui cèdent comme des trappes.
Ne lève pas la main pour toucher le ciel bas.

Les nuages tombent de l’autre côté du monde,
lourds comme des forêts enfermées dans le vent,
larges comme les plaines qu’ils étouffent
et les pierres montrent les débris de chair de la terre.

Quelles douces mains s’accouvent sur nos fronts,
sous quels beaux miroirs se plaignent nos mémoires ?
Quand la pluie tombe, un grand fond de détresse
fait vaciller la joie qui monte dans l’homme.

Un geste indifférent résume le passé,
le coeur en battant a peur de faire du bruit,
la nuit ne peut consoler le cri des sirènes :
le monde est seul comme une bouteille bue.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Entre les villages (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017



Illustration: Vincent Van Gogh
    
Entre les villages séparés par le silence,
les chaumes se tendent comme des oiseaux
aux aguets et l’on entend parfois le bruit
que fait une feuille pour rentrer dans la terre.

Il y a tant de litres de clarté jamais bus
jamais vides de leur éclatement facile
que la terre reste blanche comme les routes
dont la poussière cache un peu de soleil.

Le ciel trop haut n’a pas retenu ton regard
la terre n’a pas gardé ton pas sur les chemins
Il reste un peu de buée sur la tête trop claire,
un peu de tendresse mal assemblée dans la main.

Tu as vécu jusqu’au dernier papier de peau
jusqu’à la dernière goutte de regard.
Pas une femme ne se souvient de ta vie
comme la terre se souvient des étoiles.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Aux confins du dire (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2017




    
Aux confins du dire
La cigale sème les cendres
sur le sol craquelé
Toute rosée étant bue
Le pétale au geste épuré
traverse l’espace
À l’instant attendu
Au creux de l’inouï
Aux confins du dire

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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L’âme est ivre (Marguerite Porete)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2017



L’âme est ivre non seulement de ce qu’elle a bu,
mais ivre entièrement et bien plus
de ce qu’elle n’a pas bu et jamais ne boira.

(Marguerite Porete)

 

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Quand je me souviens (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2017



Si tu me vois les yeux perdus au paradis,
C’est quand je me souviens de ton lait bu jadis.

(Stéphane Mallarmé)


Illustration: Alfred van Muyden

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