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Poésie

Posts Tagged ‘bûcher’

De ta fenêtre ardente (René Char)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2019



De ta fenêtre ardente, reconnais dans les traits
de ce bûcher subtil le poète, tombereau de roseaux
qui brûlent et que l’inespéré escorte.

(René Char)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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L’union parfaite (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2019



    

L’union parfaite

Jour et nuit, je pleure après une union, mon Amour,
Union semblable à une mort affamée.
Viens me ligoter, viens me cueillir,
Dénude-moi de ma pudeur, de mes habits, de mon voile.
Viens et maraude parmi mon corps juvénile,
Prive mes yeux de sommeil, du rêve même de dormir.
Dévalise cet univers vaste et réveille
Ma vie et ma mort, pour toute éternité.
Au bûcher de l’union dans un monde solitaire
Là où la création s’est évanouie à l’extinction du soleil,
Sans pudeur et dévêtus en deux coeurs nus
Que toi et moi devenions beauté infinie.
Quel est ce rêve audacieux, Seigneur,
Où réside cette union sans Toi?

***

Total union

Night and day, I weep, O Love, for a union,
Union resembling a hungry death.
Come and bind me, pluck me away,
Strip me of modesty, of raiment, of screen.
Come and steal this juvenile body,
Bereave my eyes of sleep, of dream of sleeping.
Rob this universe vast an d awake,
My life and my death, for an eternity.
At the crematorium of union amid a solitary world
Where the creation has fainted with the extinction of the sun,
Shameless unclothed in two naked hearts
Let you and me become beauty infinite.
What an audacious dream, O Lord,
Where lies this union without You?

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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Que de fois, amour, t’ai-je aimée sans te voir (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Que de fois, amour, t’ai-je aimée sans te voir, sans souvenir même,
sans reconnaître ton regard, sans te regarder, centauresse,
en des régions hostiles, et sous la brûlure du midi :
tu étais seulement le parfum des céréales que j’aime.

Peut-être en passant t’ai-je vue, imaginée levant un verre
à Angol, dans la lumière de la lune au mois de juin,
ou bien peut-être étais-tu la ceinture de cette guitare
dont j’ai joué dans les ténèbres et qui sonna, mer furieuse.

Je t’ai aimée, je ne l’ai pas su et j’ai cherché ta mémoire.
Maisons vides : lampe en main j’y entrai pour voler ton portrait.
Mais moi je savais déjà comment tu étais. Et tout d’un coup

tu venais avec moi, je t’ai touchée et ma vie s’arrêta :
tu étais en face de moi, régnant en moi, et tu y règnes.
Comme un bûcher allumé dans les bois c’est le feu qui est ton royaume.

***

Cuántas veces, amor, te amé sin verte y tal vez sin recuerdo,
sin reconocer tu mirada, sin mirarte, centaura,
en regiones contrarias, en un mediodía quemante
era sólo el aroma de los cereales que amo.

Tal vez te vi, te supuse al pasar levantando una copa
en Angol, a la luz de la luna de junio,
o eras tú la cintura de aquella guitarra
que toqué en las tinieblas y sonó como el mar desmedido.

Te amé sin que yo lo supiera, y busqué tu memori
En las casas vacías entré con linterna a robar tu retrato.
Pero yo ya sabía cómo eras. De pronto

mientras ibas conmigo te toqué y se detuvo mi vida :
frente a mis ojos estabas, reinándome, y reinas.
Como hoguera en los bosques el fuego es tu reino.

(Pablo Neruda)

Illustration

 

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Approche (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019



Approche, dernière chose que je reconnaisse,
mal incurable dans l’étoffe de peau; […]
Naïvement pur d’avenir, je suis
monté sur le bûcher trouble de la douleur,
sûr de ne plus acheter d’avenir
pour ce coeur où la source était muette.
Suis-je encore, méconnaissable, ce qui brûle?
Je n’y traînerai pas de souvenirs.
Ô vie, ô vie; être dehors.
Et moi en flammes. Nul qui me connaisse
Suis-je encore, méconnaissable, ce qui brûle ?
Je n’y traînerai
pas de souvenirs.
O vie, ô vie : être dehors.
Et moi en flammes. Nul qui me connaisse.

(Dernière annotation dans son Journal)

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Ethan Cranke

 

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Oh! c’était un jour de fraîcheur (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019




Oh! c’était un jour de fraîcheur
Dans la merveilleuse ville de Pierre.
Le couchant semblait un bûcher de pourpre
Et l’ombre lentement s’épaississait.

Tu as caressé ma poitrine
Comme autrefois on caressait la lyre,
Pour entendre une humble réponse
À un «je t’aime» conquérant.

Tu n’as que faire de mes yeux,
Qui sont prophétiques et constants.
Mais tu voudrais te saisir de mes vers,
Prière de mes lèvres orgueilleuses.

(Anna Akhmatova)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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FEU D’HIVER (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



Illustration
    
FEU D’HIVER

La nature est présente dans ma chambre, l’hiver,
Rideaux tirés devant les nuages et les étoiles,
Les lacs, les collines, les douces prairies lointaines;
Présente par le feu, plus vieux et plus sauvage.

Le feu leur survivra, le feu les prendra tous :
Dans le feu doivent tomber les bois d’automne.
L’éveil du printemps, c’est la lente combustion de l’arbre,
Le feu phénix qui brûle l’oiseau, la bête, la fleur.

Jadis Troie et le bûcher de Didon à Carthage,
Le navire de Baldur et l’incendie légendaire de Londres,
Les robes, les murs de bois, les palais de cristal
Dans leur apothéose furent pareilles flammes :

Flammes plus fluides que l’eau d’un torrent,
Flammes plus délicates et rapides que l’air,
Flammes plus infranchissables que des murs de pierre,
Destructrices, irrévocables comme le temps.

Le feu essentiel est l’esprit que rien n’entrave,
Qui, né sur les lèvres de la prophétie,
Libère les éléments étincelants de l’âme;

Sa brûlure apprend à l’amour la façon de mourir
Et aux êtres à subir leur destruction ultime
Sur ces remparts en flammes du monde qui s’élèvent
Entre notre existence et le jardin perdu.

***

WINTER FIRE

The presence of nature in my winter room
With curtains drawn across the clouds and stars,
Lakes, fells, and green sweet meadows far aime
Is fire, older and more wild than they.

Fire will outlast them all and take them ail
For into fire the autumn Woods must fan.
Spring blossoming is the slow combustion of the tree,
The phoenix fire that burns bird beast and flower away.

Once Troy and Dido’s Carthaginian pire
And Baldur’s skip, and fabulons London burning,
Robes, wooden walls and crystal palaces
In their apotheosis moere such flames as these

Flames more fluent than water of a mountain Stream,
Flames more delicate and swift than air,
Flames more impassable than walls of stone,
Destructive and irrevocable as time.

Essential fire is the unhindered spirit
That, laid upon the lips of prophecy
Frees ail the shining elements of the soul;

Whose burning teaches love the nie to die
And selves to undergo their ultimate destruction
Upon those flaming ramparts of the world
That rire between our face, and the lost garden.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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Depuis que la fumée monta de ton bûcher (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018



Depuis que la fumée monta de ton bûcher
Tous les nuages me sont chers; mais comment,
Parmi ces vagues formes illuminées,
Reconnaîtrai-je la tienne?

***

Since smoke rose from your pyre
All clouds are dear; but how
Among those vague bright forms,
Yours shall I know?

(Kathleen Raine)

 

 

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LE BLEU VENT D’OUTRE-MONTS (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



LE BLEU VENT D’OUTRE-MONTS

Le bleu vent d’outre-monts fait palpiter les frênes;
Il chante au loin du bois un carillon d’été;
Aux prés l’hermine et l’or des marguerites reines,
Et par l’azur sans fin, comme au chant des sirènes
Des récifs répété,
De grands nuages lents vont s’enflant en carènes…

Il sourd du pâturage un murmure sans trêve:
Juin chante au bois nouveau qui redit sa gaîté;
Des barques de foin gris attendent vers la grève,
La mort des fleurs qu’on fauche enivre l’air de sève
Et ma lèvre eût quêté
De la tienne le miel aprilin de ton rêve…

L’heure passe légère et court au crépuscule;
Le soleil près de choir s’est, d’orgueil, arrêté,
Là-bas, royal encore; et la fumée ondule
Du bûcher d’Occident jusqu’au zénith qui brûle…
Mon regard a guetté
Ton âme dans tes yeux où l’avenir recule…

L’heure était telle, et tout est même et se ressemble:
Le fleuve roule encore en lueurs de Léthé,
L’horizon, aussi, tel encore — que t’en semble? —
Est-il un rêve encore où nous rêvions ensemble?
N’as-tu rien regretté?
La nuit, ivre d’encens, est amoureuse et tremble…

Mais! sommes-nous ceux-là que nous avons été?

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Cyn McCurry

 

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LES ADIEUX D’UNE FEMME DOUCE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration: Edvard Munch
    
LES ADIEUX D’UNE FEMME DOUCE

Par les champs onduleux aux subtiles senteurs
Emportant ses baisers, derviche, en terre nue,
Sage et triste fakir ta femme est devenue,
Foulant la violette et n’offrant plus de fleurs !

Que n’es-tu sous mes yeux ombre fière et brillante
Suivant ma trace douce et pleine de gaîté…
Le ciel brun s’est défait de son azur d’été
Et fantôme, à présent, ton éclat se lamente.

Autant que l’infini je suis calme pourtant;
Comme la feuille aussi sur la mer qui respire.
Je veux aborder l’homme en sachant lui sourire,
Mais nul à mes côtés ne peut être présent.

Oui, les murs de ma vie ont pleuré de tristesse
Sans avoir épousé le soleil plein d’ardeur.
Mais je ne pleurai pas quand m’atteignit au coeur
L’adieu que je dus faire à tout ce que je laisse.

Comme un parfum, qu’il soit léger, mon souvenir
Vers le ciel envolé. Pour toujours, qu’il s’y pose.
Maint bûcher de mon coeur éclose comme rose !
Et fume mon amour, dont j’eus tant à souffrir.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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DÉSIR DE FUSION DANS L’ÉTREINTE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018




    
DÉSIR DE FUSION DANS L’ÉTREINTE

En vain dans tes grands yeux quelque bûcher s’allume,
En vain de tes baisers le tourment me consume,
Mes lèvres sont meurtries, mais je veux davantage !

Pour arracher ta robe, un feu incendiaire
En vue des cieux profonds halète dans ta chair.
Et qu’y a-t-il encor? Mais je veux davantage.

Pareil au nourrisson que sa catin de mère
Pour qu’il morde le feu jette en la poudrière,
Voici mon сoeur, mon coeur si beau, fou de désir !

Ah! combien j’aimerais que nos corps s’unissant,
Le sang, le mien, le tien ne soient qu’un même sang,
Fleuves unis par l’ouragan qui va finir !

Double, notre âme unique alors s’envolerait,
Calme, vers l’infini; mais qui l’effacerait,
Juste pour un seul corps et que plus rien ne touche,

Rêve de tristes fleurs qui vont éclore ensemble,
tel un subtil parfum dans la brise qui tremble,
Lorsque s’apaise enfin la tourmente farouche.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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