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Posts Tagged ‘buée’

Un corps m’est échu (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019




    
Un corps m’est échu : qu’en ferai-je enfin,
Tellement unique et tellement mien ?

La douce joie de vivre et respirer,
D’où me vient-elle, et qui en remercier ?

Étant fleur et jardinier à la fois,
Je ne suis seul dans la geôle ici-bas.

Et sur la vitre de l’éternité
Ma chaude haleine a pu se déposer.

Ses empreintes, comme des ornements,
Déjà se déchiffrent malaisément.

Que l’instant s’envole avec la buée !
Mon cher dessin, rien ne peut l’effacer.

***

Дано мне тело — что мне делать с ним,
Таким единым и таким моим?

За радость тихую дышать и жить,
Кого, скажите, мне благодарить?

Я и садовник, я же и цветок,
В темнице мира я не одинок.

На стекла вечности уже легло
Мое дыхание, мое тепло.

Запечатлеется на нем узор,
Неузнаваемый с недавних пор.

Пускай мгновения стекает муть —
Узора милого не зачеркнуть!

(Ossip Mandelstam)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: (La) Pierre
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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L’étrange éternité (Christian Viguié)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2018



Quelquefois tu dis: l’étrange éternité
quand tu dures plus que le sceau
de la buée
sur la vitre.

(Christian Viguié)

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La fente (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



Illustration:  Gustave Courbet
    
La fente

Si je regarde en toi fente

dans tes pentes dans tes plis sondant
Descendant par l’ombre et la moire à ton noir
Si je rôde et respire à tes alentours
Glissant du relief par la zone rose
Au secret gorgé de ce noir À la faille à la gorge, fente dans sa plissure avisant

Maintenant scrutant la buée belle à voir
Ce glissement à ta chaleur déjà liquide
Madame la fente où règne l’Odeur

O regardant par l’entaille le délice

de sueur, de fétide miel
Dans le val ce silence noir
De sombre suc musicien
Si descendant rôdant encore à cette orée
Je me tue à percer un chemin autre À la caverne visiteur épuisé de zèle
Quand la tonne parfumée exhale
Et coule en pluie à ta paroi

ruisselante robe définitive À ma bouche bien avant le drap des morts

O fente si je viens en toi

Par la langue et l’œil ouvrant ta nuit sacrée

Descendant par les haltes un songe noir comme un fleuve

Enfoui l’oubli muet dans tes pentes
Si j’allume au fond de la chambre
Cette lampe, fente, tes alentours sur la strie
Noire à l’ombre offrant la glu à me tuer
Visiteur encore rêvant mangeant la lumineuse suie

(Jacques Chessex)

 

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Sur maigre touffe d’herbe (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



Illustration
    
Sur maigre touffe d’herbe

Un jour j’étais couché sur maigre touffe d’herbe
Naturellement j’imaginais ma mort dans cette posture
Un autre jour j’étais à l’écoute du ciel
Et je riais de ses hôtes et de leurs trompettes pour rien

Sur maigre touffe d’herbe

Parle un fantôme

Tu m’avais dit que je verrais les anges

Au fond du ciel !

Je n’aperçois que d’autres touffes de buée

Puis plus rien

Que peut faire un mortel de sa voix mortelle

Si le gouffre est plein d’ailes que je ne vois pas

O sainte guerre!

Dormir sur l’herbe comme un mort

Voyager dans chaque heure avec l’idée de mon

fantôme
Braver le concert des témoins d’en haut
Manger de l’os sous la pulpe
De la cendre humide sous l’herbe humide de la seule
Rosée!

(Jacques Chessex)

 

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MATIN (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



MATIN

Ce matin l’herbe est noire et nue
Le vent s’allume, s’éteint
L’air s’ouvre à la pluie d’étain
Les pierres, la terre s’habituent

Ce matin le talus jaunit
Les corbeaux luisent sur le pré
L’agneau saigne à la boucherie
La terre s’y fait

Ce matin la neige est tombée
Le troupeau tousse dans la buée
Un triste coq crie au vent blanc
La terre s’y tait comme avant

Matin de cendre et de bitume
Le gel a mordu dans nos plaies
Des larmes coulent dans la haie
La grasse terre s’accoutume

Matin de ciel et de jais
Si le soleil revenait
L’air a son odeur nocturne
L’aube rougeoie derrière l’averse
La lumière est une herse
Entre maintenant et jamais
Un merle rit du chant qu’il tresse
La terre s’y fait

(Jacques Chessex)

 

 

 

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Bonté (Sylvia Plath)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018




    
Bonté

La Bonté me rend visite.
Dame Bonté, elle est trop aimable !
Ses joyaux rouges et bleus étincellent
Dans la buée des fenêtres, les miroirs
Se remplissent de sourires.

Quoi d’aussi vrai que le cri d’un enfant?
Le cri du lapin est peut-être plus sauvage
Mais il n’a pas d’âme.
Le sucre guérit de tout, puisque Bonté le dit.
Le sucre est un fluide essentiel,

Ses cristaux font de petits cataplasmes.
Oh la Bonté de Bonté
Qui ramasse gentiment les morceaux !
Les papillons désespérés de mes soieries japonaises
Seront bien vite épinglés, bien vite anesthésiés.

Et te voilà avec une tasse de thé,
Attention délicate.
Si le sang jaillit, c’est la poésie,
Rien ne peut l’arrêter.
Et tu me tends deux enfants, tu me tends deux roses.

(Sylvia Plath)

 

Recueil: Ariel
Traduction:
Editions: Gallimard

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A la dérobée (Bernard Noël)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018



Illustration: Lazo de Valdez Elisa
    
à la dérobée
retrousser la scène
épurer le temps

en finir avec
trop tôt et trop tard
prendre le présent

quelque chose goutte
au fond de la tête
c’est pas le moment

le sang se repose
le regard s’en va
jouer sur les choses

tout pourrait finir
tout peut commencer
le sens la buée

(Bernard Noël)

 

Recueil: Un livre de fables
Traduction:
Editions: Fata Morgana

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Arguments (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2018



Arguments

Avec la Raison
Qui avive les arêtes
Défriche les rêves
Ajuste le regard
Brocarde les hiatus du coeur
Machine l’avenir

Le sens est-il plus évident?

Avec la Passion
Les buées du songe
Les édifices du rêve
La surprise des sens
Les tumultes de l’âme
L’avenir sans desseins

Le sens est-il plus évident?

(Andrée Chedid)

Illustration

 

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Buée des vitres (Hala Mohammad)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2018




    
Buée des vitres
Larmes des fenêtres.

(Hala Mohammad)

 

Recueil: Ce peu de vie
Traduction: Antoine Jockey
Editions: Al Manar

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Offrir et ne jamais finir (Pierre Dhainaut)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018



 

buee

Offrir et ne jamais finir

… offrir sur la vitre
la première buée. Tu rêverais
uniquement d’être ici en avril,
tu n’esquisserais que les initiales
des prénoms que tu aimes, et toujours
ce serait, venant vers toi,
le vent pur, les nuages, l’écume…

… offrir un peu d’eau
qui croupit au bas des trottoirs.
A peine entre les mains
tu ne dirais plus qu’elle est sale,
tu t’en laverais le visage,
tu écouterais à l’instant
ce bruit de source où le ciel se découvre…

… offrir un papier
froissé, jeté. L’origine perdue, les lettres
devenues grises, l’encre et la pluie
mélangées à la terre, chaque ligne,
chaque tache, tu les déchiffrerais,
tu les rendrais arborescentes,
tu en ferais le début d’un poème…

… offrir une graine
tombée de l’érable, écrasée.
Tu la tiendrais au bout des doigts,
il te viendrait un souffle
déjà pour disjoindre tes lèvres
en épelant le mot « samare »
et partir, partir très loin avec elle…

… offrir un fragment
d’écorce, quel que soit l’arbre,
mais de préférence un bouleau,
la plus fragile. Sans cesse,
en le pressant, tu ranimerais le regard,
tu sentirais en plein essor
le tronc clair qui frémit…

… offrir un caillou
que tu ne prends que pour le reposer
dans le lit du torrent. Tu saurais bien
quelle est ta place à genoux sur la rive,
la sienne aussi entre tant d’autres
au milieu des remous, toi silencieux,
lui lumineux ensemble…

… offrir dans le sable
ces empreintes d’oiseaux
que la brise interprète en effaçant.
Tu ne pèserais plus,
sans savoir où, te saisirait
le claquement d’une aile,
tu ruissellerais sous la vague…

(Pierre Dhainaut)

Découvert chez Lara ici
 

 

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