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LA FILLE A NOT’ MEUNIER (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



Illustration: Bosc
    
LA FILLE A NOT’ MEUNIER

Not’ meunier avait un’ fille,
Lon, lon, la,
Qu’il avait fait trop gentille,
Lan dé ri ra,
Pour qu’ell’ put rester longtemps
Au moulin de ses parents.

Un bourgeoisieau du village,
Lon, lon, la,
R’marqua son p’tit air volage,
Lan dé ri ra,
Ses grands yeux bleus comm’ le ciel,
Et ses ch’veux couleur de miel.

Il l’emm’na dans la grand’ ville,
Lon, lon, la,
Pour manger quelqu’billets d’mille,
Lan dé ri ra,
Puis quand il eût mieux trouvé,
Il la laissa su’ l’pavé.

Mais ell’ reprit son courage,
Lon, lon, la,
Et s’mit à chercher… d’l’ouvrage,
Lan dé ri ra,
Sachant qu’on n’est jamais pris
Quand on est belle à Paris.

Son honneur fit la culbute,
Lon, lon, la,
Roula dans la bou’ d’la butte,
Lan dé ri ra,
Ell’ travaill’ dans un moulin
Qui moud autr’ chos’ que du grain.

Pendant c’temps là dans l’village,
Lon, lon, la,
Tout cassé, tout chargé d’âge,
Lan dé ri ra,
Son pèr’ le pauvre meunier
Pleur’ : « Ma fille a mal tourné ».

Et comm’ ce n’était qu’pour elle,
Lon, lon, la,
Que le moulin tournait d’l’aile,
Lan dé ri ra,
Le vieux fut quérir des gâs,
Et le fit jeter à bas.

(Gaston Couté)

 

 

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LE PÉCHÉ (Emile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2018



 

Le Vieux Moulin

LE PÉCHÉ

Sur sa butte que le vent gifle,
Il tourne et fauche et ronfle et siffle,
Le vieux moulin des péchés vieux
Et des forfaits astucieux.

Il geint des pieds jusqu’à la tête,
Sur fond d’orage et de tempête,
Lorsque l’automne et les nuages
Frôlent son toit de leurs voyages.

Sur la campagne abandonnée
Il apparaît une araignée
Colossale, tissant ses toiles
Jusqu’aux étoiles.

C’est le moulin des vieux péchés.

Qui l’écoute, parmi les routes,
Entend battre le coeur du diable,
Des sa carcasse insatiable.

Du travail d’ombre et de ténèbres
S’y fait, pendant les nuits funèbres
Quand la lune fendue
Gît 1à, sur le carreau de l’eau,
Comme une hostie atrocement mordue.

C’est
le moulin de la ruine
Qui moud le mal et le répand aux champs
Infini, comme une bruine.

Ceux qui sournoisement écornent
Le champ voisin en déplaçant les bornes ;
Ceux qui valets d’autrui, sèment l’ivraie
Au lieu de l’orge vraie ;
Ceux qui jettent les poisons verts dans l’eau
Où l’on amène le troupeau ;
Ceux qui, par les nuits seules,
En brasiers d’or font éclater les meules,
Tous passèrent par le moulin.

Encore :

Les vieux jeteurs de sorts et les sorcières
Que vont trouver les filles-mères ;
Ceux qui cachent dans les fourrés
Leurs ruts sinistrement vociférés ;
Ceux qui n’aiment la chair que si le sang
Gicle aux yeux, frais et luisant ;
Ceux qui s’entr’égorgent, à couteaux rouges,
Volets fermés, au fond des bouges ;
Ceux qui scrutent l’espace
Avec, au bout du poing, la mort pour tel qui passe,
Tous passèrent par le moulin.

Aussi :

Les vagabonds qui habitent des fosses
Avec leurs filles qu’ils engrossent ;
Les fous qui choisissent des bêtes
Pour assouvir leur rage et ses tempêtes ;
Les mendiants qui déterrent les mortes
Atrocement et les emportent ;
Les couples noirs, pervers et vieux,
Qui instruisent l’enfant à coucher entre eux deux ;
Tous passèrent par le moulin.

Tous sont venus, sournoisement,
Choisissant l’heure et le moment,
Avec leurs chiens et leurs brouettes,
Et leurs ânes et leurs charrettes ;
Tous sont venus, jeunes et vieux,
Pour emporter jusque chez eux
Le mauvais grain, coûte que coûte ;
Et quand ils sont redescendus
Par les sentes du haut talus,
Les grand’routes charriaient toutes
Infiniment, comme des veines,
Le sang du mal, parmi les plaines.

Et le moulin tournait au fond des soirs
La croix grande de ses bras noirs,
Avec des feux, comme des yeux,
Dans l’orbite de ses lucarnes
Dont les rayons gagnaient les loins.
Parfois, s’illuminaient des coins,
Là-bas, dans la campagne morne,
Et l’on voyait les porteurs gourds,
Ployant au faix des péchés lourds,
Hagards et las, buter de borne en borne.

(Emile Verhaeren)

 

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POUR UN TEMPS, POUR UN PETIT TEMPS (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Pascal Baudot
    
POUR UN TEMPS, POUR UN PETIT TEMPS

Pour un temps, pour un petit temps,
De la foule et du bruit gardée,
Je puis chanter, je puis sourire :
Pour un petit temps j’ai congé!

Où iras-tu, coeur harassé?
Oh! plus d’une terre t’invite,
Là-bas comme iei, plus d’un gîte
Te promet repos, front lassé.

Je sais, parmi d’âpres collines,
Un vallon où hurle l’hiver,
Mais où, dans la froidure, brille
Une réchauffante lumière.

Ce n’est, sous un brouillard sans lune,
Qu’un vieux toit flanqué d’arbres nus,
Mais qu’est-il de plus cher au monde
Que le foyer qu’on a perdu?

L’oiseau muet perché sur la pierre,
Le mur que la mousse verdit,
L’allée où foisonne l’ortie,
Combien, ô combien je les aime!

Les rejoindrai-je? Ou chercherai-je
Un climat autre, un autre ciel
Pour la musique familière
D’un parler cher au souvenir?

Comme je rêvais, s’évanouirent
Le feu vacillant, les murs nus :
Après la pénombre lugubre,
Un jour radieux m’apparut.

Verdoyant, un sentier désert
Débouchait sur un vaste herbage
Que des monts vaporeux, bleuâtres,
Cernaient là-bas de toutes parts;

Un ciel si limpide, une terre
Si calme, tant de paix dans l’air,
Des moutons sauvages paissant
Pour parfaire l’enchantement —

La scène m’était bien connue,
Et connues toutes, même au loin,
Les pistes qui, sur chaque butte,
Marquaient le passage des daims.

N’y fussé-je restée qu’une heure,
Elle eût valu des jours de peine,
Mais le réel chasse le rêve :
Voici qu’on tire mes verrous.

Tandis que j’étais abîmée
Dans cette extase lumineuse,
Mon heure de paix avait fui
Pour me rendre au poignant souci.

***

A LITTLE WHILE, A LITTLE WHILE

A little while, a little while,
The noisy crowd are barred away;
And I can sing and I can smile
A little while I’ve holiday!

Where wilt thou go, my harassed heart?
Full many a land invites thee now;
And places near and far apart
Have rest for thee, my weary brow.

There is a spot ‘mid barren hills
Where winter howls and driving rain,
But if the dreary tempest chills
There is a light that warms again.

The house is old, the trees are bare
And moonless bends the misty dome,
But what on earth is half so dear,
So longed for as the hearth of home?

The mute birds sitting on the stone,
The dank moss dripping from the wall,
The garden-walk with weeds o’ergrown,
I love them—how I love them all !

Shall I go there? or shall I seek
Another clime, another sky,
Where tongues familiar music speak
In accents dear to memory?

Yet, as I mused, the naked room,
The flickering firelight died away
And from the midst of cheerless gloom
I passed to bright, unclouded day—

A little and a lone green lane
That opened on a common wide;
A distant, dreamy, dim blue chain
Of mountains circling every aide;

A heaven so clear, an earth so calm,
So sweet, so soft, so hushed an air
And, deepening still the dream-like charm,
Wild moor-sheep feeding everywhere—

That was the scene; I knew it well,
I knew the pathways far and near
That winding o’er each billowy swell
Marked out the tracks of wandering deer.

Could I have lingered but an hour
It well had paid a week of toil,
But truth has banished fancy’s power;
I hear my dungeon bars recoil—

Even as I stood with raptured eye
Absorbed in bliss so deep and dear
My hour of rest had fleeted by
And given me back to weary care.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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Flûte (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2016



Flûte

Tous les champs ont soupiré par une flûte
Tous les champs à perte de vue ondulés sur les buttes
Tendus verts sur la respiration calme des buttes

Toute la respiration des champs a trouvé ce petit
ruisseau vert de son pour sortir
À découvert
Cette voix verte presque marine
Et soupiré un son tout frais
Par une flûte.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: Aelbert Cuyp

 

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