Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘cabane’

Levez-vous vite, orages désirés (René de Chateaubriand)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



Le jour je m’égarais sur de grandes bruyères terminées par des forêts.
Qu’il fallait peu de chose à ma rêverie:
un feuille séchée que le vent chassait devant moi,
une cabane dont la fumée s’élevait de la cime dépouillée des arbres,
la mousse qui tremblait au souffle du nord sur le tronc d’un chêne,
une roche écartée, un étang désert ou le jonc flétri murmurait!
Le clocher du hameau, s’élevant au loin dans la vallée, a souvent attiré mes regards;
souvent j’ai suivi des yeux les oiseaux de passage qui volaient au-dessus de ma tête.
Je me figurais les bords ignorés, les climats lointains où ils se rendent;
j’aurais voulu être sur leurs ailes. Un secret instinct me tourmentait;
je sentais que je n’étais moi-même qu’un voyageur;
mais une voix du ciel semblait me dire:

« Homme, la saison de ta migration n’est pas encore venue;
attends que le vent de la mort se lève,
alors tu déploieras ton vol
vers ces régions inconnues que ton coeur demande. »

Levez-vous vite,
orages désirés
qui devez emporter René
dans les espaces d’une autre vie!

Ainsi disant, je marchais à grands pas,
le visage enflammé,
le vent sifflant dans ma chevelure,
ne sentant ni pluie ni frimas,
enchanté, tourmenté, et comme possédé
par le démon de mon coeur.

(René de Chateaubriand)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

CABANE (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017




    
CABANE

La cabane était douillette et des roses trémières
Ornaient la porte quand il chuchota au travers.
Le soleil sur le seuil était d’un jaune ardent
Lorsqu’elle ouvrit à cet homme ou cet ouragan.

À présent la cabane s’effondre au vent d’hiver
Les cloisons tombent où dans le péché ils s’aimèrent.
Et la longue et blanche pluie balaie toute la cabane
Comme une vieille sorcière de son balai de paille !

***

CABIN

The cabin was cozy and hollyhocks grew
Bright by the door till his whisper crept through.
The sun on the sill was yellow and warm
Till she lifted the latch for a man or a storm.

Now the cabin falls to the winter wind
And the walls cave in where they kissed and sinned.
And the long white rain sweeps clean the room
Like a white-haired witch with a long straw broom!
From Blue Mountain

(Tennessee Williams)

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

ASSIÉGÉ (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



Illustration: Philippe Cognée
    

ASSIÉGÉ

Je construis un pilier titubant de mon sang
pour qu’il se tienne droit quand je descends la rue.
La chose est liquide, elle s’écoulera d’autant
plus rapidement si la colline est pentue.

Combien font des bonds périlleux ces fontaines
près desquelles je suis un voyageur téméraire !
Dans de maternelles ténèbres, Seigneur, je Te prie
garde ces sources qu’un doigt de soleil tarirait.

Est-ce l’écume subite qui fait du monde un globe,
une image jaillissant d’un ruisseau pourpré.
Mais que le cristal se brise, elle aurait alors
une qualité intemporelle, mais pas le rêve.

Il arrive que je sente l’île de moi-même
un mercure argenté qui glisse et court,
tournant en lui des miroirs qui se démènent
sous la pression d’un million de pouces.

Puis il faut cette nuit que je parte en quête d’un
inconnu hier que le voyant je reconnais,
dont le contact, expédient ou miracle,
me met la panique et coupe mon envolée.

Avant que le jour se lève je remonte la rue,
accompagné, jusqu’à un lieu berceur au-dessus.
Voilà que mes veines dans des cabanes pourpres
gardent les sauvages et sots passagers de l’amour.

Tout n’est pas perdu, disent-ils, tout n’est pas perdu,
mais avec le surprenant savoir des aveugles
leurs doigts flanchent de sentir un si fragile mur
supporter le siège de tout ce qui n’est pas moi !

***

THE SIEGE

I build a tottering pillar of my blood
to walk it upright on the tilting street.
The stuff is liquid, it would flow downhill
so very quickly if the hill were steep.

How perilously do these fountains leap
whose reckless voyager along am I!
In mothering darkness, Lord, I pray Thee keep
these springs a single touch of sun could dry.

It is the instant froth that globes the world,
an image gushing in a crimson stream.
But let the crystal break and there would be
the timeless quality but not the dream.

Sometimes I feel the island of my self
a silver mercury that slips and runs,
revolving frantic mirrors in itself
beneath the pressure of a million thumbs.

Then I must that night go in search of one
unknown before but recognized on sight
whose touch, expedient or miracle,
stays panic in me and arrests my flight.

Before day breaks I follow back the street,
companioned, to a rocking space above.
Now do my veins in crimson cabins keep
the wild and witless passengers of love.

All is not lost, they say, all is not lost,
but with the startling knowledge of the blind
their fingers flinch to feel such flimsy walls
against the siege of all that is not I!

(Tennessee Williams)

 

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA GLYCINE (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2017



LA GLYCINE

La glycine aux mamelles gonflées,
ployée sous son poids de parfum,
s’appuie au mur de la cabane
et son lait se répand,
coule mauve à déborder des yeux,
coule chaud sur les langues
jusqu’au fond des gorges affamées…
Au sol de toutes parts les corolles dressées,
bouches ouvertes, crient
dans les buissons d’abeilles soûles.

(Christiane Barrillon)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

La montagne n’est que silence et solitude (Wang Wei)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2017



 

La montagne n’est que silence et solitude

J’aime les sources pures
qui serpentent
entre les rochers;

j’aime une cabane rustique,
paisiblement assise
au milieu des pins.

(Wang Wei)

Illustration: Wang Wei 

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ce printemps dans ma cabane (Yamaguchi Sodo)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2017



Ce printemps dans ma cabane –
Absolument rien
Absolument tout !

(Yamaguchi Sodo)

Illustration

 

Posted in haïku, poésie | Tagué: , , , , | 2 Comments »

Raton-Laveur (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2017



prevert-et-le-raton-laveur-800x600

Raton-Laveur

Il est bien tard pour faire ta connaissance.
J’ai parlé de toi souvent,
fallait que je te voie en chair et en os !

J’en avais jamais vu, de raton laveur.
Lui, m’avait jamais vu non plus.

C’est un animal composé d’une âme et d’un corps.
Non, c’est moi. Je me suis trompé de définition.
C’est un animal… un animal.
Tandis que moi, je suis un animal supérieur.
C’est pour ça que j’ai l’air de ne lui faire aucun plaisir.
Et je le regrette.

On t’a appelé «raton laveur».
Paraît que tu laves tout ce que tu manges.
C’est des histoires qu’on a racontées sur toi, peut-être.
Et toi tu es là. T’es en cage, en cabane.

Mais je suis venu tout de même pour te dire bonjour.
Je t’avais jamais vu.
Maintenant je te regarde.
Toi, tu ne me regardes pas,
t’as raison, tu t’en fous.

Moi, je suis un humain
— toi, t’es un raton laveur.
Il y a une différence.
De quoi on est faits tous les deux ?

Dis-moi ce que tu penses, raton laveur.
Ce que tu penses des cages, ce que tu penses d’un tas de choses.
Qu’est-ce que tu penses de la guerre du Viêt-nam, raton laveur, toi qui es en cage ?
Qu’est-ce que tu penses de toutes les prisons, hein, toi qu’on a appelé raton laveur ?

Ben, je te salue.
J’ai de la sympathie pour toi.
Je ne t’avais jamais vu, je t’ai vu aujourd’hui, mais j’avais parlé de toi.
À tort et à raison. Tu n’as pas l’air heureux, raton laveur.

Tu cherches la liberté ?
Tu sais ce que c’est, mais t‘as pas de mots pour l’expliquer.
Les hommes l’expliquent, et l’enferment.

(Jacques Prévert)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

La Chapelle abandonnée (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2017



chapelle-800x600

La Chapelle abandonnée

Elle se reflète dans une mare où les rainettes vont chanter,
où le clair de lune vient boire, où les nuages vont pleurer.

C’est une pauvre petite chapelle, sans croix, sans vitraux, sans clocher ;
ni saints ni Vierge et pas d’autel, jamais une âme pour y prier.

Ses fidèles sont les brins d’herbe et la frileuse giroflée,
qui regarde par la fenêtre et ne cesse pas de trembler.

De la route on la voit à peine, mais on la voit, et par la baie,
sur l’éboulis qui fut l’autel, l’azur encor frais de son ciel.

Elle est, sous un saule pleureur, la triste amie des hirondelles.
L’araignée y sort de son cœur des voiles tout mouillés de perles.

C’est une douce petite chapelle qui garde les trésors du monde :
le silence, la pauvreté, l’ombre et la chasteté de l’ombre.

Tous les trésors ? hélas ! mon Dieu, l’illusion est morte en elle,
malgré son toit qui vers les cieux monte berçant un bouleau grêle.

Ainsi que deux mains en prière, le bois bénit entre les doigts,
montent les deux côtés du toit : c’est une pauvre petite chapelle

qui frissonne de tous ses lierres, la porte ouverte à l’étranger.
La nuit d’étoiles passe en elle ; c’est la cabane du berger,

et mon asile… Elle me sert à me cacher dans ma misère.
Souvent elle me voit pleurer — pourquoi ? pour rien, pour me distraire —

la tempe couchée sur la pierre, le front coiffé de giroflées
(même elle prend pour des prières mes petits sanglots étouffés)

le jour quand je n’ai rien à faire, et la nuit quand je baye aux fées.

(Paul Fort)

 Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’ombre d’un vieux chêne (Richard Wright)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2016



L’ombre d’un vieux chêne
S’éteint sur une cabane
Au soleil couchant.

***

On a clapboard house,
An old oak tree’s shadow fades
In the spring sunset.

(Richard Wright)

Illustration

 

 

Posted in haïku, poésie | Tagué: , , , , , , , | Leave a Comment »

Une graine voyageait (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2016



Une graine voyageait

Une graine voyageait
toute seule pour voir le pays.
Elle jugeait les hommes et les choses.
Un jour elle trouva joli le vallon et agréables quelques cabanes.
Elle s’est endormie.
Pendant qu’elle rêvait
elle est devenue brindille
et la brindille a grandi,
puis elle s’est couverte de bourgeons.
Les bourgeons ont donné des branches.
Tu vois ce chêne puissant
c’est lui, si beau, si majestueux,
cette graine,
Oui mais le chêne ne peut pas voyager.

(Alain Bosquet)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :