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Je ne sais pas danser sur mes Orteils (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2018



Je ne sais pas danser sur mes Orteils —
Nul Homme ne m’a instruite —
Mais maintes fois, en pensée,
Une Jubilation me saisit,

Qui si j’étais Experte en Ballet —
Se traduirait en Cabriole
À faire pâlir une Troupe —
Ou rendre une Étoile, folle,

Et sans avoir de Robe de Tulle —
Ni de Frisottis, sur la Tête,
Ni sautiller pour des Publics — comme un Oiseau —
Une Griffe en l’Air —

Ni lancer mon corps en Boules d’Eider,
Ni rouler sur des roues de neige
Avant d’être hors de vue, dans le son,
Tant la Salle m’acclame —

Ni que l’on sache que je sais l’Art
Dont je parle — à l’aise — Ici —
Ni qu’aucune Affiche ne me vante —
C’est plein comme l’Opéra —

***

I cannot dance opon my Toes —
No Man instructed me —
But oftentimes, among my mind,
A Glee possesseth me,

That had I Ballet Knowledge —
Would put itself abroad
In Pirouette to blanch a Troupe —
Or lay a Prima, mad,

And though I had no Gown of Gauze —
No Ringlet, to my Hair,
Nor hopped for Audiences — like Birds —
One Claw opon the air —

Nor tossed my shape in Eider Balls,
Nor rolled on wheels of snow
Till I was out ofsight, in sound,
The House encore me so —

Nor any know I know the Art
I mention — easy — Here —
Nor any Placard boast me —
It’s full as Opera —

(Emily Dickinson)


Illustration: Edgar Degas

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Célébrer (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018




    
Célébrer ce qui n’existe pas.
Est-il un autre chemin pour célébrer ce qui existe?

Célébrer l’impossible.
Est-il une autre façon de célébrer le possible?

Célébrer le silence.
Est-il une autre manière de célébrer la parole?

Célébrer la solitude.
Est-il une autre voie pour célébrer l’amour?

Célébrer l’envers.
Est-il une autre forme de célébrer l’endroit?

Célébrer ce qui meurt.
Est-il un autre chemin pour célébrer la vie?

Le poème est toujours célébration
car il est toujours l’intensité
extrême d’un fragment du monde,
son épaulement de ferveur restituée,
sa poignée d’enthousiasme,
sa plus juste prononciation, la plus ferme,
comme si la voix avait soudain fleuri.

Le poème est toujours célébration
même si sur ses bords se reflète l’enfer,
même si le temps se crispe comme un organe blessé,
même si l’histrion funambulesque qui pousse les mots
disperse ses cabrioles et pirouettes.

Rien ne peut occulter l’infini.
Son geste est plus large que l’histoire,
son pas, plus long que la vie.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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CINQ PRIÈRES (NON ORTHODOXES) POUR UNE PETITE FILLE (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2016




CINQ PRIÈRES (NON ORTHODOXES)
POUR UNE PETITE FILLE
(Extrait)

Matin

Merci, mon Dieu, pour mon sommeil!
Merci, mon Dieu, pour mes beaux rêves!
Merci, mon Dieu, pour la lune d’hier soir,
Les étoiles de la nuit,
Le soleil ce matin.
Merci, mon Dieu, pour mon réveil chantant,
Pour le réveil de maman,
Et que papa et ma poupée,
Tu sais, ils ont le réveil dur,
Se réveillent comme nous deux en riant.
Toi qui m’a donné des mains qui parlent,
Des pieds qui dansent,
Je vais faire pour toi trois cabrioles
Avant de sauter de mon lit.
Et pour que tu voies que je t’aime et te remercie,

(André Spire)

 

 

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DES CONTEMPTEURS DU CORPS (Frédéric Nietzsche)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2015



Christian Schloe   75_b [1280x768]

DES CONTEMPTEURS DU CORPS

C’est aux contempteurs du corps que je veux dire leur fait.
Ils ne doivent pas changer de méthode d’enseignement,
mais seulement dire adieu à leur propre corps — et ainsi devenir muets.

« Je suis corps et âme » — ainsi parle l’enfant.
Et pourquoi ne parlerait-on pas comme les enfants ?

Mais celui qui est éveillé et conscient dit :
Je suis corps tout entier et rien autre chose ;
l’âme n’est qu’un mot pour une parcelle du corps.

Le corps est un grand système de raison,
une multiplicité avec un seul sens,
une guerre et une paix, un troupeau et un berger.

Instrument de ton corps, telle est aussi ta petite raison que tu appelles esprit,
mon frère, petit instrument et petit jouet de ta grande raison.

Tu dis « moi » et tu es fier de ce mot.
Mais ce qui est plus grand, c’est — ce à quoi tu ne veux pas croire —
ton corps et son grand système de raison : il ne dit pas moi, mais il est moi.

Ce que les sens éprouvent, ce que reconnaît l’esprit, n’a jamais de fin en soi.
Mais les sens et l’esprit voudraient te convaincre qu’ils sont la fin de toute chose : tellement ils sont vains.

Les sens et l’esprit ne sont qu’instruments et jouets : derrière eux se trouve encore le soi.
Le soi, lui aussi, cherche avec les yeux des sens et il écoute avec les oreilles de l’esprit.

Toujours le soi écoute et cherche : il compare, soumet, conquiert et détruit.
Il règne, et domine aussi le moi.

Derrière tes sentiments et tes pensées, mon frère, se tient un maître plus puissant, un sage inconnu — il s’appelle soi.
Il habite ton corps, il est ton corps.

Il y a plus de raison dans ton corps que dans ta meilleure sagesse.
Et qui donc sait pourquoi ton corps a précisément besoin de ta meilleure sagesse ?

Ton soi rit de ton moi et de ses cabrioles.
« Que me sont ces bonds et ces vols de la pensée ? dit-il.
Un détour vers mon but. Je suis la lisière du moi et le souffleur de ses idées. »

Le soi dit au moi : « Éprouve des douleurs ! »
Et le moi souffre et réfléchit à ne plus souffrir — et c’est à cette fin qu’il doit penser.

Le soi dit au moi : « Éprouve des joies ! »
Alors le moi se réjouit et songe à se réjouir souvent encore — et c’est à cette fin qu’il doit penser.

Je veux dire un mot aux contempteurs du corps.
Qu’ils méprisent, c’est ce qui fait leur estime.
Qu’est-ce qui créa l’estime et le mépris et la valeur et la volonté ?

Le soi créateur créa, pour lui-même, l’estime et le mépris, la joie et la peine.
Le corps créateur créa pour lui-même l’esprit comme une main de sa volonté.

Même dans votre folie et dans votre mépris, vous servez votre soi, vous autres contempteurs du corps.
Je vous le dis : votre soi lui-même veut mourir et se détourner de la vie.

Il n’est plus capable de faire ce qu’il préférerait : — créer au-dessus de lui-même.
Voilà son désir préféré, voilà toute son ardeur.

Mais il est trop tard pour cela :
— ainsi votre soi veut disparaître, ô contempteurs du corps.

Votre soi veut disparaître, c’est pourquoi vous êtes devenus contempteurs du corps !
Car vous ne pouvez plus créer au-dessus de vous.

C’est pourquoi vous en voulez à la vie et à la terre.
Une envie inconsciente est dans le regard louche de votre mépris.

Je ne marche pas sur votre chemin, contempteurs du corps !
Vous n’êtes point pour moi des ponts vers le Surhumain ! —

Ainsi parlait Zarathoustra.

(Frédéric Nietzsche)

Illustration: Christian Schloe

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