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Poésie

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Roulette russe (Roxana Sicoe-Tirea)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2021



Illustration: Ivan Puni 
    
Roulette russe

depuis que je vis en moi à plein temps
j’ai compris que le cœur était un organe
charrié dans un sac à provisions
et déposé à la porte des voisins

ou une meute de chiens errants qui s’acharne
contre l’ennemi caché dans les poumons
une ancre employée pour faire rentrer au port
les jours égarés ou la galère d’un proche

le cœur – notre ceinture de sûreté
toujours prêt à sauter sur une mine
pour donner un coup de main
ou pour retrouver son chemin

en l’an de grâce 2020
nous jouons tout au va-et-vient :
certains s’en vont en séries
certains reviennent à la vie

(Roxana Sicoe-Tirea)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Le blues roumain
Traduction: Traduit du roumain par Radu Bata
Editions: Unicité

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Promenade quotidienne (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2021



Promenade quotidienne

Je ferme les yeux
Et à petites bouchées
Je savoure le goût du jour

Que m’importe les autres
Quand je cours
Sur l’herbe fraîche
Au milieu des haies

Je parcours un pays
Au-delà de l’ombre
Où les routes disparaissent
Dans des espaces de chaleur
Où les arbres s’élèvent vers la clarté

Je suis la rivière bavarde
Aux lentes navigations
Respirant alors un air fétide
Sur des chemins de halage
Où poussent des herbes chétives

Quand je rentre le soir
Je me faufile
Entre ombre et lumière
A la lisière du silence
Pour me glisser dans la nuit
Sous les astres à l’affût
Dans un ciel qui cache
Bien des mystères.

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration

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Il existe en nous un bon et un mauvais silence. (Claude Vigée)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2021



Illustration: Marie Waltz
    
Il existe en nous un bon et un mauvais silence.

Le bon silence, c’est celui de l’écoute,
celui de l’ouverture de l’âme à l’art, à la lumière et à la nuit,
à la parole initale
dont toutes les autres ont pu sortir dans la durée d’une vie.

Le roi David, dans un psaume, remercie Dieu
de lui avoir profondément « creusé l’oreille ».
Retrait en nous, caché derrière le voile des formes,
des images, des événements fugitifs,
s’abrite le lieu de toute confiance
et de plénitude dans le repos

-parfois je l’appelle le lac de la rosée-,
d’où jaillit, hors du silence,
la possibilité de la perception des choses,
et de la parole en même temps.

(Claude Vigée)

 

Recueil: Dans le silence de l’Aleph
Traduction:
Editions:Albin Michel

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SCÈNE DE RUE (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2021



Illustration: Konstantin Razumov
    
SCÈNE DE RUE

Dans un coin du café, ce que tu recherches, c’est que le
poème
te dise qui tu es, pourquoi tu te caches, quel est le nom
de la fille qui t’a regardé fixe-
ment. Et tu n’as pas de réponse. La réponse
était sur les lèvres de cette fille que
ton silence n’a pas su interroger;
et dans le vent qui balayait l’esplanade, em-
portant feuilles et papiers. L’automne :
une image, celle de ta propre vie, que
tu n’as pas su ignorer; pour que d’une
banale conversation avec l’inconnue,
surgisse une image, cette autre, de la
vie que tu aurais aimé ne pas perdre,
à chaque instant, entre tes doigts et tes vers.

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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L’amour (Marc Porcu)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2021




    

L’amour

L’amour partage équitablement l’ombre et la lumière
l’amour unit les corps dans le prolongement vital de la sève

l’amour déjoue l’arbitraire des signes et tend la main vers la création du monde
l’amour se contente de peu car il est tout dans le seul souffle de sa présence

la force de l’amour accepte la faiblesse car elle est sans faille

l’amour peut-être est un flocon de neige sur les dunes du désert
le regard de la lune dans la chambre noire

l’amour est le nombril du monde et la terre en est l’oracle craquelé
l’amour n’a rien à cacher sa veine secrète bat dans la pierre dénudée

l’amour est l’horizon de toute attente et le rivage bleu de la nuit
l’amour est le vertige de l’instant et la danse du silence

l’amour est un sourire qui vient de loin dans l’avènement du visage
l’amour est un nom qui dort dans le grain inouŽ de la voix

l’amour est un nom qui affleure dans le vélin des voiles gonflé sous les étoiles
l’amour est l’écume du désir vibrant à fleur de peau

(Marc Porcu)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Aux arbres (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2021




    

Aux arbres

Arbres de la forêt, vous connaissez mon âme!
Au gré des envieux, la foule loue et blâme ;
Vous me connaissez, vous! – vous m’avez vu souvent,
Seul dans vos profondeurs, regardant et rêvant.
Vous le savez, la pierre où court un scarabée,
Une humble goutte d’eau de fleur en fleur tombée,
Un nuage, un oiseau, m’occupent tout un jour.
La contemplation m’emplit le coeur d’amour.
Vous m’avez vu cent fois, dans la vallée obscure,
Avec ces mots que dit l’esprit à la nature,
Questionner tout bas vos rameaux palpitants,
Et du même regard poursuivre en même temps,
Pensif, le front baissé, l’oeil dans l’herbe profonde,
L’étude d’un atome et l’étude du monde.
Attentif à vos bruits qui parlent tous un peu,
Arbres, vous m’avez vu fuir l’homme et chercher Dieu!
Feuilles qui tressaillez à la pointe des branches,
Nids dont le vent au loin sème les plumes blanches,
Clairières, vallons verts, déserts sombres et doux,
Vous savez que je suis calme et pur comme vous.
Comme au ciel vos parfums, mon culte à Dieu s’élance,
Et je suis plein d’oubli comme vous de silence!
La haine sur mon nom répand en vain son fiel ;
Toujours, – je vous atteste, ô bois aimés du ciel! –
J’ai chassé loin de moi toute pensée amère,
Et mon coeur est encor tel que le fit ma mère!

Arbres de ces grands bois qui frissonnez toujours,
Je vous aime, et vous, lierre au seuil des antres sourds,
Ravins où l’on entend filtrer les sources vives,
Buissons que les oiseaux pillent, joyeux convives!
Quand je suis parmi vous, arbres de ces grands bois,
Dans tout ce qui m’entoure et me cache à la fois,
Dans votre solitude où je rentre en moi-même,
Je sens quelqu’un de grand qui m’écoute et qui m’aime!
Aussi, taillis sacrés où Dieu même apparaît,
Arbres religieux, chênes, mousses, forêt,
Forêt! c’est dans votre ombre et dans votre mystère,
C’est sous votre branchage auguste et solitaire,
Que je veux abriter mon sépulcre ignoré,
Et que je veux dormir quand je m’endormirai.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Cent poèmes de Vivtor Hugo
Traduction:
Editions: Omnibus

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Je me rappelle fort bien une autre jeune fille (Hugo von Hofmannsthal)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2020



    

Je me rappelle fort bien une autre jeune fille
[…]
Mais il me paraît si invraisemblable
que j’aie pu être cette petite Resi
et que je serai un jour une vieille femme.
[…]
Comment ces choses-là arrivent-elles ?
Comment le bon Dieu peut-Il faire cela ?
Alors que moi, je reste toujours la même.
Et s’il faut qu’il agisse ainsi, pourquoi me laisse-t-Il le voir en spectatrice,
avec une aussi nette perception ? Pourquoi ne me le cache-t-Il pas ?
Tout cela est mystérieux, si profondément mystérieux
[…]
Je suis d’une humeur où je ressens très fortement
la fragilité de toutes les choses de ce monde.
Je sens jusqu’au fond du coeur, que l’on ne doit rien garder,
que l’on ne peut rien saisir, que tout nous coule entre les doigts,
que tout ce que nous cherchons à prendre se dissout,
que tout s’évanouit comme une vapeur ou un rêve.
[…]
Le temps, c’est une chose étrange.
Tant qu’on se laisse vivre, il ne signifie absolument rien du tout.
Et puis, brusquement,
on n’est plus conscient de rien d’autre.
Il est tout autour de nous. Il est même en nous.
Il ruisselle sur nos visages, il ruisselle sur le miroir,
il coule entre mes tempes.
Et, entre toi et moi,
il coule encore, sans bruit, comme un sablier.
Oh, Quinquin ! Parfois, je l’entends qui coule— irrémédiablement.
Parfois, je me lève, au milieu de la nuit
et j’arrête toutes les pendules, toutes.

(Hugo von Hofmannsthal)

    

Recueil: Le chevalier à la rose
Traduction:
Editions:

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NATURE MORTE AVEC DES CISAILLES (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2020



Illustration: Edouard Manet
    
NATURE MORTE AVEC DES CISAILLES

Cet homme qui quitte la ville
au matin pluvieux
son cœur emballé sous un imperméable
cache une gomme dans la main.

Tour à tour il efface
la vision du chameau de Marrakech
agenouillé au bord du lit
où une lune toute mouillée
allaitait son impatience,
les sanglots des jarres le long du couloir
et l’avertissement de la machine à coudre
exilée sous l’escalier en bois.

Il descend la rue pavée
une clé brûlante dans sa poche
et il jette un dernier regard
vers la maison
où, dans leur ignorance,
dorment encore
côte à côte
la rose et les cisailles.

Mais la pluie a déjà retaillé les rideaux
des saisons et inondé la serrure.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le grillon (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2020




    
Le grillon

Un pauvre petit grillon
Caché dans l’herbe fleurie
Regardait un papillon
Voltigeant dans la prairie.
L’insecte ailé brillait des plus vives couleurs ;
L’azur, le pourpre et l’or éclataient sur ses ailes ;
Jeune, beau, petit-maître, il court de fleurs en fleurs ;
Prenant et quittant les plus belles.
Ah ! Disait le grillon, que son sort et le mien
Sont différents ! Dame nature
Pour lui fit tout et pour moi rien.
Je n’ai point de talent, encor moins de figure ;
Nul ne prend garde à moi, l’on m’ignore ici bas :
Autant vaudrait n’exister pas.
Comme il parlait, dans la prairie
Arrive une troupe d’enfants ;
Aussitôt les voilà courants
Après ce papillon dont ils ont tous envie.
Chapeaux, mouchoirs, bonnets, servent à l’attraper.
L’insecte vainement cherche à leur échapper,
Il devient bientôt leur conquête.
L’un le saisit par l’aile, un autre par le corps ;
Un troisième survient et le prend par la tête.
Il ne fallait pas tant d’efforts
Pour déchirer la pauvre bête.
Oh ! Oh ! Dit le grillon, je ne suis plus fâché ;
Il en coûte trop cher pour briller dans le monde.
Combien je vais aimer ma retraite profonde !
Pour vivre heureux vivons caché.

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

Recueil: Fables
Traduction:
Editions:

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Narcisse charmeur (Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2020



Illustration: John William Waterhouse
    
Narcisse charmeur

Dors-tu, mon narcisse charmeur ?
Ce n’est certes pas sans raison.
Ta chevelure est en désordre ?
Ce n’est pas non plus sans raison.
Que dire du lait de tes lèvres,
De leur sel et de leur douceur ?
Ce n’est pas non plus sans raison.
Ta bouche est source de jouvence,
Mais tes cils me percent le coeur :
Ce n’est pas non plus sans raison.
Ton absence me fait souffrir.
Si j’éprouve tant de douleur,
ce n’est pas non plus sans raison.
Le vent du soir émeut les roses.
S’il effeuille toutes les fleurs,
ce n’est pas non plus sans raison.

Même si tu caches ta peine, ô Hâfez,
quand je vois tes pleurs,
ce n’est pas non plus sans raison.

***

(Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

 

Recueil: L’amour, l’amant, l’aimé
Traduction: Vincent-Masour Monteil
Editions: Actes Sud

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