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Poésie

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L’idée qu’il existe (Nicole Brossard)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2017




    

l’idée qu’il existe
des centres inconsolables
au milieu de la poitrine
pendant que nous arrivons
à nous en tirer
un cahier de roses
sous le bras

(Nicole Brossard)

 

Recueil: Cahier de roses & de civilisation
Traduction:
Editions: d’Art le Sabord

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Conte ancien (Nikolaï Zabolotski)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2017




    
Conte ancien

Dans ce monde où notre rôle est obscur
Nous vieillirons toi et moi
Comme le roi du conte au déclin des jours.

En patiente lumière s’éteindra notre vie
Sur les terres secrètes où sans rien dire
On rencontre l’inéluctable.

Quand les mèches d’argent brilleront sur ta tempe
Je déchirerai en deux mes cahiers
Et prendrai congé du dernier poème.

Puisse l’âme comme un lac
Battre au seuil des portes souterraines
Et le frisson du feuillage pourpre

Ne rien troubler à la surface de l’eau.

***

Старая сказка

В этом мире, где наша особа
Выполняет неясную роль,
Мы с тобою состаримся оба,
Как состарился в сказке король.

Догорает, светясь терпеливо,
Наша жизнь в заповедном краю,
И встречаем мы здесь молчаливо
Неизбежную участь свою.

Но когда серебристые пряди
Над твоим засверкают виском,
Разорву пополам я тетради
И с последним расстанусь стихом.

Пусть душа, словно озеро, плещет
У порога подземных ворот
И багровые листья трепещут,
Не касаясь поверхности вод.

(Nikolaï Zabolotski)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Le loup toqué
Traduction: Jean-Baptiste Para
Editions: La rumeur libre

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Pardonne-moi (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017


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La lumière du soir est jaune et vaste,
Et tendre la fraîcheur d’avril.
Tu viens avec tant d’années de retard,
Mais malgré tout je me réjouis de te voir.
Assieds-toi là, plus près de moi,
Que ton regard s’emplisse de joie.
Vois ce cahier bleu:
Ce sont mes vers d’enfant.
Pardonne-moi d’avoir vécu dans la tristesse,
Et de m’être si peu réjouie du soleil.
Pardonne-moi, pardonne-moi
D’avoir pris tant d’autres pour toi.

(Anna Akhmatova)

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Rétroviseur de l’enfance (James Noël)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017



 

Rétroviseur de l’enfance

Tout petit
Petit
Je faisais des petits avions
Des petits avions en papier
Que je lâchais sur les toits
Au hasard
Un ange déchu s’en servait une fois
Pour regagner son patelin de nuages
Mon ami Pierrot s’en souvient bien
Les yeux tout ronds

Déjà tout petit
Petit
Je faisais des petits bateaux
Des petites caravelles piégées
Conçues sans quille et sans coeur
Pour basculer Christophe Colomb
Et ses frères conquista-d’or
Et sa conquête très coquette reine Isabelle
Croyez-vous vraiment qu’elle était catholique

Déjà tout petit petit
Je faisais des avions
Et des bateaux avec mes cahiers d’écolier
Ces petits bateaux-là voyageaient loin
Très loin dans
les larmes de maman
Qui me prenait par la peau du cou
Me plaçait face contre mur
Il faut jamais faire ça de tes cahiers
Plus jamais

(James Noël)

 

 

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Les allées du jardin, une à une, sortent de l’ombre (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 29 septembre 2017



Les allées du jardin, une à une, sortent de l’ombre,
et le premier oiseau et la première abeille
Encore mal dégagés de la chevelure des ténèbres et des rumeurs
Dans leur vol liquide se cognent contre les étoiles et les fleurs.
Poète, à mon métier, tandis que se défait l’immense toile d’araignée céleste,
la page du cahier où je travaille et que j’oubliais sur l’écritoire
Fut un miroir à son dernier quartier où toute la nuit s’est penchée, où vinrent boire,
Écartant les souffles lascifs des roseaux, les bêtes nocturnes, la source nue
Et je n’ai, sur le calque de leurs traces, qu’à repasser à l’encre par-dessus.

J’écris avec les pattes des lièvres qui n’ont cessé de courir dans les prés,
Avec le frôlement de la sauvagine et des astres,
et tout ce qu’ils auront à me dire je ne le saurai que bien après.
J’écoute la joie de vivre et de sentir battre un cœur universel dans ma poitrine.
Et l’aube me reçoit debout, pasteur des mots,
comme un à qui l’on confia un troupeau et qui se réveille le gardien des collines.

(Jean Malrieu)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration

 

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En te cherchant (Ahmad Shamlou)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



En te cherchant
au seuil de la montagne je pleure
Au seuil de la mer et de l’herbe.

En te cherchant
au passage des vents je pleure
Au carrefour des saisons,
Dans le châssis cassé d’une fenêtre qui prend
Le ciel enduit de nuages
Dans un vieux cadre.

En attendant ton image
Ce cahier vide
Jusqu’à quand
Jusqu’à quand
Se laissera-t-il tourner les pages?

Accueillir le flux du vent et de l’amour
Dont la sœur est la mort
Et l’éternité
Son mystère qu’elle t’a soufflé
Tu devins alors le corps d’un trésor
Essentiel et désirable
Comme un trésor
Par qui la possession de la terre et des pays
Est devenue ce que le cœur accueille.

Ton nom est un moment d’aurore qui sur le front du ciel passe
– Que ton nom soit béni! –

Et nous encore
Nous revoyons
La nuit et le jour
et l’encore.

(Ahmad Shamlou)

Illustration: Alex Alemany

 

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Rêve (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2017



Rêve

Est-il doux de rêver des rêves ineffables?
A. Blok

Ce rêve était-il oui ou non prophétique…
Mars se levait dans un ciel constellé,
S’allumait, rouge, fatidique, —
J’ai rêvé cette nuit que tu venais.

Tout t’annonçait… La Chaconne de Bach,
Les roses ouvertes pour rien,
Une cloche de village qui tinte
Sur les sombres terres labourées.

Et l’automne déjà tout proche
Qui soudain se ravise, recule.
En ce terrible anniversaire, comment, août,
As-tu pu m’apporter ce message ?

Comment m’acquitter de ce cadeau royal ?
Où aller ? Avec qui festoyer ?
Me voici, comme avant, écrivant sans rature
Mes vers dans le cahier brûlé.

(Anna Akhmatova)

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

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L’azur est la mort du hasard (José Acquelin)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



L’azur est la mort du hasard

pour pouvoir se permettre d’être rien
le rêve est une volonté élémentaire

il ne suffit pas de regarder les nuages
dans le cerveau du voisin
oui le ciel est un cahier ligné

par tous les yeux qui s’y sont lancés
la terre est un oeil qui nous porte
à l’enfermer sous nos paupières

l’ego est lent quand le coeur
est clair comme un verre de ciel
l’âme est une campanule dans la cloche du corps

la volonté de bonheur me déprime par son égoïsme
la décence consiste à quitter les perchoirs
pour voler sans ailes et sans remords

le ciel descend
pour que je marche sur les nuages
heureux de ne pas être le soleil

(José Acquelin)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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L’idée qu’il existe des centres inconsolables (Nicole Brossard)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2017



helena-sofia-schjerfbeck-finnish-1862-1946-katkelma-1904-05-800x600

l’idée qu’il existe
des centres inconsolables
au milieu de la poitrine
pendant que nous arrivons
à nous en tirer
un cahier de roses
sous le bras

(Nicole Brossard)

 Illustration: Helena Sofia Schjerfbeck

 

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Premier Conte (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Premier Conte

L’enfant qui a le tourment
non du pouvoir ou de gloire
mais de délivrer la chose
dans son cœur dissimulée
écrit sur son cahier
et raconte vaguement
à la manière d’un rêve
sans nulle forme ni sens
cela qu’il ne connaît pas.

Sur la page on voit la tache
de l’encrier renversé
mais si pâle devenue
qu’elle n’est plus même tache.
Qui déchiffrera derrière
l’écriture de l’enfant,
maintenant que l’homme sait
dire ce qui dans son cœur
ne se dissimule plus ?

(Carlos Drummond de Andrade)

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