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Posts Tagged ‘caillot’

J’AI BEAU FAIRE… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2019



 

J’ai beau faire tu es en moi
Battante
Comme un autre coeur que j’aurais.
J’ai beau faire tu viens tu vas
Dans les couloirs feutrés où mon sang parle bas.
J’ai beau faire je te sais là
Toujours
Caillot qui rôde
A la recherche du jour
Et mes mains malgré moi me prennent à la gorge
Pour te saisir et pour te tordre
Pour t’arracher de moi comme un clou, comme un cri
Pavot éclaboussant les murs blancs de ma vie.

(Jean Rousselot)

Illustration: Malinowsky

 

 

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Vivre en sens inverse (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2018




    
Vivre en sens inverse
avec des cals et des caillots.
Ne se souvenir que du présent
et ne voir ni futur ni passé.
Ne plus jamais toucher
l’autre, et l’autre, et l’autre.

(Jacques Izoard)

 

Recueil: Lieux épars
Traduction:
Editions: De la Différence

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Interrogations (Gabriela Mistral)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2018



Interrogations

Comment dorment-ils donc, Seigneur, les suicidés ?
Un caillot sur la bouche et les deux tempes vides,
les lunes de leurs yeux blanches, écarquillées,
et les mains orientées vers une ancre invisible ?

Ou arrives-Tu quand les hommes sont partis
pour fermer leurs paupières sur leurs yeux aveugles,
pour sans douleur ni bruit disposer leurs viscères
et pour croiser leurs mains sur leur poitrine muette ?

Le rosier que sur eux arrosent les vivants,
ne donne-t-il à ses fleurs formes de blessures ?
Son parfum n’est-il âcre et sombre sa beauté ?
Des serpents tressent-ils son feuillage chétif ?

Réponds, réponds, Seigneur : Quand leur âme s’enfuit
par la porte mouillée des longues déchirures,
entre-t-elle en tes lieux fendant l’air avec calme
ou entend-on claquer des ailes affolées ?

Livide, un cercle étroit se ferme-t-il sur eux ?
L’éther est-il un champ où fleurissent les monstres ?
Dans leur effroi retrouvent-ils pourtant ton nom ?
Ou crient-ils sans espoir sur ton cour endormi ?

Un rayon de soleil les atteint-il un jour ?
Est-il une eau qui lave leurs stigmates rouges ?
Pour eux seuls tes entrailles restent-elles froides,
sourds tes tympans parfaits, à jamais clos tes yeux ?

C’est ce que l’homme affirme, égaré ou pervers ;
mais moi qui t’ai goûté comme du vin, Seigneur,
laissant les autres t’appeler sans fin Justice,
je ne te donnerai jamais qu’un nom : Amour !

L’homme a toujours été, je le sais, griffe dure ;
vertige, la cascade ; âpreté, la sierra.
Mais Toi tu es la coupe où mêlent leur douceur
les nectars de tous les jardins de cette Terre !

(Gabriela Mistral)

Illustration:John Everett Millais

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Retrouver les cachettes dans le mur (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2018




    
Retrouver les cachettes dans le mur
Les pépites des vitraux
Le soldat de l’horizon
Et sa tunique bleue froissée
Les caillots crèvent le chemin,
Une latte d’espoir au poteau de torture
Pour donner l’illusion d’une croix
Mais tout est truqué
Jusqu’au salut de la girouette,
Aux feux de joie dans le camp.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Dépassé par le ciel (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



Zdzislaw Beksinski 58beksinskio

Dépassé par le ciel, par ma voix
j’entretiens le feu que j’étais
avec la dernière flaque tranchée
la dernière feuille ensoleillée,
et dans mon cœur pèse
tout un caillot déteint
qui n’a connu que la lumière.
Je ne suis plus qu’une tache de terre
encerclée par la mort
je suis quelques pas
que je n’ai pu compter.
Les fenêtres sont fermées
autour de mon sang
qui boite à la place des tempes,
tirant ses ponts de souffrance.
L’eau bue à pleine source
dans le voyage de l’enfance
n’a pas donné de larmes
et je sens mieux la coupure
que mon corps fait avec le Monde.

(Lucien Becker)

 Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

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Quand le vent force la fenêtre (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017



Illustration: Leonid Afremov

    
Quand le vent force la fenêtre
annoncé par tant de portes, tant de forêts battantes
et que le soir passe sa tête
dans ce qui reste, immobile et défiguré,

Quand la rue s’accroche aux lumières
en tirant à elle tout le ciel,
quand la terre n’a plus de jour pour montrer ses routes
le long des carreaux énormes comme des caillots,

il faut dominer l’amour, le dénuder
du sang qui en fait une soif sans remède,
il faut le jeter aux bouches brûlantes de la chair
comme un vivant qui s’éveille en plein incendie,

il faut oublier les mots trop tendres
qui tremblent dans la bouche comme des feuilles
et, crispé sur la chair comme les racines autour de la terre,
il faut fermer la femme à la clarté du jour.

Dans la ville que le soir rassemble en hâte
autour des murs, autour des lampes livides,
la pluie tombe transpercée de vent
et le monde se baisse pour entrer dans la nuit.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Toi rien que toi (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2016


Toi rien que toi
Fermant tous mes chemins et scellant ma mémoire

Toi rien que toi
Et les yeux suppliants que tu as dans l’amour
Toi rien que toi
A m’attendre partout
A briser avant moi le pain dur de ma vie

Toi rien que toi
Je n’ai plus de maison
Je n’ai plus de sommeil
Je n’ai plus de raison

Toi rien que toi
Salive amère

Toi rien que toi
Mon remords et ma joie.

*

Je t’ai peu à peu dévêtue
De cette peau de rêves
De ces baisers cousus
Et soudain nue tu m’apparus
Plus rien de moi n’était à toi
Et tu t’enfonçais loin de moi
Mais ce que j’avais su te reprendre
Et qui peut-être était le meilleur de moi-même
Me collait aux doigts comme un fard
Dont je ne savais que faire
Tourné vers les beaux seins que j’aime.

*

J’ai beau faire tu es en moi
Battante
Comme un autre coeur que j’aurais
J’ai beau faire tu viens tu vas
Dans les couloirs feutrés où mon sang parle bas
J’ai beau faire je te sens là
Toujours
Caillot qui rôde
A la recherche du jour
Et mes mains malgré moi me prennent à la gorge
Pour te saisir et pour te tordre
Pour t’arracher de moi comme un clou comme un cri
Pavot éclaboussant les murs blancs de ma vie.

(Jean Rousselot)

Illustration: Ikenaga Yasunari

 

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EXERCICE SPIRITUEL PARFAITEMENT INUTILE (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2016



EXERCICE SPIRITUEL PARFAITEMENT INUTILE

Encore une fois le poème !
On me hèle ! Je suis sommé !
On tire sur moi des sommets !
A feu et à sang mon coeur blême !
O, joie d’être enfin concerné !
O, douleur d’être encor le même
Quand se dissipe la fumée
D’une artillerie trop lointaine,
Intact, le cerveau rouge à peine
De l’écume d’une pensée…

Le poème, une fois encore !
L’envie de dire qui clapote
Dans la citerne de mon corps !
Quoi ? Je ne sais ; non plus l’aorte
Le caillot qu’elle mène au port.
Mais déjà des mots se marient
Que j’entends mal : bonheur, remords,
Qui refont à neuf un décor
D’oiseaux lâchés, de fruits qu’on mord
Sur un arrière-plan d’orties :

C’est moi qui parle ; il le faut bien
Pour que soient vraies ces parodies !
Et l’espoir est de la partie
Comme un peu de vent qui s’en vient
Secouer l’épaule des choses.
Mais qu’ai-je fait de mon envie
D’être à jamais remis en cause,
Brisé le cocon de ma vie,
Déchirée la photographie
Anonyme de mon hypnose ?

Encore une fois le poème,
Traînant ses béquilles de ciel !
Mais la matrone du langage,
Soûle et sale, et son diadème
Et ses blasons sempiternels,
Le suit pas à pas sur la plage
En écrasant du pied les forts
Dérisoires qu’il laisse en gage ;
Dans la soupente du réel
Il va falloir lutter à mort.

Hélas ! c’est un matin pareil
Aux autres ! La presse est muette ;
Ce n’est pas encor le réveil
De l’Homme ! Le premier soleil !
Non plus sa fin, la terre en tête,
Le grincement d’un tombereau
Pour la dernière fois du monde
Et la bouche qui se débonde
Pour parler silence aux oiseaux
Que le sang jette à nos carreaux

Rien n’a changé ; le trou livide
Qui bâille au fond de ton regard
Attend toujours, ex-voto vide,
Tes dédicaces de hasard.
Parce qu’un coup de vent te ride,
Eau-morte en ta châsse putride,
Parce que tu as fait germer
Le noyau pourri du langage
Dans les caves de ta pensée,
Qu’allais-tu donc imaginer ?

Tu es homme tu es le pire
Des exils en ton propre empire ;
Quand sur toi tu crois te pencher,
C’est aux choses que tu te mires
Et tu te demeures caché.
Car en toi-même tu es pris
Comme un navire dans les glaces
Qui rumineront sa carcasse
Jusqu’à ce qu’il rende l’esprit ;
Rien qu’une bulle à la surface…

(Jean Rousselot)

Illustration

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Soir tourmente (Gaston Miron)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2015



Soir tourmente

La pluie bafouille aux vitres
et soudain ça te prend
de courir dans tes pas plus loin
pour fuir la main sur nous

tu perds tes yeux dans les autres
ton corps est une idée fixe
ton âme est un caillot au centre du front
ta vie refoule dans son amphore
et tu meurs
tu meurs à petites lampées sous tes semelles

ton sang
ton sang rouge parmi les miroirs brisés

(Gaston Miron)


Illustration

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