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Poésie

Posts Tagged ‘caisse’

VILLE (David Hofstein)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2020



Illustration: Sylvie Bartczak
    
VILLE

Ville!
De très loin tu m’as appelé
Avec tes écheveaux de fer,
Je te voyais toujours du haut des monts,
De très loin tu m’as attiré
Avec l’aimant
Des clartés, des miroitements,
Tu m’as leurré
Et tu m’as capturé !
Tu as transpercé
La paix de ma maison champêtre
Avec le sifflement des trains,
Effrité, fracassé,
Avec le tremblement des rails,
Dans les hauteurs toujours se balançait
Toujours s’avançait
L’inquiétude de tes échos ensorcelés,
Ville!
Tu m’as capturé !

Sous mes yeux éblouis
Ton corps de pierre omnipotent
S’étend à présent
Au hasard des champs et des bois,
Avec ses tuyauteries enracinées dans les profondeurs
de la terre,
Les bras écartelés,
Étage sur étage, cour sur cour,
Caisse sur caisse, pièce sur pièce,
Noir par le bas et scintillant dans l’altitude,
Aiguisé par les toits, dentelé par les tours,
De rails reptiliens noué et ceinturé,
Tendu, enchevêtré,
De toiles d’araignées de fer,
Ville !
Tu m’as capturé!

(David Hofstein)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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ENFANTS MORTS (Melech Ravitch)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020



Illustration: Vincent Van Gogh
    
ENFANTS MORTS
(extrait)

La mort c’est la dépouille un soir d’automne
D’un enfant de sept jours
Dans sa caisse clouée, longue de dix-huit pouces,
Portée dévotement par sa grand-mère
À travers champs jusqu’au paisible cimetière
Où la pluie fait tinter sur les tombes
Son cantique du coeur.
D’un enfant de sept jours la mort est la dépouille
Poussée dans la terre humide et glacée ;
L’aïeule rentre à la maison, et l’on attendait son retour
Avec le pain noir odorant, le bol brûlant de chicorée :
Telle est la mort.

(Melech Ravitch)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE VIVANT PROLONGÉ (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2019




    
LE VIVANT PROLONGÉ
(Avec naturel.
Familièrement, comme ça)

Le mort qui est en moi
s’impatiente

Il tape dans sa caisse
à bras raccourcis
il voudrait qu’on le montre
une dernière fois.

Quant au vivant
ça va pas mal merci

pour le moment.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Funérailles (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2018



Je perçus des Funérailles, dans mon Cerveau,
Un Convoi allait et venait,
Il marchait – marchait sans fin – je crus
Que le Sens faisait irruption –

Puis quand tous furent assis,
Un Office, comme un Tambour –
Se mit à battre – on eût dit
Que mon esprit devenait gourd –

Puis j’entendis soulever une Caisse
Et de nouveau crisser dans mon Âme
Des pas, avec ces mêmes Bottes de Plomb,
Puis l’Espace – sonna le glas,

Comme si tous les Cieux étaient une Cloche,
Et l’Être, rien qu’une Oreille,
Et le Silence, et Moi, une Race étrange
Ici naufragée, solitaire –

Puis une Planche dans la Raison, céda,
Et je tombai, tombai encore –
Je heurtais un Monde, à chaque plongée,
Et Cessai de connaître – alors –

Combien obscurs les Hommes, les Pléiades,
Avant qu’un ciel soudain
Révèle qu’à jamais l’Un d’eux
Est soustrait à la vue –

Membres de l’Invisible, ils existent,
Sous nos yeux écarquillés,
Dans l’Immensité du Possible,
Insaisissables, comme l’Air –

Pourquoi ne pas Les avoir retenus ?
Les Cieux en souriant,
Frôlent nos Têtes désappointées,
Sans une syllabe –

(Emily Dickinson)

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LE VIVANT PROLONGÉ (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2018



    

LE VIVANT PROLONGÉ

(Avec naturel
Familièrement, comme ça)
Le mort qui est en moi
s’impatiente

Il tape dans sa caisse
à bras raccourcis
Il voudrait qu’on le montre
une dernière fois.

Quant au vivant
ça va pas mal merci

pour le moment.

(Jean Tardieu)

 

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UNE FABRIQUE DE BROSSES (Norge)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



UNE FABRIQUE DE BROSSES

On voit l’intérieur de la salle principale.
Des hommes forent de petits trous dans des planchettes
et de jeunes femmes enfoncent des poils de sanglier
enduits de colle dans ces cavités.
Les murs de la fabrique sont bleus.
Au-dessus d’une petite porte,
une image représente saint Audoin, patron des brossiers.
Au fond, de grandes caisses contiennent probablement
des brosses terminées.

(Norge)

 

 

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Le Parasol de Chèvre (Saint-John Perse)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2018



Le Parasol de Chèvre

Il est dans l’odeur grise de poussière,
dans la soupente du grenier.
Il est sous une table à trois pieds;
c’est dans la caisse où il y a du sable
pour la chatte et le fût décerclé
où s’entasse la plume.

(Saint-John Perse)

Illustration

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Je n’aime plus (Balbino)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2018


 


Ana Cruz z20

 

Je n’aime plus

Je n’aime plus
les femmes qui passent
leurs blessures s’entrelacent
sur une barre de fer.

Je n’aime plus le soir et ses promesses
ses matins qui me laissent
humain.

Je n’aime plus la forme de mon ombre
la force du nombre
et ce rêve
ricain.

Je ne m’aime plus immobile
sur l’eau calme
leurs sébiles
m’empêchent
de flotter.

Je n’aime plus faire mes courses
les poubelles s’agressent
au sortir de la caisse
d’anciens cadres
s’échinent.

(Balbino)

Illustration: Ana Cruz

 

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VIEUX CON (Hervé Le Tellier)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2018




    
VIEUX CON

Un beau jour, forcément, je serai un vieux con.
Tu vois, quand on vieillit
On s’en va de la caisse, on part du carafon,
Il se peut même que je sois un très vieux con
(Il faudra me le dire)
Mais à choisir, si on pouvait choisir,
Je préférerais devenir
Un con très vieux
Plutôt qu’un vieux très con.

(Hervé Le Tellier)

 

Recueil: Zindien
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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LA CHAIR (Shirô Murano)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2018



 

Achille Funi sarfatti2

LA CHAIR
NIKUTAI

Servante que tu es, servante obèse de l’âme
Toi
Qui es dotée d’une molle entrée
Vase à fleurs qui coule sans arrêt
— Cela c’est la salive de Dieu en quantité

Toi
Que dorment les époux du bétail domestique
Tu es le dortoir licencieux

Toi quelquefois
Tu es la chapelle sans pasteur

Ou alors quelquefois
Tu es comme la maison désolée
Quand s’y trouve une infirmière

Ou bien
La caisse d’un instrument
Dont la corde a été tendue
Et puis sur l’espace plein de meurtrissures

C’est un paysage
Qui va s’étendre au loin

(Shirô Murano)

Illustration: Achille Funi

 

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