Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘cajoleur’

VERS (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



VERS

Je voudrais sur ma lyre,
Te jeter triste, un chant
Dans la nuit où chavire
Ma vie, amèrement.

Est-ce vrai ? Fais-je erreur ?…
Tout est donc en ruine ?
Murmures cajoleurs,
Souffrance qui me mine —

S’il furent une fois —
Et rêves en délire,
Je te les jette, vois…
— C’est le chant de ma lyre.

(George Bacovia)

Illustration: Alexandre Seon

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA BELLE DORMEUSE (Ulysse Envers)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018




LA BELLE DORMEUSE

Si jolie quand vous dormez,
Si sexy sous vos rondeurs,
Je vous regardais rêver
Dans ce wagon voyageur.

Votre corps était lové
Comme une oeuvre de sculpteur
Qui eût voulu mélanger
L’érotisme et la pudeur.

J’avais très envie d’humer
De vos cheveux les senteurs,
M’approcher pour effleurer
Vos joues d’un doigt cajoleur.

Mais comment vous proposer
Même avec de la douceur,
Mes genoux comme oreiller,
Sans passer pour un dragueur ?

Réveillée pour présenter
Votre titre au contrôleur,
Je vous ai vue fusiller
De vos yeux l’enquiquineur.

Vous m’avez abandonné
A mon sort d’admirateur
En oubliant d’emporter
Votre charme ravageur.

(Ulysse Envers)

Illustration: José Vital Anselmo

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Les bois sacerdotaux (Antonin Artaud)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2017



Les bois sacerdotaux chamarraient l’horizon
Où les lampes du soir rallumaient leurs feux rouges;
Au rideau des forêts où mille branches bougent
Peignaient leurs cheveux d’étranges visions.

Une femme parût, de sardoine et d’opale
Décorant son manteau pourpre comme le ciel;
Ses yeux brillaient dans l’or bleui des cheveux pâles.
Sacerdotales fleurs aux feux surnaturels.

Un rebec cajôleur aux doigts des mains divines
Si doucement pleurait que les rois des bois noirs
Appelaient par delà les célestes collines
Les reines accoudées aux balustres du soir.

Un vent plus fort tordit les crinières des bois
Eveillant les orgues des profondeurs sonores
Et la voix se perdit comme efface l’aurore
Dans les voiles du jour les bagues de ses doigts.

(Antonin Artaud)

Illustration: Herb Dickinson

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

CHANTEUSE D’OUBLI (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2016



CHANTEUSE D’OUBLI

Oublier ! ce n’est pas sa faute ni la mienne!
Car l’amour n’est vraiment qu’une bohémienne
Arrêtée un matin devant notre maison
Avec, dans ses yeux clairs, tout le vaste horizon
Du ciel bleu reflété comme au lit d’une source.
La voyageuse va recommencer sa course,
Mais, dans un frôlement, ses longs doigts cajoleurs
Papillonnent autour de sa guitare en fleurs
Dont le manche courbé ressemble au cou des cygnes.
Elle a vagabondé sous bois et dans les vignes
Et nous chante un moment la chanson d’oublier.
Coquette, elle nous tend son rouge tablier
Et demande en passant notre coeur pour aumône.
Et nous, hallucinés par ses yeux d’anémone
Et son costume clair enrichi de festons,
Nous ouvrons la fenêtre et nous le lui jetons.
Mais voici qu’aussitôt la belle se dérobe
Emportant notre coeur dans les plis de sa robe
Pour s’en aller plus loin chanter et mendier
Sous le soleil du soir qui va s’incendier!

(Georges Rodenbach)

Illustration: Yann Rivron

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

PREMIER AMOUR (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2016



PREMIER AMOUR

Premier amour ! Parfum de la nouvelle rose !
Sur le clavier du coeur premiers accords plaqués
Par une main de femme insaisissable et rose;
Premiers souffles du vent sur la voile morose
Qui devine la mer dans le calme des quais.

Premières floraisons dans le verger de l’âme,
Premiers jets d’eau montant au milieu des jardins
Où des noces en blanc chantent l’épithalame;
Premiers regards qu’on jette à l’horizon de flamme
Où les palais du rêve étagent leurs gradins.

Premier amour ! Souffrance heureuse ! Désirs vagues
De lui prendre les mains, plus douces que des fleurs,
A celle dont les yeux ont la couleur des vagues,
Et, feignant d’admirer le chaton de ses bagues,
De rafraîchir sa lèvre à ses doigts cajoleurs.

Délices, au milieu des fêtes et des danses,
De ressembler pour elle aux galants d’éventail;
Puis, quand on reste seul, sous les ramures denses,
Charme de chuchoter de longues confidences
A la Lune qui rit comme au fond d’un vitrail.

C’est le moment de joie unique où l’on épie
Les yeux encor voilés d’une fausse rigueur,
Où, sans s’imaginer que tout bonheur s’expie,
On tire fil à fil, comme de la charpie,
L’aveu qui guérira la blessure du coeur.

Ce qu’on aime à vingt ans, c’est la tiède atmosphère
Des premiers abandons sous un ciel vierge et bleu;
Qu’importe la liqueur, ce qu’on veut c’est le verre;
C’est le mal glorieux de monter au Calvaire,
Car on a Véronique et l’on se sent un Dieu!

Ce qu’on aime surtout, c’est bien l’amour lui-même;
On aime sans savoir ni pourquoi, ni comment !
Mais on veut être ainsi, si c’est ainsi qu’on aime
Et l’on sent à jamais que c’est le bien suprême
Et que le plus suave est le commencement !

Qu’importe son visage ou son âme ! Qu’importe
Ce qu’elle a de frivole ou de spirituel!
Aimer, c’est croire ! Aimer, cela vous réconforte,
Et quel que soit l’autel où le hasard vous porte
C’est du ciel qu’il s’agit dans chaque rituel.

Qu’importe à ce moment quelle Madone on prie.
On est assez heureux de murmurer : Je crois !
Dans l’église d’amour résonnante et fleurie
Où, parmi l’encens pâle, une vierge Marie
Vous sourit et vous tend ses bras comme une croix !

(Georges Rodenbach)

Illustration: Rémy Disch

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA FILLE LA PLUS NUE (Luc Decaunes)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2016



Diego Dayer rouge

LA FILLE LA PLUS NUE

Je suis la fille la plus nue du monde.
Je n’ai que ma bouche et mes seins légers,
je n’ai que mon ombre entourée de flammes,
et les fuseaux orageux de mes jambes pour tisser la soie des jours amoureux.
Je n’ai de trésor que moi-même.
Je suis l’abeille solitaire perdue dans le grand soleil,
loin des herbages, loin des sources,
l’abeille mère de la ruche, et le miel coule goutte à goutte de ma plus intime blessure.

Le désir me prend, le désir me quitte, je suis toujours nue et toujours entière,
et dans le plaisir où je plonge aveugle, c’est encore ma vie que je persécute,
c’est encore le feu que je poursuis à perdre haleine.

La mer lointaine, riche en semences, riche en merveilles diamantines,
baigne mon corps de part en part et le traverse.
La mer danse au fond de mes veines avec le sang brutal et cajoleur.
La mer salée palpite entre mes jambes, et le bruit des petites vagues couvre la voix de l’univers.

Ô bouche qui me mets au monde, mains qui donnez épaisseur à ma chair,
mains viriles qui me sacrez dans ma vérité opulente,
Ô regards débordants de sève, que serais-je encore sans vous !
Je ne suis rien, mais je suis reine quand l’ovation du désir mâle soulève vers moi ses couronnes lucides…
Au fond des ténèbres, dans l’enchevêtrement des muscles et du sang,
repose l’oeuf de lumière que le plaisir va féconder.
Certitude de la vie !

Il ne faut qu’un cri pour éclore, il ne faut qu’un cri pour nommer la récompense fabuleuse.
La marée sombre qui m’enlève quand je me referme sur l’homme si dur,
dresse mes seins, gonfle mes lèvres, et couvre mes paupières minces d’un sable d’or et de feu.
C’est un orage consolant, c’est un diamant roulé dans ma gorge profonde,
c’est un ciel de pierre et de limon pour répondre au stupide azur !

Au pied des monts et des forêts, au pied de la haute falaise givrée de sueurs et de larmes,
j’étends mon corps nu et sans tache, comme un miroir.
Miroir à capturer la flamme, miroir à cajoler la mer,
face ruisselante de sperme où l’espoir de l’homme, loup traqué, graine d’eau pure,
reconnaîtra toujours son plus certain visage.

(Luc Decaunes)

Illustration: Diego Dayer

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :