Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘calcul’

Les Rois Mages (Edmond Rostand)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2019



Les Rois Mages

Ils perdirent l’étoile, un soir ; pourquoi perd-on
L’étoile ? Pour l’avoir parfois trop regardée,
Les deux rois blancs, étant des savants de Chaldée,
Tracèrent sur le sol des cercles au bâton.

Ils firent des calculs, grattèrent leur menton,
Mais l’étoile avait fui, comme fuit une idée.
Et ces hommes dont l’âme eût soif d’être guidée
Pleurèrent, en dressant des tentes de coton.

Mais le pauvre Roi noir, méprisé des deux autres,
Se dit « Pensons aux soifs qui ne sont pas les nôtres,
Il faut donner quand même à boire aux animaux. »

Et, tandis qu’il tenait son seau d’eau par son anse,
Dans l’humble rond de ciel où buvaient les chameaux
Il vit l’étoile d’or, qui dansait en silence.

(Edmond Rostand)

Illustration: Leopold Kupelwieser

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

La vénus mathématique (Guy Béart)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2019



venus

La vénus mathématique

Dans un journal à fascicules
J´ai lu en lettres majuscules
Qu´on ne peut vivre sans calcul
En ce siècle où les automates
Sont les grands rivaux des primates
Qu´on ne peut plus vivre sans maths

Comme d´ailleurs depuis toujours
Quel que soit l´homme et ses recours
On ne peut vivre sans amour

Moi qui tiens fermement à vivre
Et qui suis lucide autant qu´ivre
J´ai uni le lit et le livre

J´ai rencontré au point critique
La femme la plus érotique
Une Vénus mathématique
Vive la nouvelle Vénus mathématique!

Au bal de l´Hôtel Terminus
Je vis soudain cette Vénus
Qui embrasa mes cosinus

C´était la folle nuit du rythme
Au bras d´un jeune sybarite
Elle exhibait ses logarithmes

C´était pour moi un jour de bol
La voilà qui me carambole
D´un grand sourire en hyperbole

C´était la grande nuit du rut
Le temps de pousser un contre-ut
Je l´attaquai comme une brute

Grâce à son triangle et son pis
Aussi rond que le nombre Pi
Elle augmenta mon entropie
Vive la nouvelle Vénus mathématique!

Et moi, très vite, j´adorai
Cette enfant qui suivait de près
De toute science les progrès

Les manuels, les opuscules
Les courbes, les tests, les calculs
Lui tenaient lieu de crépuscules

Au saint nom des mathématiques
Elle appliqua ses statistiques
À nos étreintes frénétiques

Au diable les gens qui attifent
Leur passion de préservatifs
Ou de retraits intempestifs

Bientôt, nous réglâmes tous nos
Exercices abdominaux
Selon la méthode Ogino
Vive la nouvelle Vénus mathématique

Et la Vénus aux équations
Me fit goûter des sensations
D´une nouvelle dimension

Les entités humanoïdes
Aux formes hyperboloïdes
Charment les spermatozoïdes

Dans mon vieux grenier en spirale
Chaque soir, quel concert de râles
Quand je frôlais son intégrale

Elle avait uni sans histoire
La mécanique ondulatoire
Et les positions giratoires

Mes caresses venaient en troupe
Selon la théorie des groupes
Pour réunir jambes et croupes
Vive la nouvelle Vénus mathématique

Hélas, un jour, un jour funeste
Elle me fit passer un test
Qui lui démontra sans conteste
En comparant des numéros
Que j´étais un pauvre zéro
Elle prit la tangente au trot

Avec ses courbes inconnues
Dans l´espace discontinu
Elle s´en alla toute nue
Vive la nouvelle Vénus mathématique!

(Guy Béart)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’Ile (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2018



 

Sur l’étang du château
reste une île
où se tienne les vieux cygnes
elle n’est utile qu’à leur repos
nulle femme ne s’y cache plus
ni par amour ni par calcul
la pâquerette y sort de terre
et la lenteur s’y résume.

(Jean Follain)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Du pic de la cime haute (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



Illustration: Eric Itschert
    
Du pic de la cime haute
Je suis tombé comme un fou
Et me suis rompu le cou.
C’est bien fait, car c’est ma faute.

Je n’avais qu’à rester coi.
Mais j’ai voulu, trop rapace,
Saisir le bonheur qui passe
Et le retenir. Pourquoi?

Dans le ciel, à tire-d’aile,
Comme il planait d’un vol sûr,
Je pouvais bien dans l’azur
Le suivre d’un œil fidèle.

Mais, plein d’un fauve appétit,
Sans calcul, sans frein, sans règle,
J’ai fait comme le grand aigle
Qui veut nourrir son petit.

En voyant s’enfuir ma joie,
J’ai voulu la raccrocher,
Et j’ai contre le rocher
Brisé moi-même et ma proie.

(Jean Richepin)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Nous n’avons rien retenu (René Char)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2018



Nous n’avons rien retenu
Des leçons de l’ornière et des taches
Du rythme et du calcul

(René Char)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , | Leave a Comment »

Le rêve nous crée (Jean-Pierre Begot)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



Sans logique, défaisant les calculs,
les définitions des cultures admises,
le rêve n’est pas seulement illusion.
Il fait participer aux sables inconnus,
aux villes mystérieuses,
l’enfant des faubourgs.

Par lui, le regard dépasse le fini de nos murs.
Il est invention de la liberté
– ses incohérences même nous enseignent –
et s’il peut se faire refuge, ou piège,
il peut surtout devenir jardin secret.

En lui se sont fourbies
les armes de toutes nos révoltes,
la mise en place de toutes les révolutions.

Rêve de l’autre
dont les images les plus familières
sont celles du feu, du vent, de l’eau, des nuages, de l’étoile –
de ce qui purifie,
de ce qui éloigne et resserre en même temps
dans une condition commune.

Le rêve nous crée et nous créons nos rêves.
Privilège qui nous distingue des dieux

(Jean-Pierre Begot)

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

Le poisson de ta main dans l’eau de ma mémoire (Tristan Tzara)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2017



Le poisson de ta main
dans l’eau de ma mémoire
il dort ou c’est comme
à la belle étoile

les pêcheurs les astronomes
le convoitent les malins
ni calculs ni hameçons
tentations ou tours d’adresse
ne sauraient avoir raison
du souci de ma tendresse

(Tristan Tzara)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les grandes personnes m’ont conseillé (Antoine de Saint-Exupéry)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2017



boa-chapeau-10

Les grandes personnes m’ont conseillé de laisser de côté
les dessins de serpents boas ouverts ou fermés,
et de m’intéresser plutôt à la géographie,
à l’histoire, au calcul et à la grammaire.

(Antoine de Saint-Exupéry)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

C’est la graine d’un lis qui ayant fleuri, fleurira à nouveau (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2016



La floraison du bâton

[10]
Il est folie de dire
vous tomberez, vous les grandes cités,

(à présent les cités sont brisées) ;
ce n’est ni tragédie, ni prophétie

d’une Prêtresse figée,
d’une Pythonisse solitaire

qui chante, psalmodie
en hexamètres brisés,

ruine, ruine des portes de la cité,
des chefs, des royaumes ;

c’est un simple calcul, algébrique,
c’est de la géométrie en vol,

sans dessin, une gentiane
dans un miroir de glace,

c’est pourtant, si tu veux, un lis
plié telle une pyramide,

un cône de fleurs,
pas un tas de crânes ;

c’est un lis, si tu veux,
chaque pétale, un royaume, éternité,

et c’est la graine d’un lis
qui ayant fleuri,

fleurira à nouveau ;
c’est cette plus petite des graines,

un des plus petits grains qui soit
qui produit des branches

ou se reposent les oiseaux ;
c’est ce baume florissant,

c’est tout-guérison,
à jamais ;

c’est la plus grande des herbes
et devient arbre.

***

a lonely Pythoness
It is no madness to say

you will fall, you great cities,
(now the cities lie broken) ;

it is not tragedy, prophecy
from a frozen Priestess,

who chants, who sings
in broken hexameters,

doom, doom to city-gates,
to rulers, to kingdoms;

it is simple reckoning, algebraic
it is geometry on the wing,

not patterned, a gentian
in an ice-mirror,

yet it is, if you like, a lily
folded like a pyramid,

a flower-cone,
not a heap of skulls;

it is a lily, if you will,
each petal, a kingdom, an aeon,

and it is the seed of a lily
that having flowered,

will flower again;
it is that smallest grain,

the least of all seeds
that grows branches

where the birds rest;
it is that flowering balm,

it is heal-all,
everlasting;

it is the greatest among herbs
and becometh a tree.

(Hilda Doolittle)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Au miroir incorruptible de la page (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2016



Au miroir incorruptible de la page
impossible de mentir
Je sais maintenant
qu’aucun calcul savant
aucune intelligence supérieure
ne pourront m’éclairer
de mon vivant
sur l’énigme de l’Univers
Devant celle-ci
même la poésie la plus aventureuse
doit honnêtement rendre les armes
Je mourrai donc
idiot

(Abdellatif Laâbi)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :