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Poésie

Posts Tagged ‘calculer’

Chaque geste comprend une portion de destin (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2019



Chaque geste comprend une portion de destin
et c’est pourquoi tous exhibent
une dose surprenante de nécessité
qui semble peser de son poids propre.

Néanmoins,
il doit exister une autre unité de mesure
pour calculer avec précision
la quantité de destin de chaque geste.

Et ainsi de chaque mot,
qui est un geste verbal,
de chaque image visible,
qui est un geste fait de la substance même du regard,
de chaque signe qui nous frôle
et qui n’est qu’un fil de la trame de l’air.

Même un accident est un geste du destin,
peut-être une hyperbole du destin,
comme un emportement de son lyrique excès.

Et même le hasard est un geste du destin,
le seul peut-être qui rassemble tous ses pouvoirs,
comme un bouquet détaché dont les fleurs se répandent.

Car le destin lui-même a besoin
de liberté pour improviser.

(Roberto Juarroz)

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Une flèche traverse l’univers (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2018



Illustration: Vladimir Kush
    
Une flèche traverse l’univers.
Peu importe qui l’a lancée.
Elle transperce également le fluide et le solide,
le visible et l’invisible.
Tenter de calculer son parcours
reviendrait à imaginer un mur dans le néant.

Flèche depuis l’anonyme vers l’anonyme,
depuis un abîme qui n’est pas une origine
vers un autre abîme qui n’est pas une destinée,
mouvement qui semble n’en être pas un
mais plutôt une extase à chaque instant renouvelée.

Je la trouve en ta main
ou toi en ma pensée.
Je peux la voir entrer dans un nuage,
couper en deux un oiseau,
surgir des fleurs et des pluies,
fendre une cécité,
transpercer les morts.

Peut-être son exemplaire anonymat
nous convoque-t-il à notre propre anonymat,
pour que nous puissions aussi nous libérer
de notre commencement et notre fin.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

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La pensée pense (Roger Munier)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



Illustration: Auguste Rodin
    
La pensée pense.
Elle ne fait rien de plus quoi qu’on imagine.
Elle ne pénètre pas le réel. Simplement, elle le pense.
Comme d’autres modes d’approche le racontent,
lui font écho sur la toile ou le calculent…

(Roger Munier)

 

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Les décimales de pi (Jean-Claude Touzeil)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2018



Parfois,
le gars qui calcule
les décimales de pi,
il aurait bien envie
de faire une pause

(Jean-Claude Touzeil)


A lire… au lieu de compter les moutons ((-:

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LIBERTÉ (René de Obaldia)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



LIBERTÉ

A Pan-Mun-Jom
Faut tailler des joncs.

A Buenos Aires
Faut un revolver.

A Salonique
Faut s’armer de piques.

A Berlin
Faut pas s’tromper d’train.

A Moscou
Faut tenir le coup.

A Belgrade
T’en prends pour ton grade.

A Yokohama
Faut se faire tout plat.

A Québec
Béni-béni-bec.

A Pékin
Faut être pour Mâ-Chin.

A Shangai
Contre la racaille.

A Jérusalem
On pleure toute la semaine.

A Calcutta
Calcule ce que t’as.

A Bangkok
Faut subir le choc.

A Panama
Nu-tête il faut pas.

A Montevideo
Faut être comme il faut.

Plus bas à Cuba
Etre ou n’être pas.

A Rome
Il faut faire comme.

A Banga-Bango
Gare à ton gigot!

Lausanne, Genève
Les coeurs sant de neige.

Anvers, Amsterdam
Y’a des drôl’de dames.

Copenhague, Oslo
C’est pas du lolo.

New York, Tombouctou
Faut s’attendre à tout.

Bientôt dans la lune
On sera tous posthumes.

N’y a qu’à Viroflay
(Larirette, larirette)
N’y a qu’à Viroflay
(Poussez, poussez l’escarpolette)
N’y a qu’à Viroflay
Que je fais
Ce qui me plaît.

(René de Obaldia)

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Plus besoin de savoir écrire (Joséphine Bacon)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018




Illustration: Joséphine Bacon
    
Plus besoin de savoir écrire
Ni de savoir calculer
Il me suffit de connaître
Les directions

Cueillir le champignon
Qui préserve le feu
Immortel

J’amène mon bâton de parole
Et m’adresse aux étoiles
Je m’assois pour le repos de mes pieds
Je sais être seule pour entendre
Les aurores boréales
Je dandine
Dans le bleu du bleu
D’une nuit qui endort
Mon grand-père l’ours

L’horizon sera là
A m’attendre
Et me conduira à la rivière
Au courant
Trompeur parfois

J’arrive enfin
A la terre qui espère
Ma venue

(Joséphine Bacon)

Découvert ici: https://desmotsetdesnotes.wordpress.com/

Recueil: Un thé dans la toundra – Nipishapui nete mushuat
Traduction:
Editions: Mémoire d’encrier

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PARCE QUE (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



Illustration: Alberto Pancorbo
    
PARCE QUE

Parce que les autres se déguisent et toi non
.. Parce que les autres évoquent la vertu
Pour acheter ce qui ne mérite pas pardon.
Parce que les autres ont peur et toi non.

Parce que les autres sont des tombeaux chaulés
Où en silence la pourriture fermente.
Parce que les autres se taisent et toi non.

Parce que les autres s’achètent et se revendent
Et leurs gestes produisent encore des dividendes.
Parce que les autres sont habiles et toi non.

Parce que les autres marchent à l’ombre des abris
Et avec le danger main dans la main tu marches.
Parce que les autres calculent et toi non.

***

PORQUE

Porque os outros se mascaram mas tu não
Porque os outros usam a virtude
Para comprar o que não tern perdão.
Porque os outros têm medo mas tu não.

Porque os outros são os túmulos caiados
Onde germina calada a podridão.
Porque os outros se calam mas tu não.

Porque os outros se comprara e se vendem
E os seus gestos dão sempre dividendo.
Porque os outros são hábeis mas tu não.

Porque os outros vão d sombra dos abrigos
E tu vais de mão dadas corn os perigos.
Porque os outros calculam mas tu não.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

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CHANSON TRISTE POUR ENNUYER TOUT UN CHACUN (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2017




CHANSON TRISTE POUR ENNUYER
TOUT UN CHACUN

La nuit entière j’ai passé ma vie
à calculer, mais dans mes comptes
je ne comptais ni vaches
ni livres sterling
ni francs
ni dollars,
non, non, rien de cela.

La vie entière j’ai passé ma nuit
à calculer, mais dans mes comptes
je ne comptais ni chats
ni autos
ni liaisons,
non.

La vie entière j’ai passé mon aube
à calculer, mais dans mes comptes
je ne comptais ni livres
ni chiens
ni chiffres,
non.

La lune entière j’ai passé ma nuit
à calculer, mais dans mes comptes
je ne comptais ni lits
ni baisers
ni fiancées,
non.

La nuit entière j’ai passé mes vagues
à calculer, mais dans mes comptes
je ne comptais ni dents
ni bouteilles
ni verres,
non.

La guerre entière j’ai passé ma paix
à calculer, mais dans mes comptes
je ne comptais ni morts
ni fleurs,
non.

La pluie entière j’ai passé ma terre
à calculer, mais dans mes comptes
je ne comptais ni routes
ni chansons,
non.

La terre entière j’ai passé mon ombre
à calculer, mais dans mes comptes
je ne comptais ni rides
ni cheveux
ni choses perdues,
non.

La mort entière j’ai passé ma vie
à calculer :
mais quoi?
je n’en sais plus rien,
non.

La vie entière j’ai passé ma mort
à calculer :
ai-je perdu?
ai-je gagné?
je n’en sais rien, la terre
non plus.

Et cætera, et cætera.

(Pablo Neruda)

 

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Parce que (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2017



Parce que

Parce que les autres se masquent mais toi non
Parce que les autres usent de la vertu
Pour acheter ce qui est sans rémission.
Parce que les autres ont peur mais toi non.

Parce que les autres sont des tombes blanchies
Où germe silencieuse la pourriture.
Parce que les autres se taisent mais toi non.

Parce que les autres s’achètent et se vendent
Et que leurs gestes donnent des dividendes.
Parce que les autres sont malins mais toi non.

Parce que les autres vont se mettre à l’abri
Et que toi tu vas main dans la main avec les périls.
Parce que les autres calculent mais toi non.

***

Porque

Porque os outros se mascaram mas tu não
Porque os outros usam a virtude
Para comprar o que não tem perdão
Porque os outros têm medo mas tu não

Porque os outros são os túmulos caiados
Onde germina calada a podridão.
Porque os outros se calam mas tu não.

Porque os outros se compram e se vendem
E os seus gestos dão sempre dividendo.
Porque os outros são hábeis mas tu não.

Porque os outros vão à sombra dos abrigos
E tu vais de mãos dadas com os perigos.
Porque os outros calculam mas tu não.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Illustration: Claude Weisbuch

 

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Ce que tu vois, ce que tu touches (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2016



Ce que tu vois, ce que tu touches,
Ce qui t’arrive par l’oreille,
C’est le réel.

Ce que tu ne vois pas, mais que tu sens,
Cette angoisse du merle
Et tant de noces dans l’espace,
Ce que veulent les papillons,
Ce qu’éprouvait le menuisier,
C’est le réel.

Ce que tu ne vois pas et ne sens pas non plus,
Mais qui est confirmé par d’autres, plus savants,
L’infra-rouge, tous ces rayons qui percent l’air,
Les occultes géométries que l’on calcule,
L’univers de l’atome où la force prend forme,
C’est le réel.

Tout ce qui est réel
Mérite d’être vu.
Tout ce qui est réel
Mérite qu’on l’approche.

Tout ce qui est réel
Suit la ligne du beau.

Nous aurons la main
Sur tout le réel.
Nous le tiendrons à notre guise
Un jour qui se profile.

Nous emploierons les choses
En montant avec elles
Leur ligne de beauté.

Nous ferons de la terre
Avec tout ce qu’elle a
Et porte dans l’espace,

Nous ferons de la terre
Et de l’espace aussi
Une corolle immense,

Balbutiant la rosée
Au soleil qui lui vient.

(Guillevic)


Illustration

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