Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘caline’

Qu’il serait bon (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2017



Qu’il serait bon d’être la poussière de la route
Et que les pieds des pauvres viennent me fouler…

Qu’il serait bon d’être les fleuves qui s’écoulent
Et que les lavandières viennent sur mes berges…

Qu’il serait bon d’être les peupliers sur la rive du fleuve
Et d’avoir le ciel seul en contre-haut et l’eau en contre-bas…

Qu’il serait bon d’être l’âne du meunier
Et qu’il me batte et me câline…

Plutôt cela que d’être celui qui traverse la vie
En regardant derrière lui et sujet au chagrin…

(Fernando Pessoa)

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 5 Comments »

Je t’aime d’être faible… (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2017



Je t’aime d’être faible…

JE t’aime d’être faible et câline en mes bras
Et de chercher le sûr refuge de mes bras
Ainsi qu’un berceau tiède où tu reposeras.

Je t’aime d’être rousse et pareille à l’automne,
Frêle image de la Déesse de l’automne
Que le soleil couchant illumine et couronne.

Je t’aime d’être lente et de marcher sans bruit
Et de parler très bas et de haïr le bruit,
Comme l’on fait dans la présence de la nuit.

Et je t’aime surtout d’être pâle et mourante,
Et de gémir avec des sanglots de mourante,
Dans le cruel plaisir qui s’acharne et tourmente.

Je t’aime d’être, ô soeur des reines de jadis,
Exilée au milieu des splendeurs de jadis,
Plus blanche qu’un reflet de lune sur un lys…

Je t’aime de ne point t’émouvoir, lorsque blême
Et tremblante je ne puis cacher mon front blême,
O toi qui ne sauras jamais combien je t’aime !

(Renée Vivien)

Illustration: Albert-Joseph Pénot

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ce qui restera (Marie-Thérèse Colimon)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2017



 

Annabelle Verhoye 6

Ce qui restera

Lorsque l’on aura joint mes mains sur ma poitrine
Et que le cher foyer qui protégea mes jeux
Retentira soudain, ô ma maison câline,
D’affreux sanglots d’effroi, des plus sombres adieux
A quoi me servira d’avoir lu tant de livres,
A quoi me servira d’avoir aimé les fleurs,
Si tu ne sens ton coeur plein d’échos lourds et ivres
Et d’avoir lu mes vers, tes yeux baignés de pleurs?

(Marie-Thérèse Colimon)

Illustration: Annabelle Verhoye

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

L’eau qui jaillit dans la verdeur première (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2017



 

Rob Gonsalves 13

L’eau qui jaillit dans la verdeur première,
nudité de la terre, fraîche et douce,
appelle nos mains,
comme une femme neuve…

— De qui, cette eau est-elle
la résurrection ? Quelle nouvelle vie
en elle, triomphante, rejoint la mort ?
(Que ne puis-je être, un jour
de printemps vert, cette eau !)

…Et l’eau chante, rit et bondit,
elle danse, elle s’offre,
câline, exubérante, dure, ouverte ;
la terre profonde
— comme une femme neuve —,
non pour nous enterrer, aujourd’hui, non pas traître,
ni même maternelle ;
mais pour nous déterrer, loyale,
pour nous embrasser, libres,
appelle nos bras.

***

El choro de agua entre el verdor primero,
desnudez de la tierra, fresca y dulce,
llama a las manos,
como una mujer nueva…

—¿De quién, esta agua,
resurrección será? ¿Qué nueva vida
alcanza en ella, triunfal, la muerte?
(¡Quién fuera, un día
de primavera verde, agua!)

… Yel agua canta, ríe y salta,
baila y se ofrece,
mimosa, exuberante, dura, abierta;
la tierra honda
— como una mujer nueva —,
no para sepultarnos, hoy, no traidora,
ni maternal siquiera;
para desenterrarse, franca,
para abrazarnos, libres,
llama a los brazos.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Rob Gonsalves

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE TALISMAN (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2015




LE TALISMAN

Là où la mer toujours mouvante
Bat sur des rocs inhabités,
Là où la lune est plus brillante,
Dans la douceur du soir tombé,
Là où dans son harem raffine
Tous ses plaisirs le musulman,
Une sorcière très câline
M’a confié un talisman.

Elle me dit, la caresseuse
«Conserve-le, mon talisman
Car sa force est mystérieuse,
Je te l’ai donné en t’aimant.
Dans l’ouragan, dans la tempête
Ou si tu es faible ou mourant,
Il ne sauvera pas ta tête,
Oh mon chéri, ce talisman.

Il n’est pas fait pour la conquête
Des richesses de l’Orient;
Les admirateurs du Prophète,
Il n’en fera pas tes manants.
Et loin des terres étrangères,
Sur le sein que tu aimes tant,
Vers ton pays, ne compte guère
Que t’emporte mon talisman.

Mais quand devant des yeux perfides,
Tu te sens soudain succomber,
Quand, la nuit, une lèvre humide
T’embrasse sans vraiment t’aimer,
Contre les nouvelles souffrances
Du coeur, contre tous les tourments,
Les trahisons, les négligences,
Te protège mon talisman.»

(Alexandre Pouchkine)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :