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Poésie

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Je ne sais pas où finit La rue de Lagny (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2019




    
Je ne sais pas où finit
La rue de Lagny

Elle jaillit d’un coup
Boulevard de Charonne
Et suit son cours
Sans méandres
Canal domestique

Se goinfre de carbone
En sautant le périph

Et va partager ses eaux
Entre Saint-Mandé
Rive droite
Et Montreuil
Rive gauche

Tour à tour elle irrigue
Des immeubles morts
Machines à mouliner
Le fric
Des bâtisses à habiter
En batterie
Des pavillons de banlieue

Avec arbre
Derrière leurs remparts

Je tourne
Dans la rue Robespierre

Aujourd’hui encore
Je ne saurai où finit
La rue de Lagny

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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C’était au temps de la Hollande (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2019



Illustration: Jozef Israëls
    
c’était au temps de la Hollande
la Mer du Sud était au nord
les vaches paissaient sur les bords
les canaux traversaient la lande

on se roulait dans la bruyère
le temps passait sans effacer
aucune image de la terre
ni de la mer ni du passé

dans la nuit noire on voyait clair
les heures du jour étaient lentes
et la pluie n’était pas amère

nous avions l’amitié des plantes
la foi de l’étoile polaire
et des yeux qui jamais ne mentent

(Jean-Claude Pirotte)

 

Recueil: Gens sérieux s’abstenir
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Nuit ma voûtée de ton destin de nuit (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018


 


 

Jeanie Tomanek shockandawe

Nuit ma voûtée de ton destin de nuit
qui fais mûre sauvage ma rue que tu émondes de ses ronces
Nuit large comme les rues et lisse jusqu’au ciel comme les toits et les pâtures
et qui t’allonges jusqu’à l’horizon comme la mort des morts
et comme la mémoire des vivants
Nuit sans fissure dessertie du diadème par les nuées
et rejetée du vif par les tentures et par ta nature

Nuit taciturne malgré le meurtrier et la victime et la plainte du sang hors la veine entaillée
Nuit lasse de ton destin de nuit et vieille de ce qu’il advient chaque nuit dans la nuit
tu es sevrée car l’homme est debout au soleil et dormant à ta face

Ton corps d’alcool est l’arête et l’encoignure
tes coudes s’effacent dans les impasses
tu combles les interstices des pavés
tu es le pieu et la lierne des palissades
et tes paupières clignent dans les balustres des balcons
Tes poings coupés par les toits feuillettent parfois une étoile dévoilée

Ma nuit creusée par les canaux de mon attente tu es attentive et courtoise
tu estimes le pas de l’homme et le répercutes dans sa haute unité et dans sa pleine lourdeur
et restitues à son corps son juste bruit

Le soleil a ses sujets qu’il comble qu’il brûle et qui dorment
toi tu as ceux qui manquent les vendanges
et s’anuitent pour rattraper d’impalpables récoltes
et pour rafraîchir la constante et matinale blessure
Et tu annexes exclusive leur passage

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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AU BORD DU QUAI (Émile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



AU BORD DU QUAI

En un pays de canaux et de landes,
Mains tranquilles et gestes lents,
Habits de laine et sabots blancs,
Parmi des gens mi-somnolents,
Dites, vivre là-bas, en de claires Zélandes !

Vers des couchants en or broyé,
Vers des caps clairs mais foudroyés,
Depuis des ans, j’ai navigué.

Dites, vivre là-bas,
Au bord d’un quai piqué de mâts

Et de poteaux, mirés dans l’eau ;
Promeneur vieux de tant de pas,
Promeneur las.

Vers des espoirs soudain anéantis,
L’orgueil au vent, je suis parti.

La bonne ville, avec ses maisons coites,
Carreaux étroits, portes étroites,
Pignons luisants de goudron noir,
Où le beffroi, de l’aube au soir,
Tricote,
Maille à maille, de pauvres notes.

J’ai visité de lointains fleuves,
Tristes et grands, comme des veuves.

Serait-il calme et frais mon coin,
Qu’une vieille servante, avec grand soin,
Tiendrait propre, comme un dimanche.
Contre le mur d’une chambre blanche,
Une carte pendrait des îles Baléares,
Avec, en or, des rinceaux rares
Et des drapeaux épiscopaux ;
Et sur l’armoire, la merveille

— Petits bâtons, minces ficelles —
D’une fragile caravelle
Qui voguerait, voiles au clair,
Dans la panse d’une bouteille.

J’ai parcouru, sous des minuits de verre,
Des courants forts qui font le tour de la terre.

Au cabaret, près du canal.
Le soir, à l’heure réglementaire,
Je m’assoierais, quand le fanal,
Au front des ponts,
Darde son œil, comme une pierre verte.
J’entreverrais, par la fenêtre ouverte,
Dormir les chalands bruns, les barques brunes,
Dans leur grand bain de clair de lune
Et le quai bleu et ses arbres lourds de feuillée,
Au fond de l’eau, fuir en vallée,
En cette heure d’immobilité d’or,
Où rien ne bouge, au fond du port,
Sauf une voile mal carguée,
Qui doucement remue encor,
Au moindre vent qui vient de mer.

La mer ! la mer !

La mer tragique et incertaine,
Où j’ai traîné toutes mes peines !

Depuis des ans, elle m’est celle,
Par qui je vis et je respire,
Si bellement, qu’elle ensorcelle
Toute mon âme, avec son rire
Et sa colère et ses sanglots de flots ;
Dites, pourrais-je un jour,
En ce port calme, au fond d’un bourg,
Quoique dispos et clair,
Me passer d’elle ?

La mer ! la mer !

Elle est le rêve et le frisson
Dont j’ai senti vivre mon front.
Elle est l’orgueil qui fit ma tête
Comme de fer, dans la tempête.
Ma peau, mes mains et mes cheveux
Sentent la mer
Et sa couleur est dans mes yeux ;
Et c’est la houle et le jusant
Qui sont le rythme de mon sang !

En des lointains de Finistères
J’ai labouré les mers,
Selon l’éclair et le tonnerre.

Au cassement de soufre et d’or
Des cieux d’ébène et de portor,
J’ai regardé s’ouvrir la nuit
Si loin dans l’ombre et l’inconnu,
Que mon désir n’est point encor
Jusqu’aujourd’hui,
Du bout du monde, revenu.

Chaque coup d’heure au cœur du temps,
Chaque automne, chaque printemps,
Me rappellent des paysages
Plus beaux que ceux que mes yeux voient ;
Golfes, pays et cieux, en mon âme, tournoient
Et mon âme elle même, avec l’humanité,
Autour de Dieu, depuis l’éternité,
À travers temps, semble en voyage :
J’ai dans mon cœur l’orgueil et la misère,
Qui sont les pôles de la terre.

Et qu’importe d’où sont venus ceux qui s’en vont,
S’ils entendent toujours l’appel profond

Au carrefour des doutes !
Mon corps est lourd, mon corps est las,
Je veux rester, je ne peux pas ;
L’âpre univers est un tissu de routes
Tramé de vent et de lumière ;
Mieux vaut partir, sans aboutir,
Que de s’asseoir, même vainqueur, le soir,
Devant son œuvre coutumière,
Avec, en un cœur morne, une vie
Qui cesse de bondir au delà de la vie !

Dites, la mer au loin que prolonge la mer ;
Et le suprême et merveilleux voyage,
Vers on ne sait quel charme ou quel mirage,
Se déplaçant, au cours des temps ;
Dites, les signaux clairs des beaux vaisseaux partant
Et le soleil qui brûle et qui déjà déchire
Sa gloire en or, sur l’avant fou de mon navire !

(Émile Verhaeren)

Illustration: Vladimir Kush

 

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PAR LA ROSERAIE (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018



PAR LA ROSERAIE

Par la roseraie éclose,
Par la saulaie apâlie,
Au bord des viviers, sous l’aurore rose,
Au long des étangs où le roseau plie,
Au son d’une chanson trillée,
Jusqu’à la plaine ensoleillée!

Au cours de la rivière lente
Des herbes traînent vertes ou rousses,
Oscillantes sans secousses,
Au cours de la rivière lente
Des herbes traînent au long des mousses.

Nul bruit qu’un roulement lointain de chariot,
Nulle crainte que d’un rêve interrompu;
Et nul regret de ce que l’on n’a pu
— Un roulement lointain de chariot —
L’azur jusque là-bas où sont les peupliers
Rigides et légers au long du vieux canal
— Ah! que ce paysage a d’êtres familiers;
Que tout y est doux et banal.

L’herbe est plus haute, ainsi, pour ma tête penchée,
Que les collines bleuissantes de là-bas;
Et tout, par la vie, est de même, est-ce pas,
Folle âme à ton ombre attachée,
O toi qui te suis pas à pas,
Sur toi-même penchée,
La vie est telle, n’est-ce pas?

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration

 

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Fait étrange (Seamus Heaney)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018




    
Fait étrange : une fois perçu, ce qui s’annonce au loin
Se transforme en présage ;
Et ce qui advient n’est manifeste

Qu’à la lumière de ce qu’on a vécu.
Le septième ciel, peut être :
Toute la vérité d’un sixième sens disparu.

N’importe : le jour où la lumière se brisera sur moi
Comme naguère sur la route après Coleraine
Où le vent s’est fait plus salé, le ciel plus prompt,

Où un lamé d’argent a frémi sur la Bann
Au milieu du canal, entre les poteaux peints,
J’habiterai ce qui m’échappe.

***

Strange how things in the offing, once they’re sensed,
Convert to things foreknown;
And how what’s come upon is manifest

Only in light of what has been gone through.
Seventh heaven may be
The whole truth of a sixth sense come to pass.

At any rate, when light breaks over me
The way it did on the road beyond Coleraine
Where wind got saltier, the sky more hurried

And silver lamé shivered on the Bann
Out in mid-channel between the painted poles,
That day I’ll be in step with what escaped me.

(Seamus Heaney)

 

Recueil: La lucarne
Traduction: Patrick Hersant
Editions: Gallimard

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Sous mille formes (Johann Wolfgang Von Goethe)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2018



Illustration: Cécile Mendousse
    
Sous mille formes tu peux te cacher,
Pourtant, ô bien-aimée, sitôt je te reconnais ;
Tu peux te couvrir de voiles magiques,
Ô toute présente, sitôt je te reconnais.

Au jeune élan très pur du cyprès,
Ô femme de belle stature, sitôt je te reconnais ;
Dans l’ondulation des flots du canal,
Ô toute séduisante, sitôt je te reconnais.

Quand le jet d’eau montant se déploie,
Ô toute joueuse, avec joie je te reconnais ;
Quand la nue se forme et se transforme,
Multiple créature, je te reconnais bien.

Au tapis des prairies semées de fleurs,
Sous ta parure de mille étoiles, je reconnais ta beauté ;
Et quand s’épand partout le lierre aux mille bras,
Universelle étreinte, je te connais.

Quand à l’aube s’embrase la montagne,
Soudain, toute-sereine, je te salue,
Et qu’ensuite au-dessus de moi s’arrondisse la voûte des cieux,
Ô toi qui dilates les coeurs, je te respire.

Tout ce que je connais en moi et hors de moi,
Ô source de tout savoir, je le connais par toi ;
Et quand je nomme les cent noms d’Allah,
Avec chacun résonne aussi un nom pour toi.

(Johann Wolfgang Von Goethe)

 

Recueil: Goethe Le Divan
Traduction: Henri Lichtenberger
Editions: Gallimard

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A Amsterdam (Guy Béart)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



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A Amsterdam

A Amsterdam, il y a Dieu, il y a les dames.
J’ai vu les dames de mes yeux, j’ai pas vu Dieu à Amsterdam.
A Amsterdam, il y a les eaux, il y a les âmes.
J’ai vu les eaux dans les canaux, j’ai pas vu d’âme à Amsterdam.
A Amsterdam y a des vélos et y a des trams
et des bateaux qui font font l’amour au carrefour à Amsterdam.

[Refrain] :
Il y a Dieu, il y a les dames.
J’ai vu les dames, où donc est Dieu?

A Amsterdam, il y a Dieu, il y a les dames.
J’ai vu les dames de mes yeux, j’ai pas vu Dieu à Amsterdam.
A Amsterdam y a des florins avec des diams
et tout s’achète et tout se vend, même le vent, à Amsterdam.
A Amsterdam, il y a Van Gogh, il y a Van Dam.
Les chimpanzés sont exposés dans les musées à Amsterdam.

[Refrain]

A Amsterdam la Chine, l’Afrique et l’Islam
sont réunis et toutes les races enfin s’embrassent à Amsterdam.
A Amsterdam les fourmis, les hippopotames
sont assemblés dans un baiser plutôt osé à Amsterdam.
A Amsterdam j’ai cherché le Dieu d’Abraham.
Jésus, est-il ce jeune bonze qui se bronze à Amsterdam?

[Refrain]

A Amsterdam, il y a Dieu, il y a les dames.
J’ai vu les dames de mes yeux, j’ai pas vu Dieu à Amsterdam.
A Amsterdam, voici des pigeons qui s’enflamment
devant les belles qui ruminent dans les vitrines à Amsterdam.
A Amsterdam, dans les saunas, dans les hammams
Marcuse transmet son message dans les massages à Amsterdam.

[Refrain]

A Amsterdam y a du haschich par kilogrammes.
Ma bien-aimée dans la fumée fut embaumée à Amsterdam.
A Amsterdam j’ai vu soudain monter mon âme
par le p’tit trou qu’un vieux couteau m’a fait dans l’dos, à Amsterdam.

x2
A Amsterdam, il y a Dieu, il y a les dames.
J’ai vu les dames de mes yeux, j’ai pas vu Dieu à Amsterdam.

(Guy Béart)

 

 

 

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NOCTURNE (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2018



 

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NOCTURNE

J’habite les reflets d’un vieux canal qui tremble
Fenêtres sans rideaux faites de frissons d’eau
Palpitations des murs couverts de grands lambeaux
De dentelle menue que percent les oiseaux
Hirondelles d’été qui deviendront mouettes

On a levé le pont pour que le soleil passe
L’horizon comme un mort laisse un monde d’encens
Quelques notes
des gouttes
lentes à nous atteindre
A travers les rumeurs mal éteintes du jour
Un remorqueur entraîne les dernières lueurs

On n’allume plus les fanaux tout autour
De l’endroit où viendra se refléter la lune
Quand les arbres éteindront leur torche dans la brume

Comme un coucher de voiliers noirs au fond des eaux
La nuit n’a plus de mâts pour promener ses lampes
On tend partout des chaînes dont sonnent les anneaux

C’est la nuit le canal déjà rêve plus haut
Des noyés de naguère atteignent la surface

O nuit je sais qu’au loin la houle infranchissable
Qui errait sur les mers est maintenant en rade
On ne peut plus partir le canal est réduit
A cette flaque étroite égout du clair de lune
Beaux bateaux échoués dans la boue du port
Vous êtes condamnés ne cherchez plus le nord
Grands coquillages noirs on entend dans vos cales
Non le chant du travail mais la rouille qui râle

Le désespoir est une retraite salutaire
Un sommeil volontaire aux rêves dirigés
On ferme les yeux le temps d’y voir plus clair
On ouvre les yeux le monde est transformé

L’abîme s’ouvre à pic au bord de la fenêtre
Le balcon ne domine que le vide ou peut-être
Deux fleuves l’un de nuit l’un de lait l’un est mort
L’autre naît à peine ce n’est qu’un brouillard qu’une haleine
De la mer traversant tout le pays qui dort

Ces fleuves sont unis où l’homme en lui les mêle
Pour t’embellir ô nuit d’un pavillon rebelle

(Ernest Delève)

Illustration

 

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CANAUX (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



Illustration: Suzy Dohollo
    
CANAUX

La péniche berce
La mule aux grelots,
Au gré du falot
Le bois d’une perche.

— La lune au loin cherche
Son chemin sur l’eau —

Le marinier dort
Sous le faix du ciel.
De l’écluse au port,
Émeraude et miel :
(Du canal au ciel),
Le marinier dort…

Dérive des rives
Le bateau s’en va,
Mais un ange est là,
Debout sur l’avant
Et les mains au vent.

Ainsi ma vie coule,
Traverse la foule.

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

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