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Est-ce ainsi que les hommes vivent (Louis Aragon)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



Illustration: Lucie Llong
    
Est-ce ainsi que les hommes vivent
(adaptation de Léo Ferré)

Tout est affaire de décor
Changer de lit changer de corps
À quoi bon puisque c’est encore
Moi qui moi-même me trahis
Moi qui me traîne et m’éparpille
Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles
Où j’ai cru trouver un pays.

Coeur léger coeur changeant coeur lourd
Le temps de rêver est bien court
Que faut-il faire de mes jours
Que faut-il faire de mes nuits
Je n’avais amour ni demeure
Nulle part où je vive ou meure
Je passais comme la rumeur
Je m’endormais comme le bruit.

C’était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d’épaule
La pièce était-elle ou non drôle
Moi si j’y tenais mal mon rôle
C’était de n’y comprendre rien

Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent

Dans le quartier Hohenzollern
Entre La Sarre et les casernes
Comme les fleurs de la luzerne
Fleurissaient les seins de Lola
Elle avait un coeur d’hirondelle
Sur le canapé du bordel
Je venais m’allonger près d’elle
Dans les hoquets du pianola.

Le ciel était gris de nuages
Il y volait des oies sauvages
Qui criaient la mort au passage
Au-dessus des maisons des quais
Je les voyais par la fenêtre
Leur chant triste entrait dans mon être
Et je croyais y reconnaître
Du Rainer Maria Rilke.

Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent.

Elle était brune elle était blanche
Ses cheveux tombaient sur ses hanches
Et la semaine et le dimanche
Elle ouvrait à tous ses bras nus
Elle avait des yeux de faïence
Elle travaillait avec vaillance
Pour un artilleur de Mayence
Qui n’en est jamais revenu.

Il est d’autres soldats en ville
Et la nuit montent les civils
Remets du rimmel à tes cils
Lola qui t’en iras bientôt
Encore un verre de liqueur
Ce fut en avril à cinq heures
Au petit jour que dans ton coeur
Un dragon plongea son couteau

Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent.

(Louis Aragon)

 

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CONTRE TON SEIN… (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Illustration
    
CONTRE TON SEIN…

Contre ton sein oublie un jour de me serrer,
Moi qui suis à toi tellement !. . .
Aussitôt les voleurs me viendront enlever
Et toi qui rêvais, l’air content,
Tu t’effondreras en pleurs sur ce canapé.
Songeant au fol orphelin si loin échappé.

Si à chaque instant tu ne me câlines pas,
Criant : être à toi quel bonheur ! …
A ton ombre voûtée un jour tu confieras :
Mе voilà seule avec ma peur.
Alors pour ton amour nul fil ne filera:
Un faux-fil aura fait pour toujours ton malheur.

Si tu ne m’étreins pas, si tu ne me dévores,
Mе battront les arbres, les eaux,
Les montagnes. C’est en enfant que je t’adore.
Comme lui je suis ton bourreau,
Et ce palais où tu te baignes dans l’aurore
Je viendrai l’obscurcir, ce sera mon tombeau…

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Dommage (Florian Jose Ordonez)(Olivio Laurentino Ordonez)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018




    
Dommage

Allez, celle-là on la fait à l’ancienne
Oli, t’es prêt? Bien

Louis prend son bus, comme tous les matins
Il croisa cette même fille, avec son doux parfum
Qu’elle vienne lui parler, il espère tous les jours
Ce qu’il ressent au fond d’lui, c’est ce qu’on appelle l’amour
Mais Louis, il est timide et elle, elle est si belle
Il ne veux pas y aller, il est collé au fond d’son siège
Une fois elle lui a souri quand elle est descendue
Et depuis ce jour là, il ne l’a jamais revue

Ah il aurait du y aller, il aurait du le faire, crois-moi
On a tous dit « ah c’est dommage, ah c’est dommage, c’est p’t’être la dernière fois »

Yasmine a une belle voix, elle sait qu’elle est douée
Dans la tempête de sa vie, la musique est sa bouée
Face à sa mélodie, le monde est à ses pieds
Mais son père lui répétait « trouve-toi un vrai métier »
Parfois elle s’imagine sous la lumière des projecteurs
Sur la scène à recevoir les compliments et les jets de fleurs
Mais Yasmine est rouillée, coincée dans la routine
Ça lui arrive de chanter quand elle travaille à l’usine

Ah elle aurait du y aller, elle aurait du le faire, crois-moi
On a tous dit « ah c’est dommage, ah c’est dommage, c’est p’t’être la dernière fois »
Elle aurait du y aller, elle aurait du le faire, crois-moi
On a tous dit « ah c’est dommage, ah c’est dommage, c’est p’t’être la dernière fois »

Diego est affalé au fond du canapé
Il engueule son p’tit frère quand il passe devant la télé (pousse-toi!)
Ses amis sont sortis, il ne les a pas suivi
Comme souvent seul, la lune viendra lui tenir compagnie
Diego est triste, il ne veut rien faire de sa nuit
Il déprime de ne pas trouver la femme de sa vie
Mais mon pauvre Diego, tu t’es tellement trompé
C’était à cette soirée que t’allais la rencontrer

Ah il aurait du y aller, il aurait du le faire, crois-moi
On a tous dit « ah c’est dommage, ah c’est dommage, c’est p’t’être la dernière fois »

Pauline elle est discrète, elle oublie qu’elle est belle
Elle a sur tout le corps des taches de la couleur du ciel
Son mari rentre bientôt, elle veut même pas y penser
Quand il lui prend le bras, c’est pas pour la faire danser
Elle repense à la mairie, cette décision qu’elle a prise
À cet après-midi où elle avait fait sa valise
Elle avait un avenir, un fils à élever
Après la dernière danse, elle s’est pas relevée
Ah elle aurait du y aller, elle aurait du le faire, crois-moi
On a tous dit « ah c’est dommage, ah c’est dommage, c’est p’t’être la dernière fois »
On a tous dit « ah c’est dommage, ah c’est dommage, ah c’est dommage, ah c’est dommage »

« Ah c’est dommage, ah c’est dommage, ah c’est dommage, ah c’est dommage »
Elle aurait du y aller, elle aurait du le faire, crois-moi
On a tous dit « ah c’est dommage, ah c’est dommage, c’est p’t’être la dernière fois »
Elle aurait du y aller, elle aurait du le faire, crois-moi
On a tous dit « ah c’est dommage, ah c’est dommage, c’est p’t’être la dernière fois »

Elle aurait du y aller, elle aurait du le faire, crois-moi
On a tous dit « ah c’est dommage, ah c’est dommage, c’est p’t’être la dernière fois »
Vaut mieux vivre avec des remords qu’avec des regrets
Vaut mieux vivre avec des remords qu’avec des regrets
Vaut mieux vivre avec des remords qu’avec des regrets
Vaut mieux vivre avec des remords, c’est ça le secret

Bravo tout le monde, bravo!

(Florian Jose Ordonez)(Olivio Laurentino Ordonez)

Chanteurs Bigflo et Oli

 

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Petit déjeuner pris (Jack Kerouac)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018



Petit déjeuner pris
le matou se pelotonne
Sur le canapé

***

Breakfast done
the tomcat curls up
On the down couch

(Jack Kerouac)

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Rite de passage (Thomas Vinau)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2018



défi Y

Rite de passage

Construire son arc
attraper un varan vivant
conduire un éléphant
ou sauter d’un arbre
de vingt mètres de haut
tous les pères du monde
ont des rites de passage
pour les enfants
reste à choisir le mien
allumer un barbecue sous la pluie
tatouer de sa silhouette un canapé
tenir une gueule de bois
ou sauter directement
d’hier à demain
sans passer par aujourd’hui
j’hésite

(Thomas Vinau)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

 

 

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SONNET (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



 

Illustration: Jean-Jacques Henner
    
SONNET

J’ai peur de la femme qui dort
Sur le canapé, sous la lampe.
On dirait un serpent qui mord,
Un serpent bien luisant qui rampe.

Je ne suis pas un homme fort,
Mais ce soir le sang bat ma tempe.
L’amour va bien avec la mort;
Mon poignard, essayons ta trempe.

Arrêtons son rêve menteur.
Nulle langueur, nulle senteur,
Acier, n’empêchera ton oeuvre.

Ô lâcheté! le lendemain
J’aspirais l’odeur de jasmin
De ma triomphante couleuvre!

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Dans le métro (Stéphane Bouquet)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2016



Dans le métro je lève la tête du livre et
oh… il tient des fleurs pas pour moi
et une boîte à gâteaux
pas pour moi… une fois de plus où un visage est un dangereux
débarquement d’espérance
par ex. nous ne sommes pas déserts de demains… la preuve tu es
là… débutant à la lisière
des actes humains et ta peur de revenir
sans sourires… ça va aller… sinon je pourrais
à la place t’entourer d’affection … inventer
des canapés de lumières
les installer bien soigneux dans le fond
d’accueil de mes chambres intérieures où je prie allongé contre
la tendresse du dasein ou tout autre impression de tiédeur

(Stéphane Bouquet)

dasein: http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/dasein/21665

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration

 

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Le canapé de Paméla (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2016



Le canapé de Paméla
Le Panapé de Caméla
Le Panala de Camépé

Est un beau canaquois
Est un nabeau est un naquois
Charmante Panapé
Charmante Paméla

Le charme de Paméla
Le charme du canapé
Il est passé par ici
Il repassera par là
C’est un nabeau c’est un naquois
Charmante Paméla
Délicieux canapé

(Robert Desnos)

Illustration: René Gruau

 

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SEUL AVEC LA MER… (Endre Ady)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2015



SEUL AVEC LA MER…

Chambre d’hôtel et le soir et la plage,
Elle est partie et n’est plus qu’un mirage,
Elle est partie et n’est plus qu’un mirage.

Sur le sofa la fleur qu’elle a laissée.
J’embrasse du sofa l’étoffe usée,
J’embrasse du sofa l’étoffe usée.

Tel un baiser son parfum qu’on respire.
En bas, la mer gronde et se met à rire,
En bas, la mer gronde et se met à rire.

D’un phare, au loin, la clarté flamboyante.
Ma douce, viens, tout en bas la mer chante,
Ma douce, viens, tout en bas la mer chante.

Sauvage mer qu’il me plaît d’écouter
En rêvassant sur le vieux canapé,
En rêvassant sur le vieux canapé.

Là, je la vis s’étendre et se donner.
La mer enchante et chante le passé,
La mer enchante et chante le passé.

(Endre Ady)

 

 

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Il y a un chemin, une possibilité de chemin (Michel Houellebecq)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2015



 

Sarolta Bán ion16 [1280x768]

Il y a un chemin, une possibilité de chemin
Et il y a également un signe
Qui est donné à certains,
Mais certains sont indignes.

Entre les fleurs du canapé
Mes yeux se frayaient un chemin
Je renonce à me disculper,
Il y a l’oeil et puis la main.

La possibilité de vivre
Commence dans le regard de l’autre
Tes yeux m’aspirent et je m’enivre,
Je me sens lavé de mes fautes.

La délivrance, je sens venir la délivrance
Et la vie libre, où se tient-elle ?
Certaines minutes sont vraiment belles,
Je reconnais mon innocence.

(Michel Houellebecq)

Illustration: Sarolta Bán

 

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