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Poésie

Posts Tagged ‘cancer’

J’ai un cancer au coeur (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2018



Illustration: Frida Kahlo
    
J’ai un cancer au coeur.
Un excès qui me dévore.

Mais j’ai dans la cervelle une petite étoile
J’ai donné de mon étoile toute la lueur que j’ai pu.

Mais parfois, de très loin en moi, une plainte s’élève, déchirante.
C’est le cancer qui chante.

(Marie Noël)

 

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SOUPIRS (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2018



 

SOUPIRS

A quelle heure mourrez-vous Monsieur
monsieur Durand monsieur Soupault
peut-être tout à l’heure à la bonne heure
les anges ne répondent jamais
quand on leur demande l’heure
les songes n’indiquent ni le jour ni l’heure
les singes et les juges préfèrent se taire
Demandons donc l’heure qu’il est
aux bactéries aux cancers aux militaires
aux coups de feu aux mauvais coups
à la lune et aux malfaiteurs
dites-moi quelle heure est-il
et l’heure exacte qu’il était
quelle heure sera-t-il exactement
Soupirons pour apprendre à mourir
à l’heure convenue
à l’heure dite
toujours trop tôt toujours trop tard
soupirons comme un feu de bois
comme un feu de paille et de joie
soupirons puisqu’il faut mourir
et soupirer une dernière fois

(Philippe Soupault)

Illustration: Agim Sulaj

 

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Litanies de mon triste cœur (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2018



Litanies de mon triste cœur

Mon coeur repu de tout est un vieux corbillard
Que traînent au néant des chevaux de brouillard.

Prométhée et vautour, châtiment et blasphème,
Mon coeur est un cancer qui se ronge lui-même.

Mon coeur est un bourdon qui tinte chaque jour
Le glas d’un dernier rêve en allé sans retour.

Mon coeur est un gourmet blasé par l’espérance
Qui trouve tout hélas! plus fade qu’un lait rance.

Mon coeur est un noyé vidé d’âme et d’espoirs
Qu’étreint la pieuvre Spleen en ses mille suçoirs.

Mon coeur est une horloge oubliée à demeure
Qui bien que je sois mort s’obstine à sonner l’heure.

Mon coeur est un ivrogne altéré bien que saoûl
De ce vin noir qu’on nomme universel dégoût.

Mon coeur est un terreau tiède, gras, et fétide
Où poussent des fleurs d’or malsaines et splendides!

Mon coeur est un cercueil où j’ai couché mes morts…
Taisez-vous, airs jadis chantés, lointains accords!

Mon cœur est un tyran morne et puissant d’Asie,
Qui de rêves sanglants en vain se rassasie.

Mon coeur est un infâme et louche lupanar
Que hantent nuit et jour d’obscènes cauchemars.

C’est un feu d’artifice enfin qu’avant la fête
Ont à jamais trempé l’averse et la tempête.

Mon coeur…. Ah! pourquoi donc ai-je un coeur? Ah! pourquoi
Ma vie et l’Univers? la Nature et la Loi ?

(Jules Laforgue)


Illustration: Pierre Paul Rubens

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Le visage (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2018



Victor Brauner 50

Le visage

Comme un cancer, comme une bête en moi,
Vit un visage. Il s’ouvre, se referme.
C’est une bouche, une plaie, une pieuvre,
Il apparaît, se nourrit, se digère
Et me détruit, déchire la durée.
Toute la nuit, j’ai mal à mon cadavre.
On a scié ma cage thoracique,
On a jeté mon vieux coeur et ses boues
Dans le limon d’un fleuve croupissant.
Mon sexe meurt, mais la chair corrompue,
Interminable, est vie interminable.
Visage noir, larme d’un amour sale,
Reste avec moi, vautour et parasite,
Car nous vivons si bien si mal ensemble.
Déchirons-nous déchirés déchirants.
Que le soleil se tende comme un muscle !

(Robert Sabatier)

Illustration: Victor Brauner 

 

 

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NÉBULEUSE DU CANCER (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



 

Nébuleuse du Cancer

NÉBULEUSE DU CANCER
« Ton intellect a sa demeure
dans une grande masse lumineuse. »
(Bardo Thödol)

Dans ce lumineux chaos je
vis et jouis de mon être
dans cette masse incandescente
d’où pourrait naître un univers

dans ce lumineux chaos je
ne pense ni ne sens, mais suis
mêlé à ce tourbillon de matière
la forme que j’étais ne me renferme plus
celle que je serai — pas même imaginée

*

THE CRAB NEBULA
« Your intellect dwells
in a great luminous mass. »
(Bardo Thödol)

In this lighted chaos I
live and move and have my being
in this mass of incandescence
the birthplace of a world perhaps
at least of a dancing star

in this lighted chaos I
no longer think or feel but am
involved in this swirling matter
the form I was no longer holding me
the form I will be not even imagined

(Kenneth White)

Illustration

 

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Exil (Saint-John Perse)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017



Illustration
    

Exil

III

« … Toujours il y eut cette clameur,
toujours il y eut cette splendeur,
« Et comme un haut fait d’armes en marche par le monde,
comme un dénombrement de peuples en exode,
comme une fondation d’empires par tumulte prétorien, ha !
comme un gonflement de lèvres sur la naissance des grands Livres,
« Cette grande chose sourde par le monde
et qui s’accroît soudain comme une ébriété.

« … Toujours il y eut cette clameur,
toujours il y eut cette grandeur,
« Cette chose errante par le monde,
cette haute transe par le monde,
et sur toutes grèves de ce monde,
du même souffle proférée, la même vague proférant
« Une seule et longue phrase sans césure à jamais inintelligible…

« … Toujours il y eut cette clameur,
toujours il y eut cette fureur
« Et ce très haut ressac au comble de l’accès,
toujours, au faîte du désir,

la même mouette sur son aile, la même mouette sur son aire,
à tire-d’aile ralliant les stances de l’exil,
et sur toutes grèves de ce monde, du même souffle proférée,
la même plainte sans mesure
« A la poursuite, sur les sables, de mon âme numide… »

Je vous connais, ô monstre ! Nous voici de nouveau face à face.
Nous reprenons ce long débat où nous l’avions laissé.
Et vous pouvez pousser vos arguments comme des mufles bas sur l’eau :
je ne vous laisserai point de pause ni répit.
Sur trop de grèves visitées furent mes pas lavés avant le jour,
sur trop de couches désertées fut mon âme livrée au cancer du silence.

Que voulez-vous encore de moi, ô souffle originel ?
Et vous, que pensez-vous encore tirer de ma lèvre vivante,
Ô force errante sur mon seuil,
ô Mendiante dans nos voies et sur les traces du Prodigue ?

Le vent nous conte sa vieillesse, le vent nous conte sa jeunesse…
Honore, ô Prince, ton exil !
Et soudain tout m’est force et présence, où fume encore le thème du néant.

« … Plus haute, chaque nuit, cette clameur muette sur mon seuil,
plus haute, chaque nuit, cette levée de siècles sous l’écaille,
« Et, sur toutes grèves de ce monde, un ïambe plus farouche à nourrir de mon être !…

« Tant de hauteur n’épuisera la rive accore de ton seuil,
ô Saisisseur de glaives à l’aurore,
« Ô Manieur d’aigles par leurs angles,
et Nourrisseur des filles les plus aigres sous la plume de fer !

« Toute chose à naître s’horripile à l’orient du monde,
toute chair naissante exulte aux premiers feux du jour !
« Et voici qu’il s’élève une rumeur plus vaste par le monde, comme une insurrection de l’âme…

« Tu ne te tairas point clameur !
que je n’aie dépouillé sur les sables toute allégeance humaine.
( Qui sait encore le lieu de ma naissance ? ) »

(Saint-John Perse)

 

Recueil: Apologie du poète
Editions: Fata Morgana

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Alors que règne la tristesse noire (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2017




Alors que règne la tristesse noire,
dans tous les règnes,
et qu’elle gagne la chair intérieure
comme un cancer.

Gangrenée par le plaisir
de l’horreur, le rire de la laideur
d’un crime.

Tout ce que l’âme abomine,
dans son dés-espoir.

Mais à la source sombre
de sa tristesse
une grâce infinie descend
plus bas qu’elle,

et lui donne de donner
par son néant
ce qu’elle n’a pas.

Et dans les larmes la tendresse,
la tendresse de ce néant !

(Jean Mambrino)

Illustration

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Une mouche prise dans une toile d’araignée (Richard Brautigan)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2016



mouche-toile-d'araignee-arachnidee-proie

Une mouche prise dans une toile d’araignée

J’ai
connu un homme
qui
mourait
d’un cancer.

Il avait
la patience
d’une mouche
prise
dans une toile d’araignée.

Avant
de mourir,
il a demandé,

 » Quelle heure est-il ?  »

(Richard Brautigan)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration

 

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LE CANCER (Henry Bauchau)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2015




LE CANCER

Le coeur en maison du feu sombre
O désir labourant des cieux
Entends-tu le germe dans l’ombre
Prononcer le Nom silencieux?

*

Enceinte d’un pas de danse
Amour est ma chambre forte
Où ma musique n’est pas morte
Sous l’étreinte du silence.

(Henry Bauchau)

 

 

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COMME PIERRE DANS LE PUITS (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2015



 

Pierre Mornet

COMME PIERRE DANS LE PUITS

Je cherche un être à envahir
Montagne de fluide, paquet divin,
Où es-tu mon autre pôle ? Etrennes toujours remises,
Où es-tu marée montante ?
Refouler en toi le bain brisant de mon intolérable tension!
Te pirater.

Présence de soi : outil fou.
On pèse sur soi
On pèse sur sa solitude
On pèse sur les alentours
On pèse sur le vide
On drague
Monde couturé d’absences
Millions de maillons de tabous
Passé de cancer
Barrages de génufléchisseurs et des embretellés.
Oh! Heureux médiocres
Tétez le vieux et la couenne des siècles et la civilisation des désirs à bon marché
Allez, c’est pour vous tout ça.
La rage n’a pas fait le monde, mais la rage y doit vivre.
Camarades du « Non » et du crachat mal rentré,
Camarades… mais il n’y a pas de camarades du « Non »,
Comme pierre dans le puits mon salut à vous!
Et d’ailleurs, Zut!

(Henri Michaux)

Illustration: Pierre Mornet 

 

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